La technique 2 - Le progrès a-t-il des limites ?

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

Le progrès a-t-il des limites ?

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  I – Introduction problématique.

Les progrès techniques et scientifiques s’accumulent : l’homme semble devenu le maître de l’évolution du vivant. Il peut agir sur son propre génome. Cependant, en ce domaine, n’est-il pas encore qu’un apprenti sorcier ? En effet, il ne saisit pas les conséquences écologiques et éthiques de telles modifications. Ce qui paraît à première vue un progrès incontestable ne s’avère-t-il pas le lieu de la révélation de nos limites. Il est donc légitime de se demander « Le progrès a-t-il des limites ? ».
La notion de progrès ne concerne pas que le domaine technoscientifique, elle peut recouper des plans distincts. Notre exemple présente d’ailleurs non seulement un plan technique du progrès mais aussi un plan moral. Et ce recoupement de divers types de progrès une fois mis au jour crée problème. Le progrès sur un plan technique n’est-il pas synonyme de décadence sur un plan moral ? Pour l’apologue du progrès (Condorcet, Marx entre autres), le sens du réel est l’augmentation de notre puissance grâce aux progrès scientifiques et techniques. Le progrès moral est une conséquence directe de ce premier type de progrès. Toute augmentation de puissance implique une nécessaire responsabilisation. D’autre part, la somme de connaissances mises en jeu implique un investissement collectif et par là même de plus en plus une responsabilisation collective. La révolution qu’est la génétique n’a d’intérêt que si elle sert l’épanouissement de l’espèce humaine. Ces avancées ne sont possibles que par un effort de plus en plus collectif, il est donc légitime de penser qu’elles ne peuvent être que bénéfiques pour toute la collectivité. Au contraire, le critique du progrès insistera sur la déconnexion évidente entre progrès scientifique et technique et le progrès moral. L’augmentation de puissance même acquise collectivement est toujours remise entre les mains d’un individu qui peut à tout moment être amoral ou immoral. Il ira même plus loin en mettant en cause la science et la technique elle-même. La technique surtout est jugée par essence néfaste : elle modifie notre condition à l’aveugle. Bien plus, elle modifie ce qui était en fait accepté car on n’avait pas imaginé et encore mois réalisé autre chose. Avec elle, on pense dominer la nature alors qu’en fait on ne la maîtrise pas : on introduit sans cesse de nouvelles formes sans savoir rien ou presque de 1’équilibre des formes dans la nature. Notre orgueil de dominateur alors que nous n’avons aucune maîtrise se retournera et se retourne inévitablement contre nous : ce sont les catastrophes écologiques et politiques en tout genre de ces dernières années en attendant les prochaines qui promettent ê irresponsable d’être plus terribles encore. Il est suicidaire de donner à l’être qu’est l’homme des moyens dont on ignore les fins ultimes de leur existence, résumera le critique du progrès (Testard, la deep ecology entre autres).
Nous voici entre les partisans d’un progrès total et inéluctable et ceux qui dénoncent l’illusion et le danger de tout ce qu’on nomme progrès. L’enjeu est métaphysique : le progrès et l’optimisme qui va de pair est-il inscrit métaphysiquement ou bien au contraire faut-il attendre la fin de l’humanité et apprendre à vivre dans l’horizon du pire ? Autrement dit, le plus secret de la réalité est-il bon pour nous ou non ?

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