Religions, athéismes et dialogue.

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

RELIGIONS, ATHEISMES ET DIALOGUE

Pour creuser la notion de religion, on pourra consulter les corrigés suivants :

Est-ce un progrès de ne plus croire ?, Toute expression religieuse doit-elle être rejetée de la vie publique ?, La religion et la liberté s’excluent-elles ?, et enfin on trouvera en cliquant ici le corrigé du sujet « La religion nourrit-elle l’amour ? »

  I – Introduction.

La démarche philosophique a pu être d’abord considérée comme une démarche de recherche de la vérité par le dialogue dialectique (voir notre cours d’introduction). Et partant de là on peut la considérer aussi plus largement comme la recherche rationnelle d’idées qui apportent des réponses aux problématiques découvertes au fil d’un dialogue avec les démarches philosophiques qui nous ont précédés .
Les religions ne mettent pas forcément cette liberté rationnelle dialogale de la recherche spirituelle au centre. Elles se présentent comme une vérité parfaite que leurs fidèles doivent appliquer et approfondir en vue d’être sous la protection divine (le sacré) ou au mieux d’atteindre un état de conscience divin (le paradis, le Nirvana, etc.).
Lorsqu’elles se placent du point de vue d’une vérité déjà révélée, les religions ont souvent suspecté les philosophes de formes plus ou moins cachées ou d’hérésies voire d’athéisme. Au mieux, elles ont voulu faire de la philosophie une servante.
La religion peut-elle entendre les préoccupations spirituelles de la philosophie centrées sur la liberté d’une conscience rationnelle dialogale ? Comment une philosophie centrée sur le dialogue peut-elle accueillir et entendre les positions religieuses ?

  II – Légitimité des positions philosophiques non religieuses.

a) – Agnosticisme.

On doit d’abord distinguer agnosticisme philosophique et athéisme. L’agnostique ne rejette pas les fois religieuses en estimant que les raisons de croire valent les raisons de ne pas croire. Agnostique signifie ne pas savoir. Il affirme que le choix d’une religion est lié au sentiment de la foi et il ne l’éprouve pas.

b) – Spiritualité non religieuse.

On peut aussi être areligieux et défendre la possibilité d’une expérience du divin qu’il soit expérimenté comme individu en qui notre individualité prendrait sa source, comme intelligence immanente au cosmos, c’est-à-dire comme une forme d’intelligence impersonnelle exprimée inhérente au tout de la nature ou enfin comme réalité transcendante qui dépasse toute réalité définie connue et inconnue.
Par exemple Platon évoque une expérience divine impersonnelle lorsqu’il parle d’un Bien au-delà des idées ou formes intelligibles immatérielles. La philosophie platonicienne dans son école au nom du dialogue dialectique rejetait toute transformation de la philosophie platonicienne en dogmes religieux. Elle fondait uniquement la hiérarchie de son école sur l’idée du mieux qualifié .
Voltaire est théiste mais non affilié à une église chrétienne.

c) – La légitimité de l’Athéisme philosophique.

1 – L’athéisme radical anarchiste.

Être athée signifie refuser l’existence de Dieu qu’on associe à une certaine image négative ou illusoire.
L’athée refusera toute religion qui veut s’imposer aux consciences et abolir d’une façon ou l’autre la liberté de conscience.
Les athées anarchistes comme Bakounine refusent de concevoir un être servant à justifier un quelconque pouvoir limitant la liberté d’autres êtres humains. La seule limite acceptable de la liberté est celle là où commencent celles des autres. Selon les athées anarchistes les religions véhiculent toutes une organisation hiérarchique et tyrannique du pouvoir dont l’Etat moderne est la pire expression. Ces organisations de pouvoir bien entendu ne dialoguent jamais vraiment : le dialogue n’est pour elles qu’un moyen de conquête du pouvoir lorsqu’elles ne l’ont pas dans un pays et qu’elles ne sont pas en position de force. Pour les athées anarchistes les religions sont une des composantes qui forment les maux actuels de l’humanité.
Les religions peuvent-elles se réformer ? Bakounine remarque que Dieu est toujours conçu comme un maître tout puissant dominant arbitrairement sa création. N’est-ce pas cette représentation centrale qui fonde la religion qu’il faut abolir pour que la religion ne soit plus complice d’aucune tyrannie ? Plus que toute autre religion comment les religions monothéistes peuvent-elles renoncer radicalement au modèle d’un divin tout puissant qui veut à travers des institutions religieuses la soumission irréfléchie de ses fidèles ?

2 – Athéisme, religion et tolérance.

Des athées estiment que les religieux peuvent devenir tolérants en profondeur. Dans de nombreuses nations plusieurs religions ont pu cohabiter sans que la religion majoritaire en position de force ne contraignent par la violence les autres à l’embrasser. En terre d’islam les communautés juives et chrétiennes n’ont jamais été persécutées pour leur appartenance religieuse jusqu’à l’époque des colonisations occidentales et de la fondation de l’état d’Israël. Le Coran invite explicitement à ne pas le faire même si il autorise un impôt spécial pour inciter à réfléchir à la conversion.
La tolérance est un concept qui a émergé dans le monde occidental chrétien qui traversait des guerres de religion opposant des factions chrétiennes interprétant le christianisme de manières divergentes. Les catholiques jugeaient comme encore beaucoup de religieux aujourd’hui que quelqu’un qui trahissait sa religion catholique devait être ramené par la force, la torture, etc. à sa foi d’origine. On craignait qu’un hérétique, celui qui trahit sa religion d’origine aille en enfer et on préférait le forcer à abjurer son erreur. Si il ne voulait pas renoncer à son erreur, pour éviter qu’elle se propage, on le condamner au bûcher, à la mort. L’organisme institutionnel chargé de ces problèmes chez les catholiques s’appelait l’Inquisition. La dernière personne qu’il ait envoyée au bûcher fût en 1780. Il fût seulement aboli par le concile Vatican II qui s’acheva dans les années 1960.
Cependant les penseurs humanistes chrétiens du XVIe siècle ont contribué à penser la tolérance : initialement donc la tolérance est liée au fait d’accepter sans violence que quelqu’un abjure sa religion pour se convertir à une autre ou qu’il défende une autre interprétation que celle qui est reconnue par l’institution religieuse à laquelle il adhérait. La tolérance était la seule façon de faire cesser les guerres de religion.
La révolution française estimera que la tolérance est la vertu de ceux qui reconnaissent la liberté d’expression et donc la liberté d’adhérer ou non à une religion qui ne menace pas cette liberté.
Toutes les religions qui présentent leur message comme universel et donc enjoignent leur fidèle de travailler à convertir les autres peuvent donc intégrer la promotion de la tolérance, de la liberté de conscience et le seul exercice du dialogue puisque par exemple la religion chrétienne semble y être parvenue pour la plus grande part depuis les années 1960.
L’athée lui-même s’il s’inscrit à l’aune d’une philosophie dialogale ne saurait être intolérant à l’égard des religions tolérantes. Même s’il estime que les religieux sont en fait au service de systèmes tyranniques du pouvoir tant qu’ils renoncent à l’imposer politiquement et qu’ils défendent la tolérance sur leur marge, l’athée radical peut et doit tolérer les religions et user à leur égard de leur membre du dialogue.

3 – La légitimité de l’athéisme philosophique : la question du mal.

Ce qui légitime au fond l’athéisme est au fond la question du mal car il y a des systèmes religieux non tyranniques ou qui ont la possibilité de produire une pensée étrangère à toute tendance tyrannique.
L’athée évoquera par exemple les millions d’innocents massacrés lors de la deuxième guerre mondiale dans les camps d’exterminations ou sous les bombardements alliés. Quelle intelligence divine peut permettre de telles horreurs ?
Toutes les solutions théologiques et religieuses au problème du mal que ces événements pointent paraissent peu convaincantes pour justifier une foi dans un sens infiniment positif de la vie. Devant la vanité des appels à Dieu qu’ont pu pousser tous les enfants innocents massacrés lors de ces crimes la pensée d’un Dieu personnel tout-puissant est inadmissible. Même si ce Dieu octroie le paradis à ces victimes du mal humain, comment justifier ce moment d’abandon à la cruauté des hommes vécu par les victimes innocentes ?
Tout au plus la vie est neutre ou pire elle est peut-être négative. Après tout pourquoi toujours présupposer une toute puissance bonne pour nous ? Ne serions-nous pas les jouets de puissances trompeuses, les pièces d’un jeu cruel où les rares moments de joie nous préparent à accepter et à subir jusqu’au bout les pires horreurs en espérant retrouver cette joie…
Bien entendu des religions comme le bouddhisme répondront à ce problème en faisant de la vie elle-même par excellence une illusion dont la quête spirituelle peut nous libérer.
Mais à bien y regarder n’y t-il pas là une démission discutable du monde ? Comment cette religion peut-elle expliquer l’apparition de cette illusion ? Comment le plan divin pourrait-il susciter une illusion et notre enfermement dans une telle illusion ?
Les explications religieuses au mal ne sont jamais convaincantes. Si une religion avait vraiment une réponse sérieuse, nous saurions comment agir pour éradiquer une bonne fois pour toute le mal à sa racine. Au contraire comme nous l’avons vu tout phénomène religieux parce qu’il demeure qu’on le veuille ou non un phénomène humain semble toujours participer à la production du mal malgré lui et le propager d’une façon ou l’autre malgré toutes les bonnes intentions de ses initiateurs et de ses réformateurs.
Les religions invitent à une foi dans une dimension infiniment positive de la vie malgré les apparences, un athée sans cette foi s’engagera dans l’action contre le mal et trouvera là le courage d’espérer. Quelle est l’attitude la plus noble ? L’athée n’espérera pas une intervention divine, il aura la lucidité de reconnaître qu’il ne pourra pas trouver la solution au problème du mal en dehors de son action. Il estimera que le monde n’a pas de sens en soi ou hors de soi mais en tant qu’homme engagé, il peut lui en donner .

Transition :

Nous avons suggéré que l’athéisme philosophique est légitime :

  • quand il est lié au sens du dialogue et à la liberté de conscience ;
  • car il a le droit d’être toléré au nom de la liberté de conscience ; les religions qui ne le tolèrent pas sont intolérantes et leurs exactions ne font que justifier les positions athées ;
  • car il peut à raison considérer que les réponses religieuses à la question du mal sont insuffisantes ou inefficaces et qu’on doit constater que les religions comme toutes les organisations humaines jusqu’à présent contribuent au mal d’une façon ou l’autre malgré leurs bonnes intentions ; Ceci dit le mal s’exprime plus ou moins au travers de tous les êtres humains sans exception. A vrai dire le sens du dialogue le plus authentique semble en mesure de nous éviter d’en être trop longtemps les complices inconscients. L’exercice de la philosophie quand il développe un authentique sens du dialogue doit donc inspirer toute démarche religieuse authentique qui veut avec les hommes de bonne volonté lutter contre toutes les formes de mal y compris celles qu’elle pourrait générer. Nous allons prendre le point de vue religieux lui-même et envisager comment il pourrait faire du dialogue une composante religieuse centrale. Si cela n’est pas possible alors avec Bakounine il nous faudra conclure que toutes les religions sont des facteurs de domination à combattre.

  III - Développement religieux d’un sens divin du dialogue.

a) – Conceptions du dialogue inter-religieux.

1 – Le sens du dialogue n’est pas une tolérance conçue comme opportunité de persuader.

Il ne s’agit pas tant de convaincre que de persuader en ce qui concerne les questions de foi religieuses puisque du point de vue rationnel rien ne montre qu’une religion ne soit plus vraie que les autres. Paraître tolérant est alors un vecteur de persuasion. Mais que vaut une tolérance et un dialogue s’il n’est conçu qu’au service de la persuasion de l’autre ? N’est-ce pas un monologue suivi d’un semblant d’attention à ce que dit l’autre non pas pour écouter ce qu’il a à dire mais pour lui paraître ouvert et tolérant afin de mieux le persuader du fait de la vérité supérieure de notre foi religieuse.

2 – Limite d’un sens du dialogue fondé sur l’idée préconçue d’une vérité de l’autre partielle.

L’Eglise catholique par exemple dans ses textes de Vatican II reprenant une tradition qui reconnaît que le Verbe de Dieu a été disséminé partout pour favoriser la réception de la vraie foi lorsqu’elle adviendrait défend l’idée que chez tout être humain de bonne volonté il y a des croyances et des raisonnements vrais le disposant à une éventuelle conversion au christianisme. En un sens plus large devant l’évidence du Dieu chrétien après la mort les hommes de bonne volonté feront le bon choix.
Le texte de Vatican II considère les diverses confessions religieuses dominantes et montre en quoi elles sont plus ou moins proches de la vérité de la foi catholique.
Certes on prend en considération le chemin religieux ou spirituel de l’autre avec qui on entre en dialogue mais pour l’aider à voir en quoi son chemin pourrait s’élargir jusqu’au nôtre qui lui est bien supérieur.
Cette approche a la prétention de proposer des interprétations de chaque autre religion montrant quelle vérité elle permet d’atteindre et quelle part de vérité elle laisse dans l’ombre. Elle a une conception relativement fixiste de l’interprétation de la foi religieuse. Elle juge une religion à partir d’un certain niveau d’interprétation de ces religions. Elle n’envisage pas que grâce au dialogue un homme religieux puisse produire à l’écoute des critiques qui lui sont adressées des réinterprétations nouvelles plus ouvertes et profondes de sa religion. Cette approche n’envisage pas que les communautés religieuses peuvent réinterpréter leur religion et surtout que chaque membre d’une communauté religieuse peut développer sa propre vie religieuse personnelle en développant une relation propre avec l’expérience spirituelle.
Toute religion qui affirmerait exprimer au sens littéral la vérité divine sans qu’on puisse l’interpréter selon des impératifs spirituels strictement personnels ou d’après un contexte historique pour réadapter ses affirmations pour un autre contexte historique nous paraît fermée non seulement au dialogue mais au fait humain lui-même en constante évolution .

3 – Le sens du dialogue fondé sur l’idée du partage des expériences religieuses de l’amour.

René Guénon, un français qui s’est converti à l’islam soufi au début du XXe siècle affirme qu’il existe dans toutes les religions une tradition ésotérique (cachée, secrète) qui permet de passer d’une pratique extérieure, ritualiste de la religion à une pratique qui donne accès à une expérience concrète de la présence divine. Selon lui toutes les religions traduisent dans un langage spécifique et des techniques propres une connaissance d’un accès à une seule et unique réalité divine.
Selon lui cette connaissance serait immémoriale. Il semble adhérer à l’idée d’un âge d’or qui malgré sa dégradation aurait pu au cœur des grandes religions conserver sa connaissance pour se relier consciemment au divin et non plus inconsciemment par la seule foi, ses rappels ritualistes ou son sens du sacré.
Cette conception dans ce qu’elle a d’historique et dans l’affirmation d’une unité métaphysique cachée des religions semble sujette à débat. Les conceptions religieuses monothéistes centrées sur la résurrection des corps et la manifestation divine cosmique à la fin des temps ont-elles un rapport avec les conceptions bouddhistes ou néo-védantistes hindoues centrées sur le fait de se libérer de la vie et du cycle de réincarnation qu’elle imposerait ? L’une voit à travers l’histoire un dévoilement de plus en plus manifeste d’un Dieu personnel à travers une communion des personnes humaines, l’autre une dégradation de la manifestation humaine dont il faut trouver les moyens de s’abstraire.
Par contre l’approche de René Guénon expurgée dans son exaltation d’un âge d’or prémoderne nous permet d’envisager les religions sous l’angle de démarches spirituelles visant à faire une expérience au-delà de la conscience usuelle qui se caractériserait dans ses effets extérieurs par un sens renouvelé de l’amour du prochain et de la justice. Même si la compassion bouddhiste n’a pas les mêmes accents que la charité chrétienne ou que l’appel musulman à la miséricorde divine, on peut imaginer un dialogue inter-religieux sur ce plan.
Ramakrishna un hindou vénéré souvent en Inde comme une incarnation divine sur terre (un avatar) affirma au XIXe siècle :
« Les religions ne sont pas Dieu, mais juste les chemins. »
« J’ai pratiqué toutes les religions, du christianisme à l’islam et j’ai suivi chacune des voies propres aux diverses sectes de l’hindouisme. Et il m’est apparu que par des voies différentes toutes cheminent à la rencontre du même Dieu. […] Personne ne réalise que celui qu’on appelle Krishna est aussi appelé Shiva ou bien l’Énergie divine (Shakti), Jésus ou Allah, ou encore Rama avec ses mille noms. »
« Dieu est installé sur le toit de la maison. Il s’agit de le rejoindre. Pour cela, les uns prennent une échelle, d’autres une corde ou une perche en bambou, d’autre encore empruntent l’escalier ou escaladent les murs. Que vous choisissiez telle ou telle voie est chose indifférente, à condition de ne pas les essayer en même temps mais successivement. Si vous arrivez sur le toit, vous avez trouvé Dieu et vous comprenez alors qu’il y avait plusieurs voies possibles pour le rejoindre. En aucun cas vous ne devrez penser que les autres chemins ne mènent pas à Dieu. Ce sont simplement d’autres moyens permettant de se hisser sur le toit. Permettez à chacun de suivre sa propre voie […] Chacun s’imagine que seule sa propre montre indique l’heure exacte. En réalité, il suffit d’aimer Dieu avec ardeur et de se sentir attiré vers Lui… »

Dans le même sens, Ibn’ Arabi écrit :
« Il est prairie pour les gazelles, couvent pour les moines,
Temple pour les idoles, Mecque pour les pèlerins,
Tablettes de la Torah et livre du Coran.
Je suis la religion de l’amour, partout où se dirigent ses montures,
L’amour est ma religion et ma foi. », Le chant de l’ardent désir, choix de poèmes traduits de l’arabe et présentés par Sami-Ali (Paris Sindbad, 1989).
Le dialogue inter-religieux authentique semble donc nécessaire non seulement pour devenir des êtres humains tolérants mais pour vraiment approfondir une expérience religieuse de Dieu ou du divin centrée sur l’amour qui tant que le mal n’a pas été vaincu sous toutes ses formes restera confus. Je ne dialogue plus alors pour convertir l’autre à ma religion extérieure mais pour le convertir à la religion intérieure de l’amour dans le cadre même de sa religion extérieure qui n’est pas la mienne.
Comme le perçoit Vivékananda le disciple de Ramakrishna :
« Toute âme est en puissance divine.
Notre but est de manifester le divin qui est en nous,
en contrôlant la nature extérieure et intérieure.
Parvenons-y par le travail, par l’adoration,
par la maîtrise de l’esprit ou par la philosophie,
par l’une ou plusieurs de ces voies ou par toutes, et soyons libres.
C’est là toute la religion.
Les doctrines, les dogmes, les rites, les livres, les temples et les formes
ne sont que détails secondaires. »
C’est-à-dire qu’ils doivent se comprendre, se réinterpréter voire être abandonnés à la lumière d’une expérience personnelle du divin qui se caractérise par un approfondissement de l’amour, du sens philosophique du dialogue et donc d’une véritable liberté de conscience.
(remarque : cette position peut être interrogée mais il faut alors sortir un peu du cadre strictement intellectuel philosophique et vraiment s’interroger sur la spiritualité philosophique, ce que nous faisons ici)

  CONCLUSION - Transition vers les leçons Liberté créatrice et L’homme peut-il rompre avec la nature ?

Arrivé à ce point un dialogue authentique avec l’athéisme semble pensable, il n’est pas utile de convertir l’athée à la religion ou le religieux à l’athéisme, l’enjeu est seulement d’approfondir ce qui nous ouvre l’un à l’autre à la rencontre et au dialogue. Car ce qui est en jeu est tout simplement l’évolution de la réalité humaine plutôt que le choix de l’appellation de ce qui se joue là dans l’horizon du dialogue et de la rencontre. Le religieux aimera à nommer là quelque chose de divin, l’athée continuera à se méfier d’une attirance vers un au-delà de ce qui est là en devenir. Comme Feuerbach au début du XIXe siècle l’a bien vu, il s’agit de diviniser l’homme et pour cela de ne plus se focaliser sur une conception ou une expérience du divin en dehors de l’avenir de l’humanité. Cependant même dans cette focalisation sur l’homme il y a une idée de divinisation qui demeure.
Il y a dans toute religion quelque chose qui nous dit qu’il faut nous méfier de tout anthropocentrisme, c’est-à-dire de toute conception uniquement centrée sur l’homme tel qu’il est car le mal qu’il subit et le mal qu’il contribue à faire invite à dépasser l’homme tel qu’il est. Feuerbach voit dans la religion un anthropocentrisme dissimulé en estimant que Dieu est davantage à l’image de l’homme que l’inverse. Est-il crédible alors quand il parle de divinisation de l’homme ? Ne confond t-il pas un super-homme, c’est-à-dire un homme avec plus de pouvoirs mentaux, technologiques, etc. avec un véritable au-delà de l’homme ?
Toutefois les religions ne sont-elles pas moins anthropocentriques lorsqu’elles pensent que l’homme est le sommet de la création divine ou qu’il est l’être qui seul peut se libérer de l’illusion de la soif de vie ? Elles semblent alors nier le fait que l’homme est en pleine continuité par son évolution physique et consciente avec le monde animal, elle n’acceptent pas bien souvent que l’homme soit le descendant des primates et surtout elles refusent d’envisager que l’homme puisse devenir une transition vers une espèce d’être plus conscient encore.
La question de l’évolution de l’être humain face aux maux suscités par sa propre évolution religieuse, culturelle et technoscientifique devient ici centrale. Ceci est approfondi par notre cours sur la liberté créatrice puis dans notre leçon L’homme peut-il rompre avec la nature ?

 NB : Sur les débats autour du religieux et de la spiritualité :

Concernant les preuves de l’existence de Dieu on consultera :

  • l’article Pour en finir avec les preuves de l’existence Dieu en cliquant ici ;

Ces deux articles se complètent avec ce troisième et quatrième article qui dessinent les contours d’une communauté spirituelle « post-postmoderne » libérée des institutions et des traditions religieuses à caractère prémoderne :

Enfin on trouvera ici un corrigé du sujet « La religion nourrit-elle l’amour ? »