Liberté 1 - Liberté créatrice.

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

  V. Conclusions pratiques : de la volonté individuelle à la liberté créatrice

A. La libération : réorientation de la volonté vers l’intérieur de l’intérieur au lieu d’une extériorisation déterministe de la volonté

Comprendre ce qui nous détermine revient à comprendre ce qui détermine notre volonté à servir des désirs et des peurs déterminées par la nature. Mais c’est aussi découvrir que le spectacle de la nature n’emprisonne pas notre effort compréhensif, notre conscience spectatrice la plus profonde. On peut prendre un vocabulaire bouddhiste et constater que la découverte méditative du karma (du poids des habitudes de l’univers et aussi de notre personnalité) découvre une dimension impersonnelle de la conscience qui reste inaffectée quel que soit nos déterminations. Nos peurs et nos désirs, c’est-à-dire les plaisirs et les peines sont relatifs à une joie de la conscience universelle consciente d’elle-même et de sa liberté. Le déterminisme n’est plus une prison c’est alors l’autodétermination de la nature par elle-même devenue consciente. Le cœur ou la compassion sont alors la tendance à vouloir partager cette joie et cette liberté présente au cœur de chaque être humain.
Mais à cette interprétation bouddhiste et spinoziste nous pouvons réhabiliter en partie le point de vue cartésien en remarquant que l’effort dont il est question pour se libérer de notre ignorance du déterminisme est aussi un choix personnel. Une volonté personnelle semble indispensable pour gagner par le doute la conscience de rien embrassant la conscience de quelque chose. Les stoïciens sont des philosophes qui concilient le déterminisme universel et le libre arbitre qui nous donne le choix de vouloir harmoniser notre personne avec l’univers ou non.

B. De la volonté intérieure authentique comme intensification d’une aspiration à la liberté créatrice

Mais cette libération bouddhiste ou spinoziste nous semble insuffisante. La conception stoïcienne du libre arbitre conciliée avec le déterminisme de l’univers nous semble insatisfaisante. Nous aspirons à une authentique liberté créatrice. La découverte de l’évolution nous incite à ne pas nous contenter d’une volonté libérée de son ignorance du déterminisme. Une telle liberté n’existe qu’à l’intérieur de l’intérieur de la conscience mais encore prisonnière de l’extérieur de l’intérieur de notre conscience (voir le schéma page précédente). Où trouver la liberté qui nous libère des déterminations de cette apparente extériorité de la conscience ? Les libérations bouddhiste et spinoziste prétendent nous faire accéder à une universalité de la conscience mais au final elles ne proposent qu’une libération individuelle de la conscience pourtant universelle. Elles incluent certes des éléments visant une libération des autres individus telle la compassion chez les bouddhistes ou tel une conception théologico-politique favorable à la recherche d’une telle liberté. Cependant y a-t-il une libération universelle de la conscience individuelle d’abord universelle ? L’aspect universel de notre conscience individuelle peut-il réellement se découvrir comme champ d’une liberté créatrice transformant les lois apparemment déterministes en en faisant émerger de nouvelles ?
Nous proposons d’aspirer simplement de tout notre cœur à autre chose que les désirs habituels, les lois universelles habituelles, c’est-à-dire le déterminisme apparent pour expérimenter concrètement cette dimension créatrice de la liberté. Seul le simple besoin d’autre chose aussi impensable que cela paraisse peut faire émerger autre chose. Il faut que notre volonté tout en se libérant de son adhésion irréfléchie et malheureuse au déterminisme apparent en en devenant le témoin compréhensif (cf. § précédent) aspire à autre chose. Il faut que les déterminations apparentes de la nature, du désir fassent problèmes, montrent leurs limites comme le mathématicien, le physicien et le biologiste se posent des problèmes en soulignant les limites de leur connaissance et de leur puissance afin que surgisse comme par enchantement une intuition nouvelle qui donne à l’homme des possibilités nouvelles. Il ne s’agit pas de renoncer à nos désirs habituels mais plutôt qu’ils n’aient plus la force d’agir sur nous parce que notre intérêt n’est plus à la reproduction des habitudes mais aspire à la pure nouveauté, à l’évolution, à la création.
Alors peut-être de nouvelles qualités de conscience surgiront comme ont surgi autrefois les niveaux sensorimoteur, émotionnel puis mental de la conscience…

Il y a certainement le domaine politique qui alors entre en jeu. Avons-nous les ressorts pour évoluer vers une meilleure vie politique ?
Mais il y a aussi le domaine technoscientifique connexe au domaine politique où la question évolutive se pose de plus à cause de nos erreurs écologiques. Si la technoscience est le point culminant actuel de notre évolution mentale, de quelle nouvelle qualité de conscience est-elle le milieu opportun d’émergence ?