Liberté 2 - Liberté politique.

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

  5 – Renouveler en postmoderne l’idéal de la Volonté Générale.

a) – Les rapports de dominations postmodernes.

Quand le rapport de domination oppose clairement un groupe organisé hiérarchiquement au reste du peuple, une dissidence peut la pointer. Mais aujourd’hui dans les sociétés démocratiques occidentales, les croyances communautaires sont plutôt centrées sur la tolérance, le sens des libertés individuelles. Les rapports de domination en général sont donc dispersés, multiples et s’entrecroisent. Les rencontres d’individus sur un mode horizontal non hiérarchique sont en fait limitées : mêmes les organisations politiques démocratiques ne semblent pas faire de ce mode de rencontre un critère de qualité d’un engagement démocratique.
Par exemple :

  • Il y a plusieurs hiérarchies différentes (beaucoup de petites hiérarchies surtout économiques) si bien que face aux urgences écologiques nous sommes incapables de prendre les solutions radicales qui pourtant s’imposent ;
  • Au sein des partis majoritaires, on médiatise ; on médiatise l’adhésion des nouveaux adhérents qui ainsi se sentent mieux représentés ! Ou bien on médiatise les monologues successifs de candidats à l’investiture ! On s’affronte au lieu de se rencontrer... Il est vrai que jusque dans les sphères de l’intime l’un exploite l’autre dans un sens tandis que ce même autre l’exploite par ailleurs : il y a peu de rencontre horizontale sincère, rares sont les instants d’échanges d’âme à âme. Comment trouver alors un équilibre entre individu et communauté ? Comment nos sociétés peuvent-elles aller vers plus de cohésion sans nier la puissance créatrice individuelle ?

Une politique hypermoderne axée sur une juridicisation des relations est insuffisante. Il y a une répression nécessaire des actes criminels individuels et communautaires qui nuisent aux droits des individus et contreviennent aux décisions majoritaires. Mais elle ne suffira jamais à enrayer ses causes profondes.
Car la criminalité ainsi réprimée estime que ceux qui proposent une telle politique de répression défendent surtout leurs propres intérêts économiques et masquent même pour beaucoup grâce à leur pouvoir politique l’immoralité de leurs propres activités économiques.
Cette politique qui obligatoirement échoue ne fait que ranimer des nostalgies modernisées de sociétés prémodernes.

Une politique hypermoderne nationale qui insiste sur la gestion des inégalités sociales n’est plus crédible à l’heure de la mondialisation économique et technologique. Son inefficacité parce qu’elle n’affirme pas la nécessité d’une lutte à dimension internationale qui exige en partie certaines concessions nationales ne fait que renforcer des égoïsmes nationaux.

Nos nations sont souvent dirigées par des postmodernes narcissiques qui réalisent mal à quel point leurs discours hypermodernes font peu de sens dans des nations qui sont constituées de tendances communautaires aussi diverses.
La minorité postmoderne ne peut se contenter de régner en utilisant habilement une rhétorique médiatique hypermoderne manipulant les oppositions entre modernité et prémodernité.

b) – Réinvestir en postmoderne l’idéal rousseauiste de la Volonté Générale.

Il y a selon nous une seule solution face à ces nouveaux types de rapport de domination : c’est plus de démocratie.
Elle seule brise les tendances hiérarchiques prémodernes antidémocratiques.
Seul un nouveau sens du dialogue démocratique permettra d’harmoniser les diverses morales existantes sans nier leur diversité et leur créativité que voudrait occulter les modernes.
Enfin seule cette exigence met les postmodernes individualistes concrètement face à leur narcissisme, leur relativisme qui masque les effets négatifs de leurs jeux de domination économique appuyé par leur propagande médiatique. Mais cet engagement politique mettra aussi les postmodernes communautaristes aussi face à leurs fantasmes irréalistes d’un « nous » de groupe tel qu’il existe dans les sociétés premières.
Certes certains postmodernes en brisant leur narcissisme peuvent certainement faire l’expérience d’une forme d’intersubjectivité non fantasmatique entre postmodernes. Mais pour réellement avoir un impact politique, ils doivent participer à renouveler les pratiques démocratiques en fixant un nouvel idéal de constitution de la Volonté Générale démocratique. Ils ne peuvent se contenter d’être les gardiens de la démocratie représentative telle qu’elle est. Ils ne peuvent se contenter de défendre les droits de l’homme et l’intégrité de l’humanité face à l’inconscience politique, économique et culturelle. Ils doivent proposer une réelle politique postmoderne et ne plus se limiter à un vivre ensemble idéal postmoderne.

Rousseau nous invitait à distinguer la Volonté Générale de la volonté de tous. La volonté de tous est un consensus obtenu par un compromis où chacun cède sur certaines exigences. La Volonté Générale entend intégrer toutes les exigences individuelles dès lors qu’elles ne s’opposent pas au bien commun .

Par exemple :
Quand la Volonté de tous est à l’oeuvre :
Au sein d’un groupe d’amis on veut organiser une soirée. Plusieurs sous-groupes de personnes veulent organiser la soirée dans des endroits différents, donc plusieurs solutions entrent en lice. La volonté de tous est liée à la découverte d’un compromis : un soir on organisera la soirée ici, le lendemain ou un autre soir, on organisera la soirée là-bas. Dans l’établissement de la volonté de tous les factions, les sous-groupes, les manœuvres d’alliance et d’opposition sont déterminantes pour imposer telle version d’un compromis plutôt que tel autre. Là où un vote à bulletin secret et à la majorité aurait donné tel type de choix, ici par le jeu des négociations un choix tout à fait différent aurait pu avoir lieu.

Quand on met en oeuvre la Volonté Générale :
On peut permettre l’individualisation authentique de toutes les volontés individuelles et envisager des systèmes de décision qui les intègre toutes tant que ça ne porte pas préjudice aux droits collectifs et individuels : un groupe d’ami qui organiserait une soirée en appliquant ce schéma décisionnel devrait intégrer dans une représentation satisfaisante de sa volonté générale toutes les exigences individuelles qui ne nuisent pas au bien commun du groupe. Si certains veulent aller passer la soirée au cinéma, si d’autres veulent la passer à la piscine et enfin d’autres en boîtes de nuit, il faut trouver dans l’idéal une représentation qui intègre toutes ces possibilités qui ne nuisent pas au collectif. On pourrait imaginer, par exemple, en vue de satisfaire dans une Volonté Générale toutes ces volontés individuelles, un lieu et une soirée qui réunissent piscine, écran de cinéma au bord de la piscine et film musical dansant.

Cet idéal renouvelé d’une Volonté Générale politique n’est pas impossible et peut être recherché. On voit clairement qu’il implique une individualisation des volontés très prononcées puisqu’une volonté inféodée à un groupe ou une faction aboutit seulement à une volonté de tous mais aussi cet idéal implique un sens collectif inédit de la création. Là où une majorité ou une volonté de tous consensuelle a seulement un sens collectif de réponse à des urgences, cet idéal renouvelé de la Volonté Générale est celui d’une communion humaine harmonieuse en évolution constante tant en terme d’individualisation que d’organisation collective.

Cet idéal renouvelé d’une Volonté Générale politique n’est pas impossible. La Volonté Générale est à l‘image par exemple des groupes musicaux, des équipes sportives, etc. Les groupes musicaux ou sportifs sont déjà des groupes où chacun cherche à tenir les deux exigences difficiles à mener de front de la Volonté générale. En effet là où pour la Volonté Générale on doit vraiment affirmer sa volonté individuelle et intégrer seulement ses dimensions positives à l’ensemble, dans un groupe musical ou une équipe sportive chacun doit improviser personnellement et doit participer à l’harmonie de l’ensemble.

c) – Approfondir l’idéal de la Volonté Générale postmoderne comme intelligence universelle d’individualisation.

(i) - La Volonté Générale n’est pas qu’une Idée : issue d’une rencontre, elle peut concilier conscience individuelle et collective.

Dans un groupe de musique improvisée, il y a une esquisse de Volonté Générale véritablement créatrice. Pour Rousseau déjà la Volonté générale n’est pas simplement la somme des volontés individuelles, le produit des volontés individuelles présente quelque chose qui n’était pas en elles, comme l’harmonie d’ensemble d’un groupe musical n’est pas simplement la somme des musiques de chaque musicien.
Mais on peut aller plus loin que Rousseau pour qui la Volonté Générale ne demeure que le produit d’un groupe, d’un peuple donné . On peut considérer que la Volonté Générale est une intelligence universelle qui devient consciente d’elle-même en chaque individu et qui aide l’individu à parachever sa propre individualisation.
Dans un groupe de musique improvisée, chacun doit développer un style individuel, mais ce style individuel ne doit pas seulement éviter de nuire au groupe musical, il doit aussi permettre d’en augmenter le génie universel. Donc trouver son style individuel revient à le nourrir aussi d’un génie universel potentiel qui alors s’actualise de plus en plus simultanément de façon individuelle et collective.
Il ne s’agit pas simplement de nourrir sa pensée personnelle d’une exigence d’universalisme pour vivre cette expérience.
Rousseau estimait que l’expression des volontés devrait être isolées pour produire de véritables volontés individuelles non influencées. Mais même dans un isoloir une influence peut s’exercer. Un individu véritablement indépendant s’exprimera dans une discussion sans perdre son indépendance. L’individualisme postmoderne parfois décrié pourrait ainsi offrir les meilleures conditions jamais rencontrées pour faire l’expérience d’une Volonté Générale.
Malgré l’affirmation de certains penseurs politiques (L. Ferry, A. Renaut par exemple), la Volonté Générale n’est donc pas seulement réductible à une théorie politique intellectuelle universelle qu’on peut retenir comme principe fondateur du droit : en fait l’universel n’existe pleinement que dégagé de l’expression intégrée collectivement de l’épanouissement de nos individualités.
Pour Rousseau, dans le COntrat Social, la volonté générale est certes formée à partir d’une expression isolée de la volonté individuelle, celle-ci est recueillie et un politique tente la représentation de la Volonté Générale qui en ressort et la propose au peuple assemblé. Selon notre réinterprétation, elle est avant tout une expérience historique voire évolutive à portée universelle issue de rencontres effectives entre les citoyens qui font comme l’expérience d’une inspiration collective et individuelle harmonieuse. Le calcul politique de la Volonté Générale pourrait selon nous être inutile si dans la qualité du dialogue lui-même se faisait l’expérience d’une inspiration qui directement exprime une intelligence de la Volonté Générale.

(ii) - La recherche de l’Harmonie individuelle et collective à l’aide de la dialectique socratique.

A ce point la Volonté Générale peut aussi être réinterprétée en la rapprochant de l’expérience dialectique platonicienne et socratique d’un monde intelligible universel source de l’individualisation de notre univers sous forme de toutes les individualités humaines.
Platon écrit des dialogues où il fait parler Socrate. Socrate dit qu’il est difficile, dans un dialogue, de définir les termes d‘un sujet de discussion. Cette difficulté vient du fait que chacun à tendance à penser de manière conservatrice. On s’accroche à notre univers de pensées, on écarte tous ce qui pourrait le modifier. Pour Socrate, il y a un résultat concluant d’une discussion si les participants se sont mutuellement instruits. Socrate, implicitement, dénonce la volonté de rester ignorant. La qualité d’un dialogue dépend entre autre de la qualité émotionnelle du dialogue. La grande difficulté d’un tel dialogue est l’irruption d’émotions. Plus particulièrement, cette difficulté émotionnelle concerne la reconnaissance de nos erreurs et de notre ignorance. Par ailleurs, il semble que la discussion éveille souvent en nous la volonté de vaincre l’autre. Pour Socrate, il est essentiel, dans un dialogue, de distinguer la critique des faits et des gestes d’une personne, de la critique directe de la personne. Le dialogue ne préjuge pas de ce qu’il va permettre de découvrir et en même temps, pour qu’un dialogue réussisse, il faut que chacun des participants soit capable d’une tranquillité d’esprit quoi qu’il arrive. Dans le cas de Socrate, on a un moyen paradoxal d’apprendre la sagesse : se confronter à l’inconnu au cours du dialogue. Le dialogue, la rencontre, est l’occasion de s’ouvrir à la révélation de l’inconnu.

Socrate et Platon évoquent une possibilité du dialogue comme rencontre avec un monde de formes intelligibles et au-delà encore avec une unité de l’être du devenir des âmes (on en trouvera une description détaillée dans notre cours sur l’art à propos de l’extrait du Banquet de Platon). Quelque chose d’une expérience psychique (ayant à voir avec l’âme) des formes intelligibles existe peut-être quand la pratique dialectique est très avancée. Certes les discours de Socrate et Platon ne sont de leurs propres aveux encore qu’une description intellectuelle et donc une interprétation limitée de la forme d’ouverture d’esprit qui pourrait avoir lieu à un stade avancée de cette pratique : leur interprétation limitée (Socrate plus que Platon affirme ne rien savoir de définif) traduirait d’ailleurs en un sens le caractère limitée de leur propre expérience d’ouverture à une conscience psychique que nous pouvons qualifier sans la trahir de surmentale. Notre conscience en dialogue aurait accès à une source surmentale d’inspiration transcendant la réflexion mentale habituelle.

Ceci signifierait que l’Harmonie individuelle et collective préexiste en quelque sorte au niveau de ce qui inspire tout dialogue authentique. On peut à nouveau évoqué un groupe de musique improvisée où le dialogue musical nourrit l’inspiration individuelle en la rendant harmonieuse avec une forme d’inspiration collective.

Remarque polémique : On peut toujours légitimement d’un point de vue intellectuel et scientifique discuter l’interprétation de ces expériences où semblent se vivre une inspiration surmentale. Faut-il interpréter comme Socrate et Platon ces expériences psychiques surmentales en termes de formes intelligibles immatérielles dès lors que nous savons que la matière ne nous est même pas sensible au moment où la pensée s’exerce dans notre cerveau ? On peut par exemple préférer ramener ces expériences psychiques surmentales à des expériences fugitives d’intuitions qui se produisent parfois dans notre espace cérébrale lorsqu’on se confronte longtemps à un problème ; on peut repenser ces expériences psychiques surmentales comme un travail cérébral inconscient qui se cristalliserait d’un coup consciemment.

Notre idéal d’une pratique renouvelée de la Volonté Générale revisitée à l’aide de la dialectique socratique risque de recontrer non seulement des oppositions politique. Un scepticisme matérialiste intransigeant risque de refuser tout dialogue consistant avec ceux qui témoignent d’une telle expérience parce qu’ils l’interprétent dans une perspective spiritualiste immatérialiste. Dans un dialogue authentique, un tel sceptique peut pointer de façon éclairante les imperfections des arguments spiritualistes immatérialistes qui risquent toujours de minorer la réalité matérielle mais l’enjeu de tout dialogue est d’abord d’améliorer la qualité dialectique du dialogue. Car au fond sans voir que l’idée d’une réalité psychique surmentale affirme l’existence d’une faiblesse inhérente à toute argumentation et à toute interprétation seulement mentale, on manquera toujours l’essentiel. La matiére étudiée mentalement de l’extérieur ne peut pas toujours rendre compte de la matière vécue de l’intérieur. Le spiritualiste immatérialiste ne peut pas exclure une forme de matérialisme spiritualiste. Dans ce débat chacun doit raisonner sur fond d’une suspension radicale du jugement propre selon nous à un scepticisme authentique seul capable d’une réelle qualité de dialogue dialectique. Un scepticisme de la suspension radicale du jugement sur la valeur et la validité ultime de nos énoncés mentaux fera l’expérience consciente des limites du mental ce qui prédispose davantage à faire une éventuelle expérience psychique surmentale plus intense et plus continue. Un tel usage du scepticisme nous rendra en effet plus apte à nous étonner soudain du lien et de la coïncidence entre une qualité d’inspiration intuitive nourrissant nos fictions intellectuelles et son efficacité apparente sur les plans affectifs, sensitifs voire physiques. Bien que condamnée sur le plan intellectuel à être objet de débat en tant qu’expérience entre spiritualiste et matérialiste et tant que contenu à être objet de suspension du jugement sur sa valeur mentale ultime, cette conscience force surmentale de l’inspiration comme réponse à une aspiration individuelle authentique à évoluer ainsi expérimentée donnera seule une réponse solide au scepticisme lui-même et au relativisme fort égocentrique qui s’en nourrit. Elle pointera non pas une élaboration mentale convaincante mais une forme ouverte et évolutive de mode d’être en vérité au-delà de nos jugements mentaux qui en seront de plus en plus simplement l’instrument.
Ainsi les questions légitimes d’interprétations sur le plan intellectuel ne doivent jamais nous éloigner du fait qu’une qualité psychique surmentale d’expérience d’ouverture d’esprit rompt avec la survalorisation de la conscience intellectuelle usuelle. Pour en discuter, il nous semble qu’il faut avant tout devenir des praticiens de plus en plus avancés de la dialectique que ce soit dans les domaines intellectuels comme en témoignent d’éminents scientifiques qui racontent avoir vécu l’apparition de vision intuitive résolvant des difficultés insolubles par la raison raisonnante usuelle, dans le champ artistique où la question de l’inspiration et du génie se ressent souvent même en tant qu’amateur, dans le champ affectif comme en témoignent divers chercheurs spirituels voire dans le domaine sensorimoteur comme en témoignent certains sportifs ou pratiquants d’arts martiaux externes ou internes .

Si on réinterprète la Volonté Générale à l’aune d’un dialogue dialectique élargi, la qualité du dialogue elle-même pourrait permettre l’expérience d’une inspiration qui directement exprime une conscience intelligente universelle ainsi la Volonté Générale ne serait pas seulement le résultat d’une représentation intellectuelle intégrant l’expression de toutes les volontés individuelles mais d’une inspiration collective suscitant l’approfondissement de chaque individualité.

Remarque sur le rapport entre politique et religion :
Une telle conscience intelligente universelle dont nombre de spiritualités philosophiques ou religieuses ont prétendu recevoir l’inspiration serait alors confirmée mais dans un sens infiniment renouvelé puisque dans cette démocratisation radicale de la socété humaine elle serait d’abord la puissance impulsant l’individualisation de l’univers qui serait sous-jacente tant à l’émergence évolutive de l’humanité qu’à toute forme d’individualisation de la personnalité des êtres humains. Comme le disait le penseur indien Vivékananda au début du 20e siècle, si nous prenons au sérieux spirituellement la dimension personnelle de l’existence comme les dimensions universelles et transcendantes, il faut lutter contre les désirs des religions d’imposer telle ou telle version idéologique d’une vision d’une lignée d’individus à l’évidence inspirés : il faut protéger les individus de telles tendances religieuses pour permettre à chaque personne d’approfondir de façon individuelle une relation inspirée à l’universel et à la transcendance. Les philosophes, les sages, les prophètes, les saints du passé ne doivent pas être suivis ou reproduits mais ils peuvent nous inspirer individuellement dans le développement de nos propres qualités d’inspiration. Le dévoilement d’une vérité de l’universel et de la transcendance serait d’abord et avant tout dans ce nouveau contexte social et politique l’oeuvre même de nos tentatives d’individualisation au-delà de nos égocentrismes, de nos tribalismes, de nos ethnocentrismes, de nos préjugés civilisationnels et donc religieux, etc.

Remarque sur le statut de notre exposé : Dès lors que nous accordons au développement du dialogue dialectique une place si particulière dans la constitution et la reconnaissance de la Volonté Générale réinterprétée par nos soins, nous pouvons poursuivre notre comparaison entre politique et musique pour situer le statut de ce cours sur la liberté politique. Nos théories politiques sont des partitions de plus ou moins bonnes qualités mais qui peuvent inspirer des groupes de musique improvisée dont chaque concert aura malgré quelques similarités des développements chaque fois inédits, des explorations de plus en plus profondes de lignes d’improvisation individuelle et universelle. A terme les partitions qui auront été inspiratrices seront dépassées par la réalité de l’interprétation vivante du groupe puis par l’aventure improvisée du groupe tant au niveau de sa conscience musicale universelle qu’au niveau des consciences musicales individuelles.

c) - Radicaliser la démocratie, c’est donc reconnaître que la décision majoritaire est le plus bas degré de vie démocratique d’un groupe.

Si la majorité a le souci d’un véritable dialogue démocratique, qui soit non seulement une véritable recherche de la Volonté Générale comme intégration utopique de tous les aspects positifs pour le bien commun mais d’une Volonté Générale créatrice nourrissant le pouvoir créateur universel des volontés individuelles alors nous avons un espoir d’un vie démocratique d’une qualité supérieure. Les problèmes actuels qui mettent en jeu la survie de notre humanité sembleront avoir été le milieu propice à un véritable bond évolutif.
Les Lumières furent un mouvement minoritaire mais elles ont introduit les Droits de l’Homme Universel et la démocratie au suffrage majoritaire...
Il nous faut un nouveau mouvement des Lumières, la démocratie ne doit plus demeurer un spectacle médiatique de candidat dont on choisit le meilleur soit disant à la majorité. Ce type de choix est digne des reality show où les téléspectateurs choisissent en téléphonant pour tel candidat plutôt que tel autre. Il nous faut un nouveau mouvement des lumières qui montre qu’un groupe peut prendre des décisions non plus seulement par un système majoritaire ou un système de compromis produisant un consensus mou... Une démocratie nationale ne doit pas envisager les problèmes politiques en termes nationaux nombrilistes : vue la portée mondiale des problèmes politiques, elle doit vraiment avoir une Volonté Générale à portée universelle.
Il faut qu’une décision relevant d’une véritable intelligence postmoderne universelle face à nos problèmes nationaux, internationaux émerge...
Une Volonté générale où chacun exprime sa volonté créatrice la plus universalisable tout en participant et se nourrissant de l’harmonie évolutive collective universelle restera-t-elle une utopie ?
Pas si une forme d’intelligence intersubjective universelle créatrice se manifeste dans nos vies subjectives comme le dialogue dialectique et les témoignages sur l’inspiration, le génie, etc. le suggèrent..

d) – Transition : il nous faut un sens de l’autorité démocratique.

Reste à trouver des moyens de connecter ce nouveau sens de la Volonté Générale aux réalités démocratiques actuelles.
Bien entendu pour qu’une telle expérience se répande, il faut défendre une démocratisation des décisions politiques, il faut dénoncer les limites des politiques modernes fondées sur des partis de majorité dont les fonctionnements internes sont eux-mêmes majoritaires pour la plupart. Par ailleurs la majorité d’une nation peut être une minorité internationale nuisible à l’harmonie des nations.
On pourrait à ce propos évoquer la notion de pouvoir d’Hannah Arendt. Pour elle une véritable autorité est celle qui parvient à partager le pouvoir de décider et d’agir entre les mains du collectif. Pour aller plus loin que ne le faisait Hannah Arendt, l’autorité doit servir l’organisation consciente du pouvoir collectif de l’humanité qui à la fois prend sa source et se déploie en chaque individu à travers ses appartenances nationales.
Au lieu d’un parti politique, il nous faudrait donc d’abord développer un mouvement basé sur la recherche d’une sagesse liée à la rencontre comme recherche collective et universelle de la Volonté Générale. De tels groupes divers ne viseraient pas le pouvoir politique national et international mais chercheraient à faire autorité par leur exemplarité, leur œuvre d’éducation culturelle et leurs positionnements politiques publiques.
Ils seraient internationaux autant que nationaux. Ils essaieraient de se lier les uns aux autres démontrant par là leur recherche d’une authentique sagesse en quête d’une Volonté Générale.