Corrigé du sujet "Faut-il laisser une place à l’irrationnel dans la conduite de la vie ?"

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

Attention !! Cette correction est en préparation.

Faut-il laisser une place à l’irrationnel dans la conduite de la vie ?

  I- Introduction problématique.

a- L’irrationalité imaginaire entre créativité ludique et superstition.

L’irrationnel est une composante centrale de l’imagination. Il faut précisément songer à ce qui n’est pas possible en apparence pour se mettre à imaginer. Il faut s’élever contre le bon sens pour faire surgir l’impossible. Et sans imagination pourrions-nous créer quoi que ce soit ? Sans imagination, pourrions-nous jouer, déplacer des idées à l’intérieur de notre esprit, élaborer des fictions et au final produire des théories, des oeuvres, etc. ? Ne serions-nous pas en train de perdre la vitalité dans l’ennui d’un esprit de sérieux constant ?
Mais l’enfant en entrant dans le monde imaginaire voit les processus imaginaire lui échapper : ce sont des production de l’inconscient. Il fait face à l’ambiguïté des pulsions mélant vie et mort. Il prend souvent peur et il s’invente tel rituel pour combattre sa crainte. Ou au contraire, il espère voire se matérialiser telle possibilité alors que tout indique son improbabilité. Il devient superstitieux.

b - L’irrationalité inhérente à la croyance peut-elle rester raisonnable ?

La philosophie a toujours combattu la superstition. Inspiré son comportement d’une crainte ou d’une espérance contraire à la raison, c’est-à-dire contraire au bon sens a toujours paru contraire à la démarche philosophique. Cependant on ne peut pas réduire l’irrationalité à la superstition. La confiance en l’autre même si elle est raisonnable reste un comportement en partie irrationnel. Or sans confiance aucun accord collectif ne peut se mettre en place, aucune relation ne peut se dérouler normalement. La paranoïa n’est-elle pas une affection psychologique qui précisément empêche toute forme de confiance ? Les religions revendiquent souvent une forme spécifique de confiance raisonnable : la foi religieuse permettrait de mieux comprendre la vie et le monde et mieux comprendre notre condition existentielle nous rapprocherait de la question d’une adhésion à une foi religieuse. Certaines sagesses rejetteront une expérience qui au fond implique toujours l’acceptation d’un point d’aveuglement. Une expérience spirituelle comme une relation affective doit pouvoir permettre le passage de la confiance à l’épreuve d’une vérification. Si l’autre ne respecte pas le livre que je lui prête et ne s’en excuse pas, respectera-t-il mon intérieur, si je le loge en mon absence ? Si une voie spirituelle m’indique telle pratique et que cette pratique effectuée authentiquement, rien ne se produit de ce qui avait été annoncé, puis-je avoir confiance en une telle voie spirituelle ? D’ailleurs la science qui porte son enquête sur des objets (et non sur la subjectivité comme les voies spirituelles) ne propose-t-elle pas des conjectures testables et donc contestables ? Les croyances ne sont pas toutes à rejeter puisque même la science n’y échappe pas mais une confiance, une foi qui ne sont pas testables ont-ils un intérêt ?

c - Annonce du plan.

  II - Conduire consciemment sa vie consiste-t-il à développer sa conscience rationnelle ?

1) la force trompeuse de l’imagination humilie sans cesse la raison. ( Pascal, Les pensées, fragment 41, édition Le Guern)

a) Misère et grandeur de l’imagination.

b) Comment l’imagination humilie la raison : le grand philosophe sur une planche au-dessus d’un précipice malgré sa raison ne sera pas assuré.

c) Transition : le risque d’une foi religieuse contre le vertige existentiel : une foi « bouche trou ».

2) « Wo es war, soll ich werden », Sigmund Freud.

a) La béance du Ca (Lacan), l’ambiguïté pulsionnelle crée les tendances superstitieuses (Lacan, Freud).

b) La prise de conscience psychanalytique de notre irrationalité pathologique est une conquête de la conscience sur le Ca.

  III - De la nécessité du "beau risque" (Phédon, Platon.)

1) Des croyances et leur méthode de fixation selon Charles Sanders Pierce. (voir ici Wikipédia)

a) la foi aveugle ou la méthode de ténacité.

b) la foi en l’autorité et la méthode d’autorité.

c) la foi métaphysique et la méthode a priori.

d) La croyance rationnelle et la méthode scientifique.

2) La foi au-delà du fidéisme religieux peut-elle être un élément d’une pratique spirituelle expérimentale ?

a) l’idée d’une foi religieuse raisonnable.

b) l’idée d’une lumière de foi qui ouvre à la lumière d’une compréhension
intérieure. « Croire pour comprendre et comprendre pour croire », Augustin d’Hippone.

  IV - L’ouverture d’un oeil suprarationnel ?

1) Infrarationnel et transrationnel. (pré/trans fallacy de Ken Wilber)

a) le sentiment océanique est-il une expérience régressive infrarationnelle ? (La correspondance Freud - Romain Rolland)

b) La conscience réfléchie individuelle intégrée à l’expérience spirituelle suprarationnelle. (l’approche néoplatonicienne par exemple).

2) Du troisième genre de connaissance (Spinoza) à l’aventure de la conscience.

a) Du troisième genre de connaissance et du « connais-toi toi-même ! ».

Le premier genre de connaissance inclut pour Spinoza l’imagination. La raison est une émergence d’un genre de connaissance plus réfléchi. Elle procède par notion commune. Il lui manque une connaissance singulière que le troisième genre de connaissance développe. L’imagination nourrit les passions : j’imagine être un empire dans un empire qui dispose d’un libre arbitre, je nourris ainsi une passion égocentrique. La raison me dévoile que je suis déterminé, que mes actes sont une expression de tout l’univers. La raison me montre les mécanismes logiques de mes passions. Mais seule une observation et connaissance d’une passion singulière peut la métamorphoser en une action du tout qui s’exprime par un individu.
La connaissance intérieure consiste donc en une auto-observation directe de ce qui se déroule dans notre esprit. Ceci ne consiste pas en une introspection qui consiste à corriger des pensées en lui substituant une autre. C’est une connaissance directe intuitive qui saisit le processus passionnel qui nous en libèrera.
Toutes les grandes spiritualités y compris les plus matérialistes comme l’épicurisme insistent donc sur une vigilance, une attention au présent. Elles proposent des discriminations intellectuelles pour focaliser le regard intérieur mais il suffit de regarder dans le regard ce qui le trouble pour que seule la jouissance présente du regard demeure. De là on comprend mieux les techniques de méditations orientales, mais aussi on redécouvre les pratiques occidentales consistant à se mettre en présence de la conscience par delà tous les phénomènes qui s’y déroulent (le doute sceptique, l’ascension érotique, l’épochè phénoménologique, le moi métaphysique de Wittgenstein, etc.). Le divin ou l’absolu (si l’on préfère un terme moins religieux) semble une présence qui se découvre dans une exploration intérieure de la conscience dès lors que l’enquête n’est plus simplement intellectuelle mais phénoménologique en quelque sorte.

b) l’oeil de chair, l’oeil rationnel et l’oeil intuitif suprarationnel.

Entrer dans l’aventure intérieure de la conscience revient à transcender l’intellect rationnel et les sens : ce qui semble paradoxal au niveau de l’intellect et impossible au niveau de ce que nous apprennent les sens semblent pour un regard attentif tout à fait évident.
Par exemple, les sens disent plutôt une pluralité alors que le champ de conscience pose une unité. Par exemple quand je tiens man main au-dessus de ma tête, je situe la sensation de ma main au dessus de la sensation de mon crâne mais au même moment je visualise bien ma main en dessous du sommet de mon champ de vision. Or le sommet de mon champ de vision n’est-il pas défini par ma sensation du crâne ? Il y a un paradoxe surement dû à la diversité des sens et au croisement délicat des informations qu’ils m’apportent. Mais quelle est la plus juste information ?
La raison va placer un observateur extérieur et quel qu’il soit il affirmera que la main est bien au dessus crâne.
Mais si l’observateur est avant tout un explorateur de la conscience, pour lui le repère absolu est un repère intérieur que tout un chacun peut prendre. Tout apparaît dans notre esprit et dans l’expérience de notre esprit, ce qui dépasse le sommet du crâne vécu intérieurement est au sommet de l’esprit.
L’oeil intuitif a conscience que le corps est dans l’esprit et il ne voit rien d’autre que cet esprit. Ce corps apparaît comme un phénomène instantané changeant instant après instant dont la singularité dans l’esprit à chaque instant semble d’une nécessité absolue dans le processus du tout de l’esprit absolu (Dieu ou la nature), nous dit Spinoza. Ceci ne peut pas être vu avec notre oeil de chair ou notre oeil rationnel. C’est à nouveau un paradoxe qui ne peut être résolu que par un oeil d’une conscience plus réfléchie : l’oeil intuitif de l’esprit.
A ce propos, il nous est difficile d’admettre rationnellement et sensitivement qu’il n’y a qu’un esprit car nous supposons qu’autrui a un autre esprit. Mais même autrui nous apparaît dans cet esprit. A vrai dire ai-je affaire avec la vie psychique de l’autre sinon par analogie ou par symbiose au sein de mon esprit avec ma vie psychologique, ma vie psychique qui se déroule dans cet esprit par le biais de ce corps ? Leibniz répondra autrement que Spinoza à cette question en parlant de monade sans porte ni fenêtre au sein desquelles tout l’univers se donne à voir, les autres y compris mais il doit au final supposer une monade des monades, un seul esprit qui les inclut toutes en lui-même.

  V - Conclusion.

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