Peut-on tout dire ?

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

Attention !!! Ceci reste encore une leçon à parfaire.

  I. Introduction problématique.

Quand on raconte, on est soumis à plusieurs conditions. D’une part, chacun aura une manière propre d’interpréter un récit pour lui donner vie. Notre caractère et notre vitalité nous contraignent à un certain jeu d’interprétation. D’autre part, pour raconter dans un rythme vivant, il nous faut savoir éliminer les détails inutiles pour mettre en valeur des détails significatifs. Un récit peut donc plus ou moins rendre compte des événements à cause des contraintes de style et de temporalité.

Si le récit pour être vivant, présente ces contraintes, alors peut-on tout dire ?

Outre ces problèmes d’idéalisation et d’interprétations du réel par le récit, on rencontre un problème de communication quand on expose ou quand on exprime des idées. Est-ce que je suis assuré d’être compris ? Comment vais-je garder l’attention de mon auditoire ? Qu’est-ce qui, plus généralement, assure l’efficacité de ma parole ? Une communication réussie serait une communication convaincante ou persuasive. Mais cette ambition de tout dire comprise ainsi est-elle légitime ? La persuasion bien souvent utilise le mensonge et la manipulation : est-elle éthique ? Aujourd’hui la publicité qui entoure non seulement les produits de consommation mais la politique et la justice n’est-elle pas une manifestation de la rhétorique sophistique critiquée par Platon et Socrate ?
Ne faudrait-il pas mieux pratiquer la communication sur des convictions argumentées ou sur l’usage de la démonstration ? On peut dire tout ce qu’il nous revient de dire à condition de ne pas se contredire.

Mais si l’argumentation est la seule façon de dire authentique, pour que la communication soit éthique faut-il alors interdire moralement voire légalement ce qui est de l’ordre du persuasif. Si l’on privilégie seule l’argumentation comme authentique, ce qui est uniquement persuasif comme propagandes et publicités serait alors interdit. Dès lors la question « peut-on tout dire ? » devient aussi une question sur l’intolérance. Que faut-il s’interdire pour que l’échange, la communication soient sans obstacle ? Mais l’interdit s’il limite l’intolérance ne restreint-il pas au final les possibilités de la tolérance en interdisant le persuasif ? Si telle population n’entend pas l’argumentatif pour agir de façon à se préserver de tel danger, le persuasif paraît alors s’il est efficace une action bonne. D’autre part, l’interdit n’empêche pas l’intolérance fanatique d’avancer masquée. A vrai dire une démocratie se porte d’autant mieux que tout peut s’y dire.

Est-ce qu’au final le discours le plus convaincant ne serait pas le discours scientifique ? N’évite-il pas par sa rigueur les ambiguïtés des langues ? Grâce à la méthode expérimentale et à sa théorisation, nous pourrions agir efficacement et trouver une expression adéquate de nos intentions. Toutefois, pouvons-nous vraiment ramener des poèmes à des équations ? Les machines à traduire perdent toujours le sens de la poésie. Est-ce que le langage scientifique ne passe pas à côté de la singularité des choses ? Est-ce que son caractère explicatif n’oblitère pas le mystère de l’être des choses ?

Dans une première partie nous nous demanderons donc comment trouver une expression authentique de nous-même favorisant le développement de la vertu de tolérance.
Dans une deuxième partie on se demandera si le réel peut être ou non pensé dans les langues de la culture ou dans le langage scientifique.
Dans une troisième partie nous ferons face au mystère de l’indicible en nous demandant quelle parole peut être fidèle à son mystère.

Partager cette page