Lycée Léonard de Vinci
" Tant que dure ta jeunesse, acquiers des choses qui ensuite te consoleront du dommage de ta vieillesse " - Léonard de Vinci
Site de l'académie de Versailles

Accueil > Matières littéraires > Philosophie > 6 - Textes philosophiques expliqués. > Les Pensées de Blaise Pascal.

Les Pensées de Blaise Pascal.

mercredi 20 janvier 2010 par Serge Durand - Philosophie

Attention ! cet article est en cours de rédaction !!!

On trouvera ici sur le site les questions de la fiche avec ses liens internet et sa bibliographie.

 Corrigé de la fiche de lecture sur Les Pensées de Pascal

1) Donnez des éléments biographiques essentiels sur Blaise Pascal (3-4 lignes maximum).

Blaise Pascal (1623 - 1662) est un mathématicien, philosophe, moraliste, physicien, et théologien français du 17e siècle. Orphelin de mère, il fut élevé par son père. Ses premiers travaux concernent les sciences. Il invente la « pascaline » l’ancêtre de la calculatrice pour son père. Il travaille sur de nombreuses théories puis finit par abandonner la physique et les mathématiques pour se consacrer à la réflexion philosophique et à la religion. Il Laisse inachevées Les pensées qui ne seront publiées qu’après sa mort.

2) A propos de la révolution scientifique du 17e siècle à laquelle Pascal a participé :

a) Décrivez la représentation de l’univers au moyen-âge inspirée de Ptolémée et d’Aristote.

La représentation de l’univers par Aristote est avant tout basée sur l’observation et ce qu’elle inspire intuitivement. Il a une certaine conception de l’univers : notre monde terrestre est imparfait tandis que le monde céleste est infiniment plus parfait, notre univers est une sphère finie et close. A l’oeil nu, on constate que les corps célestes ont des contours parfaits tandis que les corps terrestres et la lune présentent des aspérités, des irrégularités, etc. Les mouvements de ces corps dans le ciel paraissent approximativement circulaires, avec les moyens de mesure disponibles à l’époque de l’essor de la science grecque.
Les mouvements célestes se divisent en trois grandes catégories. Les deux grands luminaires : La Lune et le Soleil, qui, vu leur diamètre apparent semblent assez proches, les planètes, qui se déplacent dans le ciel (planètos en grec signifie : astre errant) en décrivant approximativement des cercles, et enfin les étoiles, qui semblent fixes sur la sphère céleste puiqu’elles ne se déplacent pas les une par rapport aux autres). Si cette description du monde a pu s’imposer pendant une si longue période, c’est qu’elle a
également bénéficié de la description et quantifiée du mouvement des astres, faite par Ptolémée, dans son Almageste. Se basant sur la description d’Aristote, cette dernière propose un système cohérent et mathématique du mouvement des Astres. La représentation de l’univers par Ptolémée propose un système pour calculer le mouvement des planètes, de la Lune et du Soleil, basé sur une combinaison de mouvements circulaires. Le système s’appuie sur les grands principes de la vision aristotélicienne : la Terre est au centre de l’univers, et les différents astres (Lune, Soleil, Planètes, Etoiles), sont sur des sphères concentriques tournantes, centrées sur la Terre. Ce système de Ptolémée est plus qu’un système empirique pour calculer les positions des objets
dans le ciel, il s’est imposé avec combiné au système métaphysique d’Aristote à tous les penseurs de l’occident chrétien, à tous les penseurs musulmans et juifs. Le mouvement céleste est animé pour Aristote par un premier moteur immobile et immatériel qui entraîne toutes les spjhères ainsi que les divers éléments. Les monothéistes chrétiens, juifs et musulmans reconnaissent dans ce premier moteur qui n’est mû par rien la présence de Dieu.

b) Quel a été le changement scientifique de représentation de l’univers opéré au 17e siècle et qui fût initié, entre autres, par Galilée, Copernic, Giordano Bruno ?

Copernic ne publia pas ses idées. Il voulut les réserver aux savants de son cercle. Son hypothèse révolutionnaire était opposée à l’expérience commune et à la science astronomique issue de Ptolémée et d’Aristote. Le paysan a bien l’impression que le soleil tourne autour de lui, comment accepter que ce soit le contraire qui se passe ? Dans La Bible, Moïse n’arrête-il pas le soleil ? Or un écrit sacré peut-il dire faux ? Les savants, eux-mêmes, pouvaient facilement trouver d’autres arguments anti-coperniciens : comment expliquer qu’une terre en mouvement n’est pas la proie de vents violents et de raz-de-marée permanents ou pire encore (argument de Ptolémée lui-même) ? Si le soleil est le centre de l’univers, pourquoi les corps ne tombent-ils pas vers lui, conformément à la doctrine d’Aristote qui veut que le lieu naturel des graves soit le centre de l’univers ? Si la terre tourne, pourquoi n’observe-t-on pas un décalage annuel des positions apparentes des étoiles ? Si les astres tournent autour du soleil, comment expliquer leur influence sur les hommes (base de l’astrologie) ? Copernic était en mesure de contrer certains de ces arguments : par exemple faisait-il remarquer, si c’étaient les cieux qui étaient en rotation, la vitesse angulaire de ces étoiles lointaines
et la force centrifuge seraient telles que la fameuse sphère où étaient accrochés les astres se disloquerait. Il était donc plus facile de faire l’hypothèse que c’est la terre qui bouge. Ce n’est qu’en Angleterre, pays ayant découvert tardivement l’astronomie antique et prompt à la rejeter, que les théories coperniciennes furent chaleureusement accueillies. C’est en 1610 que Galilée commence ses observations astronomiques avec la lunette qu’il a mise au point. Bien que convaincu de la justesse de la théorie copernicienne et s’appuyant sur les observations qu’il effectuait grâce à sa lunette, il ne parviendra pas à apporter la preuve irréfutable que la terre tourne sur elle-même et tourne autour du soleil. Mais il précise divers points comme celui de la chute des corps, les marées, la présence de satellite autour de planètes éloignés qui donnent à la thèse de l’héliocentrisme de plus en plus de crédit. Giordano Bruno se base sur les travaux de Nicolas Copernic et Nicolas de Cues, et démontre, de manière philosophique, la pertinence d’un univers infini, peuplé d’une quantité innombrable de mondes identiques au nôtre. Pour Bruno, il n’y a plus de fixité dans l’Univers, annonçant en cela la relativité d’ Einstein. Il voit l’Univers matériel comme le monde spirituel déployé, "expliqué ", alors que le monde divin est caché, " implié ", préfigurant déjà la vision de David
Bohm, un physicien de la mécanique quantique. Il conçoit la matière comme divine, à la façon de Teilhard de Chardin. Mais il sera brûlé pour hérésie.

3) A propos de la doctrine catholique et de Pascal :
a) Quelle est la doctrine de l’Eglise catholique au sujet du péché originel (événement, conséquences, transmission) ?

Dans La Bible, le récit de la genèse et de la création du monde raconte comment Adam et Eve, le premier couple humain créé par Dieu lui a désobéi influencé par un serpent qu’on identifia par la suite à un ange du mal, Satan. Adam et Eve ont mangé le fruit de la connaissance du bien et mal contrairement à ce que Dieu leur avait ordonné. Suite à ce péché les êtres humains sont condamnés à être mortels, à travailler péniblement pour acquérir de quoi de survivre, à faire face aussi aux douleurs de l’accouchement. Le rapport au corps est bouleversé, Adam et Eve découvre la honte d’être nu. Pour les catholiques ce péché originel parce que à l’origine de l’humanité et de tous ses autres fautes contre le bien, sera transmis à toute la descendance humaine d’Adam et Eve : tout être humain naît pécheur et étranger à Dieu et son salut. Le péché originel et sa transmission à toute l’humanité est une doctrine de la théologie chrétienne occidentale, dont la notion fut développée par Augustin d’Hippone au IVe siècle et confirmée pour l’Église catholique par un décret conciliaire promulgué en 1546 lors du concile de Trente. Selon cette doctrine, extrêmement débattue depuis ses origines, tout être humain se trouve en état de péché du seul fait qu’il relève de la postérité d’Adam.

b) Quel est le salut que propose l’Eglise catholique ? Quelle est sa doctrine de la liberté et de la grâce en jeu dans ce salut ?

La résurrection de Jésus est le fondement de la foi des chrétiens. Mais elle n’est pas seulement le signe que Jésus, parce qu’il est Dieu, est délivré de la mort. La victoire contre la mort marque l’aboutissement d’une victoire contre le péché. Le péché originel présent en chaque homme a été vaincu en Jésus-Christ. Sa victoire contre le péché originel devient donc aussi une victoire contre la mort qui sanctionna ce péché originel. La résurrection de Jésus-Christ qui avait été injustement condamné à être crucifié manifeste donc la vie éternelle que Dieu promet et ouvre à tous les hommes. C’est bien cela le contenu de ce que nous appelons le salut. Et c’est par la volonté même de Jésus, allant jusqu’à donner sa vie par amour, que ce salut est donné à l’humanité entière. La mort n’est pas le terme de l’existence. L’espoir et l’espérance sont désormais l’horizon de toute vie personnelle et de l’évolution du monde. Par l’adhésion à la Résurrection de Jésus, à ses paroles et à sa présence au sein de son Eglise qui perpétue et transmet son enseignement et ses grâces, chacun peut participer à sa divinité qui comprend la résurrection. Dans une telle conception on peut se demander si un salut est possible en dehors d’une conversion au message de Jésus-Christ et d’une adhésion à son Eglise véritable, la seule Eglise catholique bien entendu. Pascal semble adhérer par exemple à l’idée qu’en dehors de l’Aglise catholique, il n’y a pas de salut.

c) Quelle est dans La cité de Dieu livre 13, chapitres 13 et 14 puis livre 14, chapitres 10, 16-18, 23-26, la conception de Augustin d’Hippone du péché originel et sa transmission du péché originel ? Quelle inflexion donne-t-il au dogme du péché originel ?

d) Qu’est-ce que sont les jésuites et les jansénistes ? En quoi les jansénistes prolongent-ils la doctrine de saint Augustin ? En quoi l’approche des uns et des autres diffère-t-elle sur les questions précédentes ? Comment le conflit s’est-il envenimé ? Quel rôle y a joué Pascal ?

La Compagnie de Jésus est une congrégation catholique approuvée en 1540. Elle est fondée par Ignace de Loyola. Les jésuites sont des religieux, mais avant tout des missionnaires oeuvrant à la conversion. Ce ne sont pas des contemplatifs comme les religieux bénédictins, cisterciens, etc. Ils veulent constituer de tous les corps de la chrétienté, l’ordre religieux le plus discipliné et le plus fort au service de l’Eglise catholique et de sa mission de conversion. Ils ont gardé l’empreinte du génie de leur fondateur. La cohérence de cet ordre religieux mondial tient, entre autres, aux lettres régulières envoyées par chaque jésuite au « général » de la Compagnie de Jésus. Il s’agit d’un compte rendu précis des activités de chacun. Encore aujourd’hui, tous les jésuites, responsables d’une œuvre ou d’une communauté, rédigent 3-4 pages tous les trois ans au supérieur général de Rome, qui leur répond individuellement. Ainsi, la mondialisation jésuite a commencé via un réseau de correspondance épistolaire, avec, à son cœur, le supérieur général. La formation internationale et commune qu’ils reçoivent et la spiritualité ignacienne qu’ils pratiquent assurent aussi une réelle communauté d’esprit entre les jésuites du monde.

Les Jansénistes sont les partisans de la doctrine de jansénius. Le jansénisme est d’abord une doctrine de la prédestination ; il semble minimise le rôle du libre arbitre de l’homme dans la recherche du salut, qu’il fait dépendre de la seule grâce de Dieu. L’esprit Janséniste imprégna le milieux intellectuels de la fin du XVIIe siècle jusqu’au XVIIIe siècle où il sera pourchassé et condamné. Mais au-delà du XVIIIe siècle, il aura une influence sur une conception mettant au centre la misère de l’homme, sa culpabilité devant Dieu et le peu de chance d’être sauvé pour la majeure partie de l’humanité. Jansénius exposa la doctrine dans son Augustinus en 1640. Il interprétait les thèses de saint Augustin sur la grâce avec un pessimisme systématique. Augustin estime que la grâce est nécessaire au bon fonctionnement de notre libre-arbitre, il critique ceux qui pensent comme Pélage qu’on peut gagner le salut par son seul effort. Mais il ne nie pas que notre libre-arbitre une fois restauré, il nous appartient d’en faire bon usage. La grâce est alors une grâce suffisante pour remettre notre libre-arbitre d’aplomb vu qu’il est rendu déficient à cause du péché. Mais au-delà de la grâce suffisante, il est aussi question d’une grâce efficace : Dieu soutient non seulement notre libre-arbitre mais aussi des mouvements d’amour vers lui et le monde. La question est de savoir dans quelle mesure cette grâce efficace est nécessaire à notre salut ou si la grâce suffisante est suffisante. Un débat théologique très important s’ensuivit, opposant les solitaires de Port-Royal adeptes de Jansénius , aux jésuites. Ces derniers soutenaient la doctrine catholique selon laquelle chacun reçoit la grâce nécessaire (grâce suffisante) lui permettant de faire son salut. Pascal dans ses lettres Provinciales (1656-1657), défendit les thèses jansénistes insistant davantage sur la grâce efficace. Ces thèses sur la grâce mettent en jeu l’idée qu’une masse de gens serait ultimement condamnée en enfer : l’insistance sur la grâce suffisante rend le salut plus accessible à tous tandis que celle sur la grâce efficace rend la condamnation du plus nombre évidente. Craignant que cette fronde religieuse , qui perdurait, ne nourisse une nouvelle fronde politique, Louis XIV ordonna la destruction de l’abbaye janséniste de Port Royal en 1710. Le pape Clément XI condamna définitivement le jansénisme comme hérétique.

4) Exposez le débat sur les divers éditions des pensées de Pascal (Kaplan, Martineau, Brunschwig, Lafuma, Le Guern).

5) Pistes pour la lecture des Pensées à l’aide de L’entretien de M.Pascal et M. de Sacy :

a) Quelle lecture positive et négative fait Pascal du scepticisme Montaigne ?

Pascal est né chrétien et a reçu l’éducation chrétienne commune mais il s’est en quelque sorte de nouveau converti, devenant un chrétien fervent. Il cherche la signification pour le christianisme de la lecture d’Epictète et de Montaigne, et par là même occasion, des autres philosophes. Le chrétien peut et doit reconnaître que les philosphes expriment bien un aspect de la vérité. Pascal accorde la vérité qu’il reconnaît à chacun d’eux. Pascal a un rapport très étroit à Montaigne. Il s’en est nourri, à tel point qu’il le connaît par cœur. Le sceptique nous rappelle à notre misère, il nous fait admettre notre incapacité à nous situer dans le monde et surtout à nous connaître. Il montre les limites des prétentions des rationalistes qui se perdent dans l’orgueil d’un dogmatisme. Dans sa critique de Montaigne, on remarque chez Pascal une véritable fascination. D’ailleurs, la plupart du temps, il a seulement besoin d’être corrigé pour être cité dans l’apologie qu’entreprend Pascal de la religion chrétienne car c’est un style de pensée qui intéresse Pascal. Mais pour Pascal il n’est pas concevable d’être un sceptique chrétien. La foi illumine et apporte la certitude d’une vérité. On ne peut pas avoir la foi chrétienne et demeurer sceptique car il y a des vérités qui se font jour dans le cœur. sur ce point Pascal suit son maître Augustin, croire revient à comprendre et comprendre permet de davantage croire. Il y a un cercle vertueux de la foi tandis que le doute nous confine dans la misère, la foi éclaire la raison de cette misère et restitue notre grandeur en nous montrant le caractère raisonnable et donc rationnel de la foi qu’un sceptique ne saurait percevoir.

b) Quelle lecture positive et négative fait Pascal de Epictète ?

Epictète fait montre d’orgueil selon Pascal. Certes la vertu d’Epictète est de souligner qu’on ne saurait trouver le repos en cherchant satisfaction dans le monde. En ceci il rejoint la thématique chrétienne selon laquelle le royaume de Dieu n’est pas de ce monde. Mais en affirmant que l’âme est une partie du divin, du tout de la nature, le stoïcien se perd dans la présomption : ses pensées et ses doctrines sont fondées sur une expérience qui fait fi des faits réels et surtout de la nécessité de la grâce divine pour approcher de Dieu. Le stoïcien nie la souffrance et la mort, il affirme que ce ne sont pas des maux qui peuvent troubler la paix de l’âme qui a renoncé à chercher satisfaction dans le monde. Le stoïcien se détourne alors de sa propre imperfection et refuse la grâce divine qui promet de mettre fin aux racines de la corruption qui ont fait entrer dans le monde la souffrance et la mort.

6) A propos de la misère et de la grandeur de l’homme pour Pascal :

a) En quoi les thématiques de la concupiscence, de la mort ou de l’orgueil dans Les Pensées sont-elles redevables à saint Augustin ?

Pascal a lu bien des théologiens, Jansénius, Arnauld, Saint Cyran, etc. mais un seul sera son vrai Maître : saint Augustin. Il résume ce qui lui paraît être le cœur de la théologie d’Augustin. Pascal s’interroge sur la condition de l’homme. Il ne s’attache pas seulement à ses faiblesses, à sa misère, mais aussi aux signes de sa grandeur, visibles sous les dégâts du péché. Il ne veut pas jeter l’être humain dans le désespoir, mais dans les bras du Dieu , seul sauveur.

b) En quoi consiste la misère du moi ? En quoi le moi est-il haïssable ?

Selon Pascal si le « moi est haïssable », c’est que le monde est peuplé de milliards de « moi » qui veulent chacun « se faire le centre de tout ». Il en résulte que « chaque moi est l’ennemi et voudrait être le tyran de tous les autres ».
Bien sûr on peut faire objection à cette approche en insistant sur l’effort de l’honnête homme pour faire preuve de civilité à l’égard d’autrui et pour envisager son bonheur personnel en solidarité avec le bonheur d’autrui. Cette thématique de l’honnête homme est courante au XVIIe siècle et plonge ses racines dans l’humanisme chrétien tout en étant retravaillé par Montaigne ou ceux qu’on appelle les libertins au XVIIe siècle (à ne pas confondre avec les libertins du XVIIIe siècle qui prendront des licences avec les mœurs chrétiennes). Cette civilité ne formera qu’un paraître sous lequel demeurera cet ego qui veut se faire le centre de tout. Même moral, c’est-à-dire même si en apparence l’honnête homme ne fait pas preuve d’égoïsme, il fait insidieusement preuve d’égocentrisme. L’amour dont il fait preuve envers soi-même reste perverti : c’est un amour propre.
Notre conscience est à ce point subvertie par l’imagination que nous déployons plus d’énergie à fantasmer notre vie qu’à la vivre. Et c’est ce moi fictif que nous offrons à la crédulité d’autrui. Paraître, c’est remédier au vide de sa propre existence en vivant une vie rêvée dans l’esprit d’autrui.
Le moi est haïssable dès lors qu’il est égocentrique et il est forcément construit ainsi tant qu’il n’adhère pas à la grâce de Dieu et que son adhésion est déformé par le péché. Pour que l’amour légitime se développe Pascal évoque la distinction de Augustin entre le jouir (frui) et l’user (uti). De Dieu seul on peut jouir car alors on aime ce qui est absolu, éternel, etc. alors que des créatures dont nous-mêmes il ne faut qu’user car sinon nous nous enfoncerons dans le péché et la misère. On ne peut jouir des créatures y compris de soi-même car cela revient à les idolâtrer alors qu’elles sont changeantes, instables, périssables, etc.
On ne pourra s’aimer soi-même et les autres de manière adéquate qu’à travers l’amour de Dieu et donc qu’à travers sa grâce qui nous fait participer à sa divinité en tant que membre du corps de Jésus-Christ.

c) Quel est le lien de la misère humaine avec la révolution scientifique ?

Sur Wikipédia, ici un commentaire sur la disproportion de l’homme

d) Quel lien y a-t-il entre divertissement et misère ?

Blaise Pascal écrit dans ses Pensées, 139 (éd. Brunschvig) :

« Divertissement.
Quand je m’y suis mis quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent, dans la cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. On n’achètera une charge à l’armée si cher, que parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.

Mais quand j’ai pensé de plus près, et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.

Quelque condition qu’on se figure, si l’on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde, et cependant qu’on s’en imagine, accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher. S’il est sans divertissement, et qu’on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu’il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s’il est sans ce qu’on appelle divertissement, le voilà malheureux et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et se divertit. »

Explication :

On pourra utiliser ce site internet : http://www.philolog.fr/le-divertissement-pascal/ pour faire l’explication de ce passage.

e) En quoi l’imagination contribue à la misère de l’homme ?

C’est à travers des activités sérieuses, des activités ludiques, ou encore l’imagination que l’Homme tente de se fuir, d’échapper à la conscience de la misère, de la mort, idée qui l’attriste. L’imagination nous permet de fuir le présent, de nous détourner de ce que nous sommes réellement. Pour Pascal, l’imagination aide à fuir, à nous perdre encore avec le divertissement.

f) En quoi consiste la grandeur de l’homme ?

Lorsque Pascal parle de la « grandeur de l’homme », il ne pense pas forcément aux vertus morales ni aux capacités impressionnantes de l’intelligence humaine, mais à l’activité de base de l’esprit : la pensée au premier niveau, son niveau de conscience. Par exemple par la pensée l’homme peut envisager d’expliquer l’univers. C’est ce qu’est parvenu à faire la science moderne. Mais au-delà de cette performance, ce qui fait la grandeur de l’homme, c’est qu’il sait sa finitude dans l’infini, il sait qu’il va souffrir et un jour fatalement mourir ne laissant guère de trace dans cet univers infini. Cette prise de conscience par la pensée, que l’on est capable d’avoir tant dans notre bonheur ou dans notre malheur, nous élève au dessus de tout ce qui est dans l’univers qui reste insconscient.

7) A propos de l’ordre intérieur psychique :

a) Quelles sont les trois vertus théologales selon les catholiques ? Quelle est la plus importante ?

Les trois vertus théologales selon les catholiques sont la foi, l’espérance et la charité. La plus importante pourrait sembler la foi car c’est la base même de se remettre entièrement entre les mains de Dieu : « le juste vivra de la foi ». Mais au final la foi passera quand nous serons face à face avec Dieu mais pas l’amour charitable (agapè en grec).

b) Préciser les concepts de raison et de cœur, leur relation selon Pascal.

Chez Pascal, le cœur, ce n’est pas le sentiment. Le cœur, selon lui, c’est la faculté de connaître certaines vérités de façon intuitive. Le cœur se distingue donc de la raison qui est la capacité de connaître la vérité à l’aide de raisonnements que l’on peut formuler verbalement "le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point". Le mot cœur, dans la Bible, désigne le centre de la personne : c’est le cœur qui décide ultimement de suivre ou de rejeter la vérité. Pascal a sans doute repris le sens biblique du mot en insistant sur le rapport entre la démonstration et la connaissance intuitive.

c) Quel est le rapport avec l’esprit de finesse et l’esprit de géométrie ?

L’esprit de géométrie a des principes palpables. Les géomètres ont l’esprit droit, mais ne comprennent quelque chose que si le raisonnement est basé sur des définitions (fragment 466).
Dans l’esprit de finesse, il est juste question d’avoir une bonne vue. L’omission d’un principe conduit à l’erreur. C’est pour cela qu’il faut aussi avoir l’esprit juste pour ne pas raisonner faussement sur des principes connus. Les esprits fins ne sont pas géomètres car ils ne peuvent pas se tourner vers des principes de géométrie, tout comme les géomètres ne sont pas fins car ils n’ont pas la vue bonne, ils se perdent dans les choses de finesse. A vrai dire il y a encore une juste place qui est introuvable à cause de la faute originelle qui a corrompu notre instrument de connaissance. Cependant la foi éclaire le cœur.
Cependant ces deux esprits, l’esprit de géométrie et l’esprit de finesse pourraient être liés car « la finesse est la part du jugement, la géométrie est celle de l’esprit » (fragment 467). Autrement dit il pourrait y avoir une relation saine entre les sentiments et les sciences.
On évitera donc un faux-sens qui associerait le cœur et l’esprit de finesse puisque le cœur éclaire aussi bien le sentiment que la raison. Mais en allant au-delà de la lettre de Pascal l’association de l’esprit de finesse et de l’esprit de géométrie ne donne t-il pas davantage à entendre ce que le cœur entend ?

d) A partir de là , précisez la conception qu’a Pascal de la vertu théologale principale ?

Pour Pascal, la charité demeure la vertu théologale principale.

8) A propos de la politique :

a) En quoi la justice humaine est-elle corrompue pour Pascal ?

Selon Pascal, l’homme est incapable de justice tant il est blessé. Nous portons en nous l’idéal de la justice, nous pourrions y parvenir, cependant le monde dans lequel on vit n’est lui, pas idéal.

Pascal écrit dans Les pensées, fragment 298, éd. Brunschvig : « Il est juste que ce qui est juste soit suivi, il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants ; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et, pour cela, faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste.
La justice est sujette à dispute, la force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste. Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. »

Explication : (on en trouvera une ici)

b) Quels sont les rapports au pouvoir politique ? En quoi sont-ils à la fois justes et sans justesses ?

9) A propos de la conversion :

a) Expliquez la preuve de l’existence de Dieu par l’infini chez Descartes.

En ce qui concerne l’existence de Dieu, l’argumentation de Descartes est la suivante : l’homme a une idée de la perfection et de l’infini. Cette idée d’infini est concevable mais elle n’est pas compréhensible. Face à cette idée d’infini nous achappons à la cerner parce que notre esprit est imparfait et fini. Etant donné que l’effet ne peut pas contenir plus que la cause, comme le moins ne peut pas créer le plus, ces idées de perfection et d’infini n’ont pu être créées par l’homme. Elles ont dû être déposées en lui par un être parfait et infini ; donc cet être existe et c’est Dieu. C’est ce qu’on appelle la « preuve par l’idée d’infini ».

b) Pourquoi Pascal rejette toutes les preuves de l’existence de Dieu ? En quoi insiste-il sur la notion d’un Dieu caché ?

Pour Pascal, il n’y a pas de preuves de l’existence de Dieu mais, face à l’incertitude de l’existence divine, une possibilité de trouver une position certaine. C’est une manière spécifique pour Pascal de soutenir dans les Pensées la déchirure qu’il éprouve entre Science et Foi. L’idée du Dieu caché est fondamentale dans la vision tragique. C’est elle qui commande toute la structure mentale des auteurs tels que Pascal, tout comme elle est au centre des spéculations théologiques des jansénistes. Cet effacement de Dieu est évoqué par Pascal dans le fragment 559. « Le Dieu caché est, pour Pascal, un Dieu présent et absent » ; « toujours présent et toujours absent ». En fait pour Pascal, Si Dieu « paraît une fois, il est toujours » mais l’idée même de cette apparition unique entraîne celle de l’absence permanente d’un Dieu hors du temps dans la mesure où ce temps nous est donné pour le chercher.

c) Présentez le pari de Pascal.

Le pari de Pascal se compose de deux parties. Dans un premier temps il explique que le choix entre croire en dieu et ne pas y croire doit être vite fait. En effet, celui qui croit au Dieu de Jésus-Christ, certes se sacrifie, fait des concessions, cependant si son Dieu n’existe pas, celui ci ne perd rien. En revanche, celui qui ne croit pas en Dieu, si celui-ci existe, il risque de perdre la possibilité de vivre éternellement, d’aller au paradis. Surtout il risque de se retrouver en enfer. Dans la deuxième partie de son pari, Pascal utilise des exemples et des probabilités pour reprendre ses idées. Même si il y a peu de chances que dieu existe, même si nous n’avons pas énormément de preuves, mieux vaut y croire puisque si il existe, la récompense est ensuite infinie et éternelle.

On peut tenter de résumer le pari sous la forme de ce tableau :

pari pascal

Pascal écrit dans Les pensées, fragment 397 (extrait) : « Examinons donc ce point, et disons : Dieu est ou il n’est pas ; mais de quel côté pencherons-nous ? La raison n’y peut rien déterminer. Il y a un chaos infini qui nous sépare. Il se joue un jeu à l’extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile. Que gagerez-vous ? Par raison, vous ne pouvez faire ni l’un ni l’autre ; par raison, vous ne pouvez défendre nul des deux. Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix, car vous n’en savez rien. - Non, mais je les blâmerai d’avoir fait non ce choix, mais un choix, car encore que celui qui prend croix et l’autre soient en pareille faute, il sont tous deux en faute ; le juste est de ne point parier. - Oui, mais il faut parier. Cela n’est point volontaire, vous êtes embarqué. Lequel prendrez-vous donc ? Voyons, puisqu’il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins. Vous avez deux choses à perdre, le vrai et le bien, et deux choses à engager, votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude, et votre nature a deux choses à fuir, l’erreur et la misère. Votre raison n’est pas plus blessée, puisqu’il faut nécessairement choisir, en choisissant l’un que l’autre. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout, et si vous perdez, vous ne perdez rien ; gagez donc qu’il est sans hésiter. Cela est admirable. »

Explication :

Il convient de remarquer qu’une preuve de Dieu par la lumière naturelle nous semble inaccessible ici puisqu’un chaos infini nous sépare de Dieu. Dans d’autres fragments Pascal est prêt à concéder que les preuves métaphysiques de Dieu nous laisse à entrevoir un instant la possibilité de son existence. Mais rapidement il précise que l’effet n’a pas de durabilité. Par ailleurs ceux qui s’attachent à telle preuve métaphysique font souvent preuve d’orgueil car il ne reconnaisse pas leur misère. Ne reconnaissant pas leur misère, il ne reconnaîtront pas la nécessité d’adhérer non pas à une idée de Dieu mais au Dieu de Jésus-Christ.

(à suivre)

d) En quoi le pari est-il insuffisant pour assurer la conversion ? Aidez-vous de l’événement raconté par le mémorial.

Le pari de Pascal n’est donc une preuve de l’existence de Dieu mais une invitation rationnelle à une pratique chrétienne. Pascal avait été baptisé et avant de connaître sa seconde conversion n’avait qu’une pratique modérée mais pour lui, elle a surement constitué l’occasion pour la grâce de préparer sa véritable conversion par une expérience de la présence du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Jésus-Christ. Dans le mémorial qu’on a retrouvé sur lui cousu dans la poche intérieure de son manteau après sa mort, il décrit cette expérience et combien elle éloigne d’un Dieu abstrait au sens philosophique. Le pari n’est pas une preuve de Dieu, il est une invitation rationnelle au libertin qui se contente de son déisme de vraiment s’engager dans une pratique chrétienne même si le cœur n’y est pas tout à fait. Il s’agit de s’accoutumer à la pratique chrétienne afin de se disposer à la conversion intérieur.

Il est vrai qu’on peut apprendre à aimer ce qui a priori ne nous attire guère en s’y accoutumant. C’est ainsi que naissent parfois des relations passionnées entre deux êtres qui au premier abord n’éprouvaient pas d’attirance l’un vers l’autre.

Mais au-delà de cette accoutumance, Pascal croit aux effets souterrains de la pratique chrétienne qui dispose à la grâce de la conversion puisque lui-même et d’autres l’ont éprouvé. Dans la pratique chrétienne catholique, Pascal estime qu’il y a des grâces de Dieu liées à la pratique des sacrements qui favoriseront une telle conversion :

  • confessions des péchés auprès d’un prêtre où il s’agit de prendre conscience de sa misère lié au péché et de recevoir le pardon sacramentel qui en libère à condition d’effectuer ce que le confesseur a indiqué ;
  • onction des malades ;
  • communion eucharistique (partage du pain et du vin devenant corps et du sang du Christ auquel le chrétien communie afin d’être comme membre du corps du Christ) ; etc.

La pratique chrétienne superficielle qui se fait au cas où après tout le Dieu de Jésus-Christ existe et qu’il vaut mieux éviter l’enfer est pour Pascal infiniment rationnelle et elle peut ouvrir à l’amour de Jésus-Christ et de son Dieu.

Le lecteur cependant estimera que la vérité spirituelle se réduit ici dogmatiquement à la pratique chrétienne et que le nerf de l’argumentation n’est pas si rationnel que cela puisqu’il repose sur la crainte de l’enfer.

10) A propos de la fausseté des autres religions :

a) Situez les diverses religions par rapport à la vérité d’après Pascal.

Pascal rejette les religions païennes comme infrarationnelles. Il rejette la religion musulmane en contestant la valeur du témoignage de Mahomet.
Seule la religion chrétienne est vraie.
Toutefois il donne un statut à la religion juive dont Jésus-Christ se proclame l’héritier et l’accomplissement.

b) En quoi selon vous la critique des autres religions de Pascal est-elle condamnable ?

Cette critique s’avère dogmatique. Elle dénie toute vérité aux autres religions sauf peut-être à la religion juive où a grandi Jésus-Christ mais elle a refusé de le reconnaître comme le messie.

Or à y regarder de plus près dans toutes les religions, la spiritualité vise à faire l’expérience du divin. Celle-ci quand elle a lieu a en général les mêmes caractéristiques : joie sans objet, amour du prochain quel qu’il soit, etc.

Dans nos sociétés pluralistes et laïques seul un dialogue interreligieux peut donner aux religions quelques valeurs sinon elles sont des facteurs d’enfermement communautariste.


Contact | | Plan du site | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Haut de page | SPIP | ScolaSPIP
Lycée Léonard de Vinci (académie de Versailles)
Directeur de publication : Monsieur Patrick Carbonnier