La morale conduit-elle à sacrifier notre bonheur ?

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

ATTENTION !!!! CET ARTICLE EST EN COURS DE RÉDACTION. LE PLAN COMME LE CONTENU NE SONT DONC PAS TOTALEMENT FIXES.

On pourra consulter en cliquant ici le corrigé du sujet « Est-il moral de chercher le bonheur ? » qui offre de nombreux arguments similaires dans une version plus courte.

  I - Introduction problématique.

a - Exemples.

i - Le héros moral comme dépassement de l’horizon moral dominant et comme dépassement de soi.

Un héros moral est prêt à sacrifier sa vie et son existence pour sa cause. Parfois sa famille subira les conséquences de son combat contre l’injustice et quand il aura donné sa vie, ses enfants subiront l’ostracisme social. Ainsi l’action pour la justice conduit souvent au malheur, à la frustration voire à la mort. La morale conduit donc le héros moral à sacrifier son bonheur.

L’exemple de l’héroïsme moral nous oblige à reconnaître notre dépendance vis-à-vis d’un bonheur personnel. Beaucoup de nos difficultés à rester moral semble venir d’un attachement irrationnel à notre seul bonheur au mépris des autres voire du respect qu’on se doit à nous-mêmes.

Par ailleurs, le héros moral est aussi celui qui brise son confort au sein de sa famille, de sa communauté, de sa patrie, etc. parce qu’il rompt avec des valeurs dominantes de ces différents cercles d’appartenance. Le Bouddha rompt ainsi avec le système des castes hindou, des chrétiens ont rompu avec le respect de la loi juive, avec l’inégalité sociale de l’empire romain. Les Lumières ont rompu avec l’intolérance des religieux chrétiens. Victor Hugo a rompu avec la dureté de la société française du XIXe siècle en revendiquant plus de démocratie, en défendant l’abolition de la peine de mort, en dénonçant la cruauté contre les animaux, etc. Ces différents individus à différents moments de l’histoire ont payé leur héroïsme moral en étant rejeté, condamné, exilé, etc.

Nous suggérons que ce sont des héros moraux qui ont fait évoluer les mentalités au-delà de leurs tendances égocentriques. L’exigence morale remet donc régulièrement en cause les images collectives de ce qui est bon.

Cependant à regarder la vie des héros moraux, on doit constater que leur dépassement de soi n’est pas cependant toujours acquis et gagné dans tous les secteurs de leur vie. Untel capable de faire face au totalitarisme communiste sera dans sa famille un tyran à son tour.

ii - Le mal-être ne permet pas de s’aimer et d’aimer l’autre.

Mais une vie morale qui conduit à un quotidien où on s’enchaîne à des parents et une famille qu’on veut respecter peut devenir de plus en plus invivable. Si parce que les valeurs de notre famille vont à l’encontre de nos projets et de nos goûts, on sacrifie ces goûts et ses projets ne risque-t-on pas de perdre goût à la vie ? Vouloir être moral conduit alors à la dépression et si on intériorise cette dépression pour ne pas contrevenir à la morale, on connaît alors souvent la maladie. Combien de maladies sont-elles dues à un idéalisme dont nous ne pouvons pas être à la hauteur ? Comment aimer l’autre quand on ne s’aime pas soi-même malgré son imperfection ? Le souci de soi central dans les philosophies eudémonistes qui voit dans le Bien et le bonheur une unité semble une approche pertinente pour répondre à notre question.

N.B : Il ne s’agit pas de se faire complice de son imperfection mais il ne s’agit pas non plus en s’appesantissant sur notre imperfection de finalement ne pas mettre l’énergie que nous avons au service du Bien.

b - Bonheur personnel et instant de bonheur impersonnel.

Cependant il faut distinguer eudémonisme et hédonisme. Malgré la culture dominante qui célèbre le bonheur sous la forme d’un hédonisme compris comme satisfaction des désirs, c’est-à-dire malgré une culture qui valorise un monde de désirs personnels et de plaisirs intéressés, beaucoup d’entre nous connaissent des états de plaisir désintéressé.

Kant évoque par exemple une distinction entre l’agréable et le sentiment de beauté qu’il est arrivé à beaucoup d’entre nous d’éprouver. Est agréable ce qui satisfait nos intérêts, nos goûts personnels tandis qu’est beau ce qui transcende nos intérêts et nos goûts personnels et se révèle comme un plaisir universel désintéressé. N’y a-t-il pas lieu d’entrevoir là la source d’un bonheur impersonnel et donc potentiellement moral puisque désintéressé ? Kant évoque d’ailleurs bien qu’il rejette les eudémonisme n’admet-il pas un sentiment qui joint en lui le sentiment de beauté devant le ciel étoilé avec celui devant la présence de la loi morale en soi ?

A vrai dire Schopenhauer a compris que la contemplation esthétique était un palier avant d’expérimenter le sentiment de pitié. Dans la contemplation esthétique on peut comprendre que le plaisir désintéressé vient du dépassement de la relation sujet-objet. Lorsqu’un passage musical nous ravit par sa beauté, il n’y a plus un sujet écoutant un objet. Dans le ravissement musical, la musique est écoutée impersonnellement. D’ailleurs lors d’une expérience de beauté authentique, il n’y a plus un moi qui juge un objet par rapport à certains critères. Lorsque justement un commentaire émerge durant un moment de contemplation esthétique n’est-ce pas quand il s’estompe ? Le sentiment de pitié pour Schopenhauer s’enracine aussi dans un dépassement de la relation sujet-objet, il n’y a plus moi et l’autre objet de mon attention, il y a dans le sentiment de pitié authentique une seule entité : à un certain niveau je suis l’autre et l’autre est moi car au plus profond il n’y a qu’une seule réalité, une unique chose en soi. Schopenhauer fonde sa morale sur ce sentiment impersonnel dans la mesure où il révèle l’illusion du sentiment d’être quelqu’un de différent d’un autre. Dans cette approche le Bien et le Bon semble donc bien pouvoir se concilier dès lors qu’on considère le Beau.

Nos exemples du héros moral et du mal-être nuisible à l’énergie morale confrontaient le Bien moral avec le Bon. Nous faisions du héros moral celui qui peut renoncer à soi pour le Bien. Nous faisions de l’homme gagné par le mal-être celui qui n’arrive pas à trouver le Bon dans un souci de soi qui le rendrait incapable de pouvoir se soucier des autres. Nous avons introduit ici à côté de cette tension entre le Bien et le Bon, le Beau. Le Beau suggère un dépassement de soi qui transcende et inclut renoncement à soi et souci de soi. Le sentiment de beauté suggère que le sujet s’efface devant la conscience contemplative du beau. Retournant et prolongeant les analyses d’un Schopenhauer, ne peut-on pas élargir ce propos au créateur ? Créer ne revient-il pas à se dépasser plus encore par renoncement à soi et souci de soi conjugués.

Explorer plus avant le terrain commun au Bien, au Bon et au Beau permettra donc de donner une réponse à la question posée.

c - La recherche du bonheur personnel peut-elle malgré tout mener à la vertu ?

Si une conciliation est pensable entre le Bon et le Bien grâce au Bon, il nous faut cependant essayer de relier le désir du Bon au désir du Beau. Les philosophies eudémonistes de l’antiquité proposent un lien étroit entre le désir de pratiquer la vertu et le désir de connaître un état d’esprit calme, serein et tranquille quelles que soient les circonstances. Cet état d’esprit où l’esprit de l’individu n’est pas troublé en profondeur est appelé l’ataraxie. Epicure parle à son sujet de plaisir en repos. Nous trouvons ici dans ces approches eudémonistes l’idée d’un passage direct du Bien au Bon ou du Bon au Bien. La recherche du Bien est inséparable de la question du désir. Et en même temps être heureux signifie d’après les philosophies eudémonistes qu’on ne soit plus troublé par des désirs, ce qui a fortement rapport à la vertu.

d - Bilan et annonce du plan.

Nous nous demanderons donc premièrement si la recherche de la morale conduit à renoncer au bonheur personnel. Ensuite nous nous demanderons si la recherche d’une éthique du bonheur ne précède pas la pratique de la morale ? Enfin nous essaierons de voir en quoi la perfection de l’équanimité pourrait conduire à une éthique de l’Amour créateur.