La vérité.

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

En cliquant ici on trouvera une leçon plus élaborée autour d’une question approchante.

  Débat n°2 : Renoncer à la vérité n’éviterait-il pas de l’imposer aux autres ?

1 - La tolérance relativiste et ses limites.

L’intolérance a toujours pour origine le fait que quelqu’un croit avoir la vérité et qu’il est prêt à l’imposer par la force aux autres. Si personne ne pensait avoir la vérité, il n’y aurait plus d’intolérance. La tolérance n’est-elle pas immédiate dès lors qu’on renonce à l’idée de vérité absolue ?

Le relativisme affirme qu’il n’y a que des perspectives individuelles sur la vie. Le scepticisme affirme que la conscience mentale ne permet pas de trouver la vérité même si elle existe mais malgré il entend affirmer l’authenticité de son point de vue. Le relativiste affirme lui qu’il y a une authenticité individuelle c’est-à-dire une forme de vérité vivante inhérente à toute perspective individuelle sur la vie.

Dans les dialogues interculturels , les difficultés viennent souvent du fait de perspectives bien plus hétérogènes que peuvent l’être des perspectives individuelles au sein d’une même culture. Au sein d’une culture quand quelqu’un a une perspective hétérogène on peut le soupçonner de folie mais face à une autre culture cette attitude est impensable. Cependant dialoguer ne nécessite-il pas de comprendre la perspective de l’autre ? Au fond devant une perspective hétérogène parce que géniale, au bout d’un certain temps, une compréhension émerge. Si la tolérance relativiste consiste en ce que des perspectives individuelles ou culturelles se côtoient sans essayer de se comprendre, ne risque-t-on pas de peu à peu glisser vers le conflit pour obtenir une reconnaissance de l’autre ? La tolérance est une vertu insuffisante pour fonder la paix sociale. Le relativisme permet de développer une perspective individuelle mais cette perspective ne risque-t-elle pas d’être égocentrique si elle n’est pas animée du désir de compréhension ?

2 - Il ne faut pas renoncer à une certaine vérité des sciences pour dépasser nos erreurs et découvrir de nouveaux phénomènes.

La science cherche à comprendre le monde dans le quel nous vivons. Pour elle comprendre ce monde consiste à l’expliquer dans ses processus.

Les sciences mathématiques essaient de nous défaire des erreurs de raisonnement tout en explorant des mondes fictifs cohérents du point de vue d’une logique et de certains axiomes.

La science physique ou la biologie émettent des théories prédictives dont des expériences testeront les prédictions. Une théorie scientifique n’est jamais une vérité absolue, la science est en perpétuel progrès cependant car elle esquisse des théories de plus en plus prédictives et qui résistent de mieux en mieux aux tests expérimentaux. En outre elle découvre de plus en plus d’objets et de phénomènes jusque là inconnus.

L’explication scientifique nous offre une explication de plus en plus détaillée de l’évolution de l’espace temps énergie jusqu’à l’apparition de notre espèce humaine.

Certaines lignes de faits s’imposent de plus en plus à nous à travers la démarche scientifique. On ne peut pas renoncer à cette vérité dès lors que nous nous sommes souvent servi des théories et découvertes scientifiques pour inventer de nouvelles technologies et que les limites de ces technologies nous sont souvent révélées par la science elle-même. La toxicité de certains produits inventés par des scientifiques nous est ainsi découverte par d’autres scientifiques. A l’heure où la question d’une crise écologique majeure se pose à nous, la science et ses esquisses de vérités nous sont plus que jamais nécessaires.

3 - Au-delà des valeurs et des faits objectif, l’exploration spirituelle de faits subjectifs.

La tolérance implique de laisser libre cours à des valeurs subjectives permettant aux personnes de vraiment s’individualiser. Cependant cette individualisation personnelle et culturelle risque d’être égocentrique si elle ne s’appuie pas sur la valeur objective de la compréhension. La science fait écho à cette valeur objective en cernant des faits objectifs. Expliquer permet souvent de mieux comprendre et réciproquement.

Mais ces approches si elles sont complémentaires risquent d’oublier en quelque sorte une quatrième dimension de la question de la vérité. Il y a des traits subjectifs qui ne sont ni simplement personnels ni simplement interpersonnels. Il y a comme des faits subjectifs transpersonnels.

Une expérience de beauté n’est pas une question de préférence personnelle ou culturelle même si l’œuvre d’art exprime un style personnel. En effet la beauté semble effacer la confrontation entre un sujet qui observe et un objet observé : il y a le rayonnement de l’œuvre d’art devenu conscient. La beauté ravit la conscience de l’observateur, il n’y a plus un sujet face à un objet d’art. L’art devient comme le sujet d’un rayonnement ravissant la conscience à l’observateur qui semblait la maîtriser jusque là. A vrai dire, si l’expérience de beauté a cette profondeur on peut ouvrir la question de la vérité d’un fait subjectif à explorer. Il y a là une vérité qui s’impose à certains et dont la spiritualité religieuse et philosophique a tenté de témoigner.