Les échanges.

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

Une leçon plus approfondie reprend ces thèmes : Les échanges sont-ils seulement utilitaires ?

  Débat n°1 - La concurrence est-elle un facteur d’évolution des échanges sociaux ?

1 - Darwinisme social.

Darwin propose d’expliquer l’évolution des espèces par le jeu du hasard de la reproduction sexuelle et de la nécessité d’un milieu naturel. Un pinson doté d’un bec long ne survivra pas longtemps dans un milieu où seules des noix sont disponibles. L’oiseau au bec trapu brisera des noix et survivra mieux. Mais en lisant Darwin il s’avère que le pinson à long bec disparaîtra de ce milieu car les le pinson au bec trapu mangera aussi les noix qui cassées s’offraient à celui dont le bec ne permet pas de les briser. Darwin parle d’une lutte pour la vie qui finit par éliminer les moins adaptés et leur descendance d’un milieu de vie donné.

Certains penseurs ont considéré que rien n’empêche d’adapter ce raisonnement à nos sociétés humaines. Dans le domaine économique quand l’Etat subventionne les entreprises qui vont mal il retarde une crise évolutive qui aurait favorisé l’émergence d’entreprise plus adaptées aux nécessités du marché. De même quand l’Etat aide ceux qui ont perdu un travail à subsister, il risquent d’abandonner l’effort pour s’adapter aux exigences du marché du travail et donc cela formera une masse de gens qui ne produisent plus de richesses et qui grèvent les investissements de ceux qui pourraient en produire davantage.

Quand nous intervenons par souci d’équité dans le domaine économique nous finissons souvent par essouffler l’économie qui seule est source de richesse.

2 - L’évolution naturelle réévaluer à l’aune de l’évolution culturelle.

Cependant ce type de discours qui entend appliquer la théorie de Darwin aux affaires humaines manque le fait que l’homme n’est plus contraint de s’adapter biologiquement à un milieu de vie. L’évolution de l’homme est une évolution culturelle qui n’est donc pas soumise à un simple jeu de hasard et de nécessité. Face à une crise sociale, économique les êtres humains peuvent réfléchir et modifier leurs valeurs.

Pourquoi à partir de la lutte pour la vie ne pas justifier un racisme ethnique ? L’ethnie la plus adaptée ne mérite-elle pas de régner sur une autre ? Pourquoi ne pas justifier une guerre de tous contre tous ?

Benjamin Constant un penseur libéral français du début du 19e siècle avait perçu que la transition du pouvoir d’une aristocratie guerrière à une bourgeoisie industrielle était en cours. Il n’ignorait pas que la concurrence économique peut sans doute être moralement indéfendable mais il estimait à juste titre qu’entre une lutte à mort militaire et la concurrence économique il y a un changement souhaitable de nature de la concurrence. L’un peut aujourd’hui signifier autodestruction nucléaire ou autres de l’humanité et l’autre signifier émulation dans le progrès par le biais de la mondialisation économique.

3 - La solidarité intraspécifique, la conscience systémique de la toile du vivant et le dépassement de la bestialité humaine.

En privilégiant la lutte pour la vie ou plus subtilement la concurrence économique, le penseur de l’évolution ne limite-il pas l’évolution de la conscience humaine ? Ne pourrait-on pas voir dans l’évolution une dialectique entre unité et différenciation du vivant et de la conscience ? Au lieu de parler de lutte pour la vie ne faudrait-il pas parler d’un élan pour la biodiversité et vers plus de conscience ? La lutte pour la vie sert aussi bien la biodiversité où la vie n’hésite pas à se nourrir de la vie que des logiques de solidarité de plus en plus conscientes au sein du vivant. Au final chaque être vivant, chaque espèce exprime un élan évolutif qui sert le vivant en entier : la lutte pour la vie sert une co-évolution qui ne met jamais en péril la vie elle-même puisqu’elle produit à chaque fois un écosystème où la vie trouve un nouvel équilibre.

L’homme en tant qu’omnivore intelligent est surement le prédateur le plus universel et le plus dangereux. Son ennemi le plus dangereux est sa propre bestialité. Par sa conscience de nature culturelle, le profit qu’il retire des échanges lui dicte de plus en plus de solidarités et à des échelles de plus en plus vastes : famille, clan, ethnie, civilisation, mondialisation... Et aujourd’hui au-delà de sa conscience humaine mondialisée il commence à prendre conscience qu’il doit devenir la conscience même du vivant et de son évolution. Ce processus d’évolution permettra-t-il à l’homme de surmonter à temps sa barbarie ?

Dans le cas de l’être humain, il s’est souvent avéré que les exclus d’hier sont devenus la pierre d’angle d’un bouleversement social. L’émulation économique n’est pas négative pour l’évolution mais quand elle exclut socialement, elle participe de la barbarie dont nous devons nous libérer. Ne devons-nous pas mettre en place de nouvelles solidarités en vue de favoriser de nouvelles évolutions ?