La technique.

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

  Débat n°1 : En quoi la technique distingue l’homme de l’animal ?

On trouvera les textes de Protagoras et d’Aristote auxquels on se réfère ainsi qu’une version plus développée de cette réflexion en cliquant ici.

A - L’abeille et l’ouvrier.

Il est vrai qu’une abeille construit sa ruche ce qui nécessite des formes d’opération de transformations qui rappellent les techniques de constructions humaines. De même il y a une répartition des tâches au sein de la ruche qui rappelle la répartition des tâches au sein d’une entreprise. Cependant Une abeille agit déterminée par un instinct qui est le fruit d’un processus évolutif biologique. Quand un ouvrier humain agit pour produire une maison ou des objets manufacturés comme Marx le remarque il utilise des plans qui peuvent varier. L’homme travaille et use de techniques car il est capable de penser virtuellement ses actions avant de les mettre en œuvre.

B - Le don surnaturel de la technique selon Protagoras.

Platon rapporte un mythe raconté par Protagoras au sujet de l’apparition de la technique humaine. Selon lui deux Titans Epiméthée et Prométhée furent chargé par les dieux de créer les créatures animales pour peupler la terre. Epiméthée convainquît Prométhée de réaliser seule cette création. Il équipa les animaux qui de fourrures, qui de carapaces, qui d’écailles ou encore qui de griffes, qui de crocs, qui de venins, etc. ou encore certains victimes des autres se reproduisaient en nombre et d’autres mastodontes se reproduisaient peu, etc. Or il s’avéra qu’Epémithée avait oublié d’équiper une créature : elle était nue pourvue de quelques poils, de rognures d’ongles et de dents. C’était l’homme. Prométhée pou sauver cette espèce d’une disparition certaine lorsqu’elle serait introduite au milieu des autres déroba le feu et l’art de forger à Héphaïstos le dieu de la forge, et vola les autres artisanats et beaux arts à Athéna. Zeus condamna Prométhée à un châtiment éternel. Mais il accorda à l’homme un nouveau don l’art politique puisqu’il n’avait pas d’instinct social et les techniques pratiquées isolément ne sont guère efficaces.

C - Evolution biologique vers l’être intelligent et technicien.

1 - La main selon Aristote est l’outil de tous les outils.

Aristote conteste l’idée d’un miracle. Il constate que la main humaine est l’outil de tous les outils. Elle peut saisir aussi bien une épée qu’un marteau ou d’une aiguille, etc. Ainsi le corps humain n’est pas nu au sens de désarmé. La nudité de sa main témoigne de la polyvalence de ses usages. La nudité de son corps lui permet d’avoir des habits adaptés aux saisons. Etc.

2 - La co-évolution de la conscience intelligente et du corps humain.

De fait, si il y a une rupture entre l’abeille et l’ouvrier, une rupture introduite par l’irruption de la culture au sein de la nature, les propos d’Aristote confirmés par les données sur l’évolution des espèces nous montrent aussi une continuité. L’intelligence n’est pas le fruit d’une rupture, elle émerge au sein d’une évolution biologique qui est aussi une évolution de la conscience. Cette ligne d’évolution est-elle prédéterminée ou est-elle le fruit du plus pur des hasards ? Nous constaterons qu’il y a comme des contraintes physique s’exerçant sur les données morphologiques qui semblent croiser des conditions biologiques de l’intelligence. La bipédie permet l’augmentation du volume cérébral et dégage les membres avant de la locomotion. Le mode de filiation des mammifères favorise la transmission d’un acquis en dehors de l’inné car il y eu des dinosaures bipèdes mais dont l’intelligence ne dépassa guère ceux de nos ancêtres mammifères.

Remarque : Comme le fait remarquer Vincent Fleury renforcer le déterminisme dans les lignes d’évolution ne signifie pas le retour à un néocréationnisme : les défenseurs du déterminisme comme spinoza au XVIIe siècle ou Marx au XIXe étaient considérés comme des athées tandis que ceux qui insistaient sur le hasard laissaient la porte ouverte au miracle et donc à un Dieu personnel (fin de la remarque).

Quoi qu’il en soit, on découvre de plus en plus nettement qu’il n’est pas infondé de parler de protoculture à propos de certains singes ou même de mammifères supérieures comme les dauphins voire les éléphants.

Certains biologistes pensent même que la culture est le moyen pour la nature de éventuellement un jour coloniser d’autres planètes. L’homme et sa technique ne serait que le vecteur de cette impulsion inhérente aux cellules.

Ceci nous amène à poser un second débat autour de la technique.