Correction d’un sujet TSTTG sur un texte de L’existentialisme est un humanisme de Sartre.

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

Correction du sujet TSTTG portant sur un extrait de Jean-Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme

« S’il est impossible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine, il existe pourtant une universalité humaine de condition. Ce n’est pas par hasard que les penseurs d’aujourd’hui parlent plus volontiers de la condition de l’homme que de Sa nature. Par condition ils entendent avec plus ou moins de clarté l’ensemble des limites a priori qui esquissent sa situation fondamentale dans l’univers. Les situations historiques varient : L’homme peut naître esclave dans une société païenne ou seigneur féodal ou prolétaire. Ce qui ne varie pas, c’est la nécessité pour lui d’être dans le monde, d’y être au travail, d’y être au milieu d’autres et d’y être mortel... Et bien que les projets puissent être divers, au moins aucun ne me reste-t-il tout à fait étranger parce qu’ils se présentent tous comme un essai pour franchir ces limites ou pour les reculer ou pour les nier ou pour s’en accommoder. »,
Jean-Paul SARTRE, L’existentialisme est un humanisme, Nagel

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

1) Quelle est l’idée principale ? Dégagez les articulations du texte.

2) Expliquez les expressions suivantes :
a) « il est impossible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine » ;
b) « Ce qui ne varie pas, c’est la nécessité pour lui d’être dans le monde ».

3) Discussion : Y a-t-il une nature humaine ?


Exemple de Corrigé :

Réponse 1) :
N.B : cette explication réélabore et développe le commentaire de Joseph Llapasset sur le site internet philagora.

Introduction :

Le thème : Dans ce texte Sartre refuse au nom de la liberté la notion de nature humaine.
La thèse : Sartre refuse donc ici l’idée d’une humanité inscrite dans une essence, donnée à la naissance. Pour l’auteur il faut parler plutôt de condition universelle de l’homme.
Le plan : Cette thèse en deux temps constitue la première partie du texte. Dans une deuxième partie, Sartre analyse cette universalité de condition selon deux points de vue successifs.

  • D’un point de vue objectif, la condition humaine ne tient pas à des situations historiques particulières mais à une situation universelle dans la mesure où tout homme rencontre des limites comme le travail, autrui, la mort…
  • Sur le plan subjectif chaque homme par son projet tente d’assumer ses limites en les refusant, les acceptant ou les dépassant, ce qui fonde une intersubjectivité et donc une compréhension d’autrui toujours possible.
    Le problème et les enjeux : L’existentialisme est une réflexion sur l’existence humaine qui pour Sartre est avant tout liberté. Pour l’homme, « l’existence précède l’essence », car une personnalité n’est pas construite sur un modèle dessiné d’avance et pour un but précis car c’est moi qui choisit de m’engager dans telle entreprise. Ce n’est pas que Sartre nie les conditions contraignantes de l’existence humaine, mais il répond à Spinoza qui affirmait que l’homme est déterminé par ce qui l’entoure.

Commentaire linéaire :

Premier temps de la première partie : Absence de Définition ou d’essence de l’homme

Ce texte de Jean Paul Sartre commence par une prise de position très affirmée contre l’idée qu’il existerait une nature humaine, c’est-à-dire une essence de l’homme, une définition éternelle de l’homme dont ce dernier ne pourrait pas sortir et qui le contraindrait à vivre d’une seule façon possible. Sartre s’oppose catégoriquement à cette idée en partant du principe qu’« il est impossible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine, ». Cependant il ne remet pas pour autant en cause l’idée qu’il puisse y avoir une universalité humaine, mais selon lui cette universalité réside dans la condition de l’homme et non dans sa nature. C’est cette notion de condition qu’il va définir dans le second moment du texte.

Deuxième temps de la première partie : Définition de la condition de l’homme

Par condition de l’homme il faut entendre nous dit Sartre : « l’ensemble des limites a priori qui esquissent sa situation fondamentale dans l’univers. », cela ne signifie pas que la liberté de l’homme est limitée, mais que cette condition définit le contexte dans lequel cette liberté va pouvoir s’exercer.

Premier temps de la deuxième partie : L’illustration d’un point de vue objectif sur la condition humaine

Sartre illustre dans le moment suivant du texte cette définition en décrivant plusieurs types de situations dans lesquelles un homme peut se trouver et en fonction desquelles il va devoir se positionner. Ainsi si « Les situations historiques varient », la manière dont le sujet va se comporter dans un contexte donné ne sera pas déterminée par celui-ci, mais dépendra de son seul choix. Je ne choisis pas de « naître esclave dans une société païenne ou seigneur féodal ou prolétaire. », mais je suis responsable de la manière dont je vais vivre ma condition historique et sociale.

Parallèle-différence avec un autre auteur :

Ainsi d’une part, il admet comme Spinoza " que tout homme est - en - situation". Il a un corps, un passé, des obstacles devant lui.
Mais d’autre part, Sartre réaffirme que c’est l’homme qui librement confère à la situation son sens. Par exemple, une situation devient intolérable pour des gens qui se sentent opprimés par elle et ils se révoltent librement contre elle. Cette situation n’est peut-être pas intolérable en soi, dit-il, mais elle le devient parce que l’homme lui a conféré ce sens par son projet de liberté alors que un autre homme pourrait, avec un autre projet, considérer cette même situation comme bénéfique. Les chrétiens n’invitaient jamais leurs esclaves à se révolter mais les invitaient à bien faire leur travail d’esclave pour devenir un bon chrétien qui irait au paradis. En projetant mes intentions sur ma situation actuelle « c’est moi qui librement transforme celle-ci en moyens d’action ». Plus l’homme vit dans une situation tragique et difficile, plus il éprouve le besoin de "’s’en sortir", et il cherche les moyens de le faire.

Deuxième temps de la deuxième partie : Ce qui fait l’universalité de cette condition pointe aussi la dimension subjective de la condition humaine

C’est pourquoi Sartre conclut ce texte en insistant sur ce qui fait l’universalité de l’humanité, ce ne sont pas des caractéristiques innées que tous le hommes posséderaient par nature, mais le fait qu’ils soient tous plongés dans un monde dans lequel ils doivent accomplir leur existence comme projet. Ce que je suis n’est pas défini à l’avance par une nature quelconque, mais résulte de la manière dont je choisis d’affronter le monde, les limites inhérentes à ma condition ne sont pas infranchissables, ma liberté me permet de « franchir ces limites », de « les reculer ou [...]les nier » ou de m’« en accommoder ».

Ce sont donc mes décisions qui donnent sens aux situations.

Bilan :

On peut voir finalement émerger ici un réseau de concepts qui définit assez bien l’existentialisme.
Le concept d’Essence est ici nié au sujet de l’homme : « il est impossible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine ». Mais s’y substitue le concept de condition : « il existe pourtant une universalité humaine de condition ».
La condition humaine
Celui de projet « bien que les projets puissent être divers » répond à la nécessité d’être au monde et donc d’être en situation :
Comprendre que c’est le projet d’un être libre qui donne une signification aux relations humaines montre comment le projet n’est qu’une manière humaine de répondre aux limites d’une situation et surtout comment le projet philosophique qui prend la liberté pour objet devient l’affaire de tous, il est le projet exemplaire par excellence.

Réponse 2)a) :

Sartre pense que nous n’avons pas de possibilité de trouver une définition de ce qui fait qu’un être humain est un être humain. Bien entendu on peut le définir d’un point de vue biologique, on peut le définir du point de vue de normes culturelles communes à toutes les cultures. Mais ceci ne permettra pas de le caractériser du point de vue de son humanité : rien ne le distingue à ce niveau des animaux qui se définissent du point de vue biologique et qui ont parfois des normes comportementales qui ne sont pas innées mais transmises et acquises par des apprentissages. Pour Sartre ce qui caractérise l’homme est qu’il n’est pas définissable parce qu’il est libre de se définir lui-même par des choix et donc qu’il est libre de redéfinir autrement la culture qu’on lui avait transmise. Notre existence d’être libre relativise notre essence corporelle animale voire nos schémas culturels les plus universels : comme le dit Sartre « l’existence précède l’essence ».

Réponse 2)b) :

Pour Sartre, l’homme n’a pas de nature. Sa conscience est libre de toute nature.
La Condition humaine : Mais pour Sartre, la conscience ne peut pas exister en-dehors d’un corps, et donc en-dehors d’un monde matériel (on voit donc la nécessité pour lui d’être dans le monde).
Paradoxe : Il y a un paradoxe : d’un côté, la conscience est libre de toute identité sociale individuelle, intellectuelle, culturelle (on peut changer de culture, d’idées, de sexe, etc.), mais de l’autre côté : la conscience hérite à chaque instant du monde dans lequel ma conscience s’est constituée. On peut donc avoir l’impression d’être jeté au monde, d’être confronté à une situation qu’on a pas choisie ou qu’on avait choisie alors qu’on était un autre.
Sartre reproche aux personnes de dire « mais c’est ma nature d’être comme ça : d’être paresseux » alors qu’en fait, personne n’est paresseux pour Sartre puisqu’il s’agit d’une décision. On peut être paresseux mais il faut l’assumer comme un choix.

Réponse 3) :

Y a-t-il une nature humaine ?

Sartre estime qu’il n’y a pas une nature humaine mais une universalité des conditions de vie humaines. Il défend ceci au nom de notre capacité à former des décisions délibérées. Si nous sommes déterminés par notre matérialité corporelle, il se pourrait qu’on ne puisse pas nier qu’il y a une nature humaine.

PARTIE I : La nature divine de la liberté :

a) le point de vue religieux de Descartes (vu en cours !!!!).
Dans les conceptions monothéistes héritières de Descartes, la conscience humaine a 2 pôles importants :

  • l’âme :
    Elle fait le lien entre l’individualité de la conscience incarnée dans un corps (d’où viennent les sensations physiques -> quand ça gratte, le désir de se gratter se propose à mon âme) et l’universalité divine de la conscience (ex : calcul : 1+1=2).
    Dans ce point de vue la liberté humaine doit répondre à une vocation (un appel) qui consiste à faire un usage universel de sa liberté en vue de se conformer à la volonté divine.
  • le corps :
    Nos désirs corporels doivent être orientés au service de l’universalité. Il y a trois formes de désir qui sont liés au corps et à son bien-être matériel : le besoin de nourriture, la pulsion sexuelle, et le pouvoir social (qui aujourd’hui met en jeu la possession d’argent). Ils ne doivent pas nous rendre passionnés émotionnellement car dans ce cas nous ne serions plus rationnels.

b) conclusions :
La vocation de la liberté individuelle, c’est d’exprimer singulièrement l’universel, c’est-à-dire d’obéir à ce que nous découvre la raison. Notre essence pour les cartésiens est liée à notre nature spirituelle rationnelle. La liberté nous est donnée pour rendre notre nature de plus en plus à l’image de la nature divine. La liberté permettrait alors de développer notre véritable nature heureuse.

PARTIE II : le point de vue athée permet de défendre une liberté sans nature.

a) Le point de vue de Sartre.
Sartre conteste ce point de vue religieux, en refusant l’idée d’une substance spirituelle de l’âme. Pour lui ce qui nous donne la liberté est le fait que notre esprit est fait d’être et de néant. Notre esprit peut fabriquer des fictions en manipulant des images reçues des sens qu’il découpe ou colle à l’aide de ce néant qui constitue aussi notre esprit. Ces images composées d’être et de néant forment alors des possibilités. Nous éliminons les possibilités qui ne nous intéresse pas, nous les anéantissons (nous les néantisons dit Sartre) pour n’en garder qu’une qui est l’objet de notre choix. La manipulation de ce néant dans l’esprit est donc la source de notre liberté et il la rend indéfinissable. Comment définir ce qui existe sans être ?
Notre liberté ne nous donne pas le bonheur qui n’existe qu’au niveau de ce qu’on est ou devient… Nous devons sans cesse choisir, nous sommes condamnés à être libre.

c) transition critique
Limites des théories de la liberté : Nous savons aussi que la conscience humaine ne peut pas se développer hors d’un monde social humain (exemple : un enfant lâché dans la nature avec les loups, il vivra comme eux et aura une identité de loup). Il y a une nécessité d’être inséré dans le monde pour devenir humainement conscient. (Ceci est emprunté au cours !!!)

PARTIE III : thèses matérialistes sur la question de la nature humaine :

a) Thèse matérialiste déterministe : il y a une nature humaine.
Ce n’est pas parce qu’il y a de la différence et de la diversité qu’il n’y a pas de nature humaine. Par exemple : Il y a une nature canine et une diversité de chiens. Du point de vue scientifique, on sait en analysant un ADN à quel espèce il appartient, à quelle race. Pour les généticiens, il n’y a pas de races humaines car les écarts génétiques entre les hommes sont faibles. Il y a un parallèle entre le développement corporel et psychologique, l’inné et l’acquis chez l’homme sont indissociables dans son développement. La conscience psychologique des enfants gagne des capacités qui sont liés à des facteurs génétiques qui s’expriment grâce à des stimulations éducatives familiales, sociales et culturelles. Le cerveau, et donc la pensée, paraissent aussi bien naturels que culturels dans leur développement.
Transition : On peut reprocher au point de vue matérialiste de ne pas rendre compte de la liberté humaine. Mais seul ce point de vue permet d’expliquer le fait qu’un individu humain n’exprime biologiquement et matériellement son humanité que suivant certaines conditions matérielles, sociales et culturelles. Toutefois si comme le montre la biologie (cf. J.C. Ameisen) des caractères acquis peuvent se transmettre épigénétiquement, c’est-à-dire comme de nouvelles lois matérielles de développement, on peut légitimement envisager un retour d’une liberté par delà la nature…

b) Thèse matérialiste du point de vue évolutif : l’homme peut participer consciemment à l’évolution de sa nature.
Si un enfant, un jeune adolescent et la plupart des adultes semblent reproduire dans leur développement celui de leurs prédécesseurs familiaux, sociaux et culturels. Nous devons reconnaître qu’il y a dans l’histoire humaine une évolution consciente qui s’avère une forme de liberté vis-à-vis de toute nature même humaine. En effet les progrès technologiques se substituent à des adaptations biologiques animales : nous pouvons voyager sous l’eau, voler en l’air, aller dans l’espace intersidéral… Ces progrès permettent même d’envisager une faculté de modifier technologiquement nos propres soubassements biologiques : nous sommes de moins en moins soumis à la maladie et à la mort.
Si nous sommes de nature matérielle, la matière à travers notre conscience humaine se découvre de moins en moins déterminée par des lois. Les lois matérielles peuvent être contournées à l’aide de la technologie. Et à un certain niveau si ces lois sont justes des habitudes plus ou moins fortes qu’a prise la matière pour devenir consciente d’elle-même dans un individu humain, il n’est pas interdit de penser qu’un individu pourrait un jour les modifier. L’évolution traduirait alors une liberté cosmique cherchant à devenir et à produire à travers ses lois une liberté individuelle (humaine) capable de modifier individuellement ses propres lois matérielles cosmiques…

Conclusion :

L’homme n’a pas fondamentalement de nature car il a la vocation d’en devenir l’évolution consciente individualisée. Son évolution à travers la technique n’a consisté jusqu’ici qu’à contourner les lois cosmiques. Les problèmes écologiques suscités par ce contournement des lois devraient inciter l’être humain à constater qu’il traverse une crise évolutive et non seulement des difficultés sociales ou politiques. Cette crise évolutive invite l’être humain à entreprendre une prise de conscience du caractère habituelle des lois cosmiques pour un jour modifier selon ses besoins individuels à l’intérieur de son propre corps ce qui semble des lois déterminantes.

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