Le Contrat Social de Jean-Jacques Rousseau

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

  Sommaire  

 V - Enjeux.

A - La critique de Rousseau par Benjamin Constant.

Benjamin Constant, dans ses Principes de politique, Chapitre 1 : De la souveraineté du peuple, écrit :

« La souveraineté n’existe que d’une manière limitée et relative. Au point où commencent l’indépendance et l’existence individuelle, s’arrête la juridiction de cette souveraineté. Si la société franchit cette ligne, elle se rend aussi coupable que le despote qui n’a pour titre que le glaive exterminateur ; la société ne peut excéder sa compétence sans être usurpatrice, la majorité, sans être factieuse. L’assentiment de la majorité ne suffit nullement dans tous les cas, pour légitimer ses actes : il en existe que rien ne peut sanctionner ; lorsqu’une autorité quelconque commet des actes pareils, il importe peu de quelle source elle se dit émanée, il importe peu qu’elle se nomme individu ou nation ; elle serait la nation entière, moins le citoyen qu’elle opprime, qu’elle n’en serait pas plus légitime.

Rousseau a méconnu cette vérité, et son erreur a fait de son contrat social, si souvent invoqué en faveur de la liberté, le plus terrible auxiliaire de tous les genres de despotisme. »

On a souvent dit que chez Rousseau, il n’y avait pas séparation des pouvoirs législatifs et exécutifs. Ce serait plutôt vrai de notre système politique puisque les représentants participent souvent au gouvernement. Dans les républiques aristocratiques et monarchiques qui ont la faveur de Rousseau, il y a une plus nette séparation des pouvoirs. D’ailleurs le gouvernement est suspendu pendant que le peuple est assemblé. Mais dès lors que la loi est édictée par le peuple et que le gouvernement reprend ses droits, l’homme qui était citoyen redevient sujet du gouvernement chargé de mettre en œuvre la loi. La séparation des pouvoirs est bien réel. Le citoyen quand le peuple n’est pas assemblé est sujet et le gouvernement le contraint d’appliquer la loi qu’il a contribué à élaborer pendant qu’il était membre de l’assemblée citoyenne en législation.

Une dimension de la séparation des pouvoirs est absente : celle du pouvoir judiciaire. La critique de Benjamin Constant à l’égard de Rousseau est donc sur ce point plus convaincante : il n’y a pas chez Rousseau un espace de vie intime sur lequel le pouvoir législatif n’a pas accès. Benjamin Constant évoque des glissements inévitables au niveau du gouvernement et d’une représentation.

On peut considérer la nécessité d’un espace privé indépendant de l’espace politique public du point de vue spirituel : préserver un espace de vie privée inaccessible au politique consiste à affirmer contre Rousseau un pluralisme spirituel essentiel.

Pour Benjamin Constant, un peuple en assemblée peut se doter d’une loi menaçant les libertés individuelles. Rousseau estime qu’il faut que chacun mette en jeu tout ce qu’il a pour l’assemblée mette en relation des hommes libres et égaux en droit au moment de décider : certain défenseur du libéralisme ne voudrait pas bien sûr que l’assemblée quand elle est assemblée le dépossède.
D’où notre nuance la défense d’un espace privé contre le tout politique concerne selon nous l’Être et non l’Avoir.

Mais pour revenir à l’approche libérale, elle nous semble juste dès lors que Rousseau défend le fait qu’on remette l’exercice du pouvoir à un dictateur à l’imitation du droit romain. Ce terme a pris en effet une connotation particulière étant donné qu’il a accompagné ou justifié la terreur politique de l’Etat au nom soi-disant du bien.

Dans notre approche contemporaine du droit, les droits de l’homme et du citoyen transcende toute autre décision législative. Si on admet que l’assemblée implique la dépossession des biens au moins durant le temps de l’assemblée, on peut se donner un principe judiciaire transcendant qui interdirait alors toute dérive dictatoriale et éclairerait les décisions de l’assemblée. Rousseau n’avait-il pas songer à un législateur et une religion civile transcendant en quelque sorte l’assemblée et l’éclairant ?
Nous nous opposons à lui en affirmant que la spiritualité ne doit pas être uniformisée pour assurer de manière extérieure un esprit communautaire. Si sa fonction est de former une communauté, ce n’est d’ailleurs plus de la spiritualité mais de la religion ! La spiritualité libérée de la religion est individualisante et individualisée, son universalité a toujours un point de départ singulier irréductible : le lien qu’elle suscite avec les uns et les autres est un effet secondaire du lien avec l’absolu et son pouvoir évolutif. Le facteur transcendant ne peut pas donc être de nature politique : il affirme la séparation d’un espace individuel de l’espace collectif. Les droits de l’homme pourraient fournir une telle délimitation mais en soi ils ne fournissent pas non plus le cadre idéal pour exprimer le fait que cet espace individuel non politique ouvre précisément selon nous la possibilité de voir émerger une autre manière d’être au sein du collectif humain.

B - La révolution française.

Les droits de l’homme s’inspire de Rousseau en intégrant la notion de volonté générale même si celle-ci est au final décidée par une assemblée de représentants. Les notions de liberté et d’égalité lui doivent beaucoup.

Malheureusement, d’autre part il faut bien reconnaître que sa conception de la dictature a inspiré la mise en place d’un comité de salut public qui a produit la terreur.

C - La politique contemporaine et le Contrat social.

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