TL - Explication pour le lundi 28 novembre 2016 d’un extrait du Traité du désespoir de kierkegaard.

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

 EXPLICATION DU TEXTE SUIVANT :

« L’orientation vers Dieu dote le moi d’infini, mais ici cette infinisation, quand l’imaginaire a dévoré le moi, n’entraîne l’homme qu’à une ivresse vide. Certain pourra trouver ainsi insupportable l’idée d’exister pour Dieu, l’homme ne pouvant plus en effet revenir à son moi, devenir lui-même. Un tel croyant ainsi en proie à l’imaginaire dirait (pour le personnifier par ses propres paroles) : « On comprend qu’un moineau puisse vivre, puisqu’il ne se sait vivre pour Dieu. Mais soi-même le savoir ! et ne pas sombrer tout de suite dans la folie ou le néant ! »
Mais chez quelqu’un en proie ainsi à l’imaginaire, un désespéré donc, la vie peut très bien suivre son cours, quoique d’habitude on s’en aperçoive, et, pareille à celle de tout le monde, être emplie du temporel, amour, famille, honneurs et considération ; …peut-être ne s’aperçoit-on pas qu’en un sens plus profond cet homme-là manque de moi. », Kierkegaard, Traité du désespoir, Livre III, chapitre 1, alpha) Le désespoir de l’infinitude ou le manque de fini, édition folio Essai, p.93-94

Vous expliquerez le texte précédent à l’aide de son contexte et vous ferez des comparaisons doctrinales avec au moins deux des textes suivants :

 TEXTE 1 DE FICHTE SUR L’IMAGINATION :


« Les deux opposés doivent être une seule et même chose cela signifie en bref : Pas d’infini, pas de limitation ; pas de limitation, pas d’infini. L’infini et la limitation sont unis dans un seul et même terme synthétique.
Si son activité ne tendait pas à l’infini, le moi ne pourrait pas limiter son activité, ni lui poser des bornes comme il le doit. L’activité du moi consiste dans une auto-position du moi sans limites ; elle rencontre une résistance. Si elle cédait à cette résistance, l’activité qui se trouve au-delà de la limite de la résistance serait entièrement anéantie et supprimée, le moi alors ne poserait pas. Mais il doit poser au-delà de cette ligne, il doit se limiter, c’est-à-dire, il doit se poser à cet égard comme ne se posant pas ; il doit poser dans cette circonférence la limite indéterminée, illimitée, infinie (plus haut B) et pour faire cela, il faut qu’il soit infini..
En outre, s’il ne se limitait pas, le moi ne serait pas infini. Le moi n’est que ce qu’il se pose, il est infini ; c’est-à-dire, il se pose infini il se détermine par le prédicat de l’activité, donc il se limite comme substrat de l’infini ; il se distingue de son activité infinie (quoiqu’ils ne soient tous deux qu’une seule et même chose), et ainsi doit procéder le moi pour être infini. L’activité s’échappant dans l’infini, qu’il distingue de lui-même, doit être son activité ; elle doit lui être attribuée par conséquent, dans une seule et même action, indivise, indécomposable, il doit admettre de nouveau en soi cette activité […] ; mais s’il l’admet en soi, elle est déterminée, elle n’est donc plus infinie ; pourtant elle doit être infinie, et ainsi elle doit être posée hors du moi.
Cette alternance du moi en soi et avec soi-même en tant qu’elle se pose en même temps finie et infinie, alternance qui n’est qu’une lutte du moi avec lui-même, se reproduisant elle-même, tandis que le moi veut réunir ce qui ne peut être réuni, qu’il cherche tantôt à admettre l’infini sous la forme du fini, et tantôt repoussé pose cet infini hors de lui-même et tente, dans le même moment, de le ramener en lui sous la forme du fini, cette réciprocité est la faculté de l’imagination. », Fichte, Fondement de la doctrine de la science (1794), §4, traduction Grimblot revue.

 TEXTE 2 : KEN WILBER ET L’ERREUR PRE/TRANS :

Pour mieux comprendre la nature de la Confusion Pré/Trans, nous donnerons la parole à Wilber dans la présentation de son essai tiré de Les trois yeux de la connaissance :

« Il y a un obstacle à l’émergence d’une vision du monde complète et celui-ci est sans conteste le plus fascinant de tous. Cet obstacle, cette confusion, a corrompu, sous ses formes diverses, les travaux des psychologues de Freud à Jung, des philosophes de Bergson à Nietzsche, des sociologues de Lévy-Bruhl à Auguste Comte.

On le retrouve aussi bien derrière la vision du monde mythologique et romantique que derrière la vision rationnelle et scientifique ; aussi bien dans les tentatives actuelles visant à prôner le mysticisme que dans celles visant à le dénoncer. Je suis convaincu que tant que cet obstacle n’aura pas été levé, tant que cette confusion n’aura pas été dissipée, nous serons dans l’incapacité d’élaborer une vision du monde qui soit vraiment complète.

J’ai baptisé cet obstacle la « confusion pré/trans »… Il est relativement simple de formuler l’essence de la confusion pré/trans. Nous commençons tout simplement par supposer que les êtres humains ont en réalité accès à trois domaines généraux d’être et de connaissance — le sensoriel, le mental et le spirituel. La terminologie variera selon les préférences : subconscient, conscient et surconscient, ou prérationnel, rationnel et transrationnel, ou prépersonnel, personnel et transpersonnel.

La difficulté est liée à un fait assez simple : le prérationnel et le transrationnel sont non-rationnels, chacun à leur manière, en conséquence ils paraissent relativement semblables, voire identiques, au regard du profane. Cette confusion — entre « pré » et « trans » a deux conséquences possibles : les domaines transrationnels sont réduits au niveau pré-personnel, ou les domaines prérationnels sont élevés à une gloire transrationnelle. Dans un cas comme dans l’autre, la vision du monde est tronquée, une moitié du monde réel (le « pré » ou le « trans ») étant victime d’une profonde erreur de traitement et de compréhension. », Ken Wilber, Les trois yeux de la connaissance.

 TEXTE 3 DE STEPHEN JOURDAIN SUR LE VERTIGE INTERIEUR DE L’INFINI :

« Chaque homme, je le suppose, une fois au moins dans son existence, est tombé en arrêt, comme foudroyé, devant ce mystère des mystères : mon être intérieur s’apparaissant à lui-même. Devant le phénomène de la conscience.
Je me sais !!! Et que resterait-il de ce moi sans cette connaissance ?!!!
Une telle rencontre est plus qu’un dessillement, c’est un choc.
Eh bien, pendant toute mon enfance cette commotion a été là, à l’état diffus… Au cours des mois qui ont précédé « l’éveil », elle a acquis des traits précis.

  • Quels étaient-ils ?

La conscience de moi m’apparaissait clairement comme étant un infini. La saisie consciente, en s’accomplissant, ouvrait en son propre sein une profondeur dans laquelle elle se réitérait un nombre infini de fois ; chaque nouvelle saisie se trouvant comme emboîtée dans la précédente, et relançant le développement du phénomène. Je me sais engendrait je me sais me sachant qui engendrait je me sais me sachant me sachant qui engendrait… qui engendrait…
Le processus ne tendait pas vers l’infini, il l’atteignait : au cœur du potache que j’étais se dilatait un infini des plus sérieux …
Un fait m’intriguait énormément. En vérité, bien plus qu’à ma curiosité, c’est à ma vie qu’il lançait un défi …La conscience de moi était un infini, cet infini était en moi, s’accomplissait en moi – ceci indéniablement ; …et pourtant, je ne réussissais à pénétrer personnellement, humainement, que sa frange ; je me sais m’était accessible, je me sais me sachant l’était aussi, je me sais me sachant me sachant l’était encore – mais déjà la difficulté était devenue immense ; en fait, c’était là une barrière infranchissable. L’infini de la conscience de moi était en mon esprit, mais, d’une certaine façon, j’en étais séparé, exclu ; il m’était impossible de l’assumer en tant que personne humaine.
Dans les jours qui ont précédé immédiatement « l’éveil », j’ai tenté cent fois d’entrer plus avant dans cette conscience, de forcer la barrière dont je parlais. En vain…
Et puis, un soir, à l’occasion d’une empoignade intellectuelle farouche, féroce même, avec une énigme philosophique tout à fait étrangère à mon travail sur la conscience de moi, « l’éveil », soudain, a surgi.
Et ce fut comme si l’infini de la conscience de moi, pris de pitié pour ce garçon qui, avec tant de zèle, cherchait à y entrer, avait, d’un coup, décidé d’accéder à son vœu, pur de toute arrière-pensée d’appropriation ; et lui avait ouvert grandes ses portes, qui, après tout, étaient celles de sa maison… », STEPHEN JOURDAIN - GILLES FARCET, L’IRRÉVÉRENCE DE L’ÉVEIL, Rencontres avec un franc-tireur de la sagesse, Accarias L’originel.

DOCUMENTS POUR APPROFONDIR :

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