Citations de Prajnanpad

par Serge Durand - Philosophie

VOIR ET PENSER

« Voir et penser sont très différents : on pense avec le mental et on voit avec la faculté de perception. Le mental projette le je sur l’objet, lequel est comme caché sous la pensée. Cessez de penser, car penser déforme votre vision et vous empêche de voir les choses comme elles sont. En pensant, nous jugeons : c’est bon ou mauvais, juste ou faux. Quand nous voyons les choses comme elles sont, il n’y a ni attirance, ni répulsion. Ce que vous voyez est en vous. Finalement, tout est en vous, c’est cela l’infini. Quand nous pensons à quelque chose, c’est que nous la désirons ou que nous la refusons. Mais si nous la prenons, nous prenons à la fois la positif et le négatif de cette chose, ce que malheureusement nous occultons souvent. La chose doit être vue comme un tout, sereinement on prend ou on laisse. »

Commentaire : Cette distinction est à rapprocher du troisième genre de connaissance chez Spinoza :

« riseohms - Sujet du message :

les trois modes de connaissance de Spinoza -------------------------------------------------------------------------------------------------------
Je propose ici ma compréhension de ces 3 modes, j’espère que je m’éloigne pas trop de Spinoza ; bienvenu à toute critique

1er mode de penser :

Celui de l’affect ou du ressentir ( idée non représentative ) : Connaissance par les effets-, notre âme subit les effets de corps extérieurs et comme elle n’en connaît les causes, elle a des idées inadéquates ou imaginaires. Et l’affect est passif. On est ici dans le ressentir avec l’absence de distance propre au ressentir.. il y a une immédiateté. L’âme ne connaît pas encore son essence ou son identité et s’identifie à tout ce qu’elle perçoit.-
au cinéma :. Le spectateur regarde le film, se perd en lui, en subit les effets et se confond avec lui.. aucune distance, aucune réflexion, mais des idées par rapports aux affects subis, idées réactives, imaginaires, inadéquates, on est dans la confusion
la connaissance est ici immédiate, non intellectuelle et subjective et donc inadéquate-

  • par rapport au monde : pas de distance le monde est ressenti

2e mode de penser :

Celui du concept ou de la raison (idée représentative ) - connaissance par les causes

  • notre âme comprend ici le pourquoi des effets qu’elle subit dans le 1er genre car elle établit un rapport en elle et le corps extérieur qui l’affecte, grâce à des notions communes entre elle et le corps extérieur.
    Ce qui lui permets, du fait de la prise de distance impliquée par la réflexion ou le raisonnement,de faire cesser les affects subis, passifs et de mieux maîtriser son rapports avec les corps extérieurs, de s’éloigner de ceux qui lui conviennent pas et de se rapprocher de ceux qui lui conviennent. Les affects du 1er mode en sont modifiés et sont devenus actifs..
    Au cinéma, le spectateur ne va plus être confondu avec le film, il aura des affects qui en quelque sorte ne viennent non plus seulement de l’extérieur mais aussi de l’intérieur grâce à la compréhension du film, le spectateur crée des rapports entre lui et le film et aussi entre des éléments du film, en apprécie la mise en scène etc. et, en quelque sorte, prends une part active au film au lieu de le subir simplement, ce qui donne lieu à un certain type d’affects et de joies.
    Ce spectateur ne regardera plus n’importe quel film et s‘éloignera des films qui ne cherchent qu’à le séduire ou à l’affecter vulgairement, en ne lui laissant aucune place, aucun espace d’intériorité
    Le film renvoie le spectateur à lui-même au lieu de l’en éloigner.. il compose avec le film qui compose aussi avec lui

    la connaissance est ici médiatisée, intellectuelle, objective et donc adéquate
    Le 1er mode n’a pas disparu. Il en est transformé.. le ressentir est devenu un sentir, l’émotion est mienne et non plus imposée.
  • par rapport au monde : on a créé une distance -le monde est pensé

3e mode de penser :

  • celui du percept ou de l ‘intuition –( idée pure ou essence ) - connaissance par l’essence
    L’âme, du fait de la mise en rapport entre elle et le corps extérieur par le raisonnement. et de la cessations des idées inadéquates et affects passifs, cesse d’être collée aux effets quelle subit c-ad d’être identifiée et de se perdre dans cette identification
    . En identifiant le corps extérieur c-ad son essence par la distanciation opérée par le réflexion, elle émerge à elle-même et s’identifie aussi.
    . L‘objectivation du monde effectué par la réflexion positionne aussi le sujet qui a donc l’idée de lui-même en tant qu’il est et en même temps perçoit les choses extérieures en tant qu’elles sont, chacune dans leur singularité
  • Ce mouvement réciproque de connaissance lui fait reconnaître aussi l’essence commune aux choses singulières du monde perçu et à lui le sujet percevant, à savoir, le ‘est’, l’Etre, la substance, la vie..
    Toutes les choses cessent alors d’être perçues comme des substances existantes par elles même, isolées mais sont comprises comme des modes de la substance, tous interdépendants et donc nécessaires..
    le 3e degré nous permet de comprendre et de sentir à la fois notre unité avec toutes les essences singulières du monde, leur nécessité absolue au sein de la substance dont on ne se sent plus séparé.
    L’affect du 1er genre est aussi modifié et devient auto-affectation qui est une forme supérieure d’affect actif :
    Je prends l’exemple du soleil chez Deleuze : mon corps est affecté par le soleil mais comme je ressens ma non séparation d’avec le soleil, je m’affecte moi même puisque je suis aussi le soleil en tant que le soleil et moi partageons la même substance
    Et au cinéma : le film tout en étant un corps extérieur qui l’affecte ( affect passif),
    le spectateur a l’impression aussi d’en être la source,de projeter et d’animer le film et les affects deviennent actifs le jeu du film devient son propre jeu
    il n’y a plus ici de confusion mais fusion c-ad union des singularités entre elles qui tout en restant elles-mêmes, ne se sentent plus séparées et s’identifient comme modes de la substance.
    La connaissance est ici immédiate, intellectuelle et donne accès aux vérités éternelles c-ad aux essences et à l’essence absolue qu’est la substance, à la fois subjectivité absolue ( attribut- pensée ) et objectivité absolue ( attribut- étendue )
    par rapport au monde Il y a à la fois distance et non distance
  • le monde est perçu de façon directe et compris intuitivement comme expression de la substance c-ad de dieu
    L’intuition unit le senti et le pensé
    le 3e degré, pensée intuitive ou connaissance par le cœur , celle de l’homme libre , est en quelque sorte l’union et le dépassement des deux premières compréhensions, à savoir, une compréhension intellectuelle immédiate, non discursive c-ad intuitive.
  • Dans le 1er mode, on reçoit le monde ,on en subit l’effet, on en est l’objet et on se perd en tant que sujet
  • Dans le 2em mode ,on comprend les cause de ces effets, on établit des rapports , on crée une distance entre soi et le monde en l’objectivant.
    Et par la même , on se positionne comme sujet
  • Et enfin dans le 3e mode, en tant qu’uni à la substance qui est cause absolue de tout, on a le sentiment d’émettre le monde et d’être aussi cause du monde. »

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