Sujet de dissertation des TS1 pour le mardi 14 octobre 2014 : Peut-on vouloir le mal ?

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

SUJET DE DISSERTATION : PEUT-ON VOULOIR LE MAL ?

Vous exploiterez au moins trois des indications ou textes suivants :

 I - Peut-on vouloir le mal absolument ? Le mal absolu existe-t-il ou n’y a-t-il que des maux divers ?

Francis Wolff écrit dans Le mal in Notions de philosophie, folio essais, tome III, p.156-157 :

« L’idée qu’il existe un Mal naît de cette conjonction entre l’unité apparente de l’expérience immédiate (« c’est toujours moi qui toujours souffre ») et l’unité correspondante de l’explication qu’on lui cherche : un coupable invisible. [...] Mais la réflexion rationnelle peut défaire ce semblant d’unité et distinguer deux types de maux radicalement hétérogènes par leur origine : il y a d’un côté les maux « naturels » (la foudre ou le vent), de l’autre les maux « humains » (les luttes tribales). Cette distinction qui dissout l’unité abstraite du mal n’est pas sans conséquence : car on doit déplorer le venin du serpent, le raz de marée, le tremblement de terre ou l’épidémie (la nature n’est pas une bonne fée) et il est naturel de s’en prémunir et de lutter contre eux - par la médecine ou le paratonnerre ; mais, dès lors qu’on reconnaît aux hommes ce droit [...] ces maux ne posent en eux-mêmes guère de problème moral ou politique. Il n’en va pas de même des maux bien humains - l’assassinat, l’esclavage, la guerre, la tyrannie, l’extermination massive - qui exigent une tout autre attitude théorique [..] et pratique (le châtiment du coupable, la lutte pour le rétablissement de la justice [...]). Le concept de mal, en assimilant ceux-ci à ceux-là - comme s’ils étaient les uns et les autres dus aux lois [...] de la nature, voire à la malveillance invincible d’un esprit éternel hors de la nature - apparaît alors comme le refuge d’un fatalisme paresseux ou léthargique : si l’on souffre c’est qu’il y a du mal, point final. Certes, la barrière entre les deux genres de maux n’est pas indiscutable : qu’en est-il de la famine, de la pauvreté, de l’injustice sociale décrétée naturelles selon certains ultra-libéraux ? Qu’en est-il inversement de l’épidémie de sida que certaine Églises décrètent causée par l’inconduite des hommes ? Quelle est, même dans le cas d’un crime indiscutablement humain, la part de la Nature, donc de l’inéluctable [...] ? On vit que la distinction peut être non seulement l’objet de discussions mais l’enjeu de luttes idéologiques ou politiques. »

 II - Le mal moral radical comme choix.

A - L’existence de Dieu et la volonté du mal.

Citant Epicure, Lactance dans De la colère de Dieu écrit :

« Ou bien dieu veut éliminer le mal mais il ne le peut pas, ou bien il le peut mais il ne le veut pas, ou bien encore il ne le veut ni ne le peut, ou enfin, il le veut et le peut. S’il le veut mais ne le peut, il est alors incapable [inbecillus, dit le texte latin], ce qui ne convient pas à Dieu. S’il le peut mais ne le veut pas, il est méchant, ce qui est tout aussi étranger à Dieu. S’il ne le peut ni ne le veut, il est à la fois incapable et méchant, il n’est donc pas Dieu. S’il le veut et le peut, ce qui convient à Dieu, d’où vient donc le mal et pourquoi ne le supprime-t-il pas ? »

B - Selon Augustin d’Hippone :

Dans La Cité de Dieu, livre XII, Augustin D’hippone écrit :

« CHAPITRE II. AUCUNE ESSENCE N’EST CONTRAIRE A DIEU, TOUT CE QUI N’EST PAS DIFFÉRANT ABSOLUMENT DE CELUI QUI EST SOUVERAINEMENT ET TOUJOURS.

J’ai dit tout cela de peur qu’on ne se persuade, quand je parle des anges prévaricateurs, qu’ils ont pu avoir une autre nature que celle des bons anges, la tenant d’un autre principe et n’ayant point Dieu pour auteur. Or, il sera d’autant plus aisé de se défendre de cette erreur impie [1] que l’on comprendra mieux ce que Dieu dit par la bouche d’un ange, quand il envoya Moïse vers les enfants d’Israël : « Je suis celui qui suis [2] ». Dieu, en effet, étant l’essence souveraine, c’est-à-dire étant souverainement et par conséquent étant immuable, quand il a créé les choses de rien, il leur a donné l’être, à la vérité, mais non l’être suprême qui est le sien ; il leur a donné l’être, dis-je, aux unes plus, aux autres moins, et c’est ainsi qu’il a établi des degrés dans les natures des essences. De même que du mot sapere s’est formé sapientia, ainsi du mot esse on a tiré essentia, mot nouveau en latin, dont les anciens auteurs ne se sont pas servis [3], mais qui est entré dans l’usage pour que nous eussions un terme correspondant à l’ousia des Grecs. il suit de là qu’aucune nature n’est contraire à cette nature souveraine qui a fait être tout ce qui est, aucune, dis-je, excepté celle qui n’est pas. Car le non-être est le contraire de l’être. Et, par conséquent, il n’y a point d’essence qui soit contraire à Dieu, c’est. à-dire à l’essence suprême, principe de toutes les essences, quelles qu’elles soient.

CHAPITRE III. LES ENNEMIS DE DIEU NE LE SONT POINT PAR LEUR NATURE, MAIS PAR LEUR VOLONTÉ.

L’Écriture appelle ennemis de Dieu ceux qui s’opposent à son empire, non par leur nature, mais par leurs vices ; or, ce n’est point à Dieu qu’ils nuisent, mais à eux-mêmes. Car ils sont ses ennemis par la volonté de lui résister, non par le pouvoir d’y réussir. Dieu, en effet, est immuable et par conséquent inaccessible à toute dégradation. Ainsi donc le vice qui fait qu’on résiste à Dieu est un mal, non pour Dieu, mais pour ceux qu’on appelle ses ennemis. Et pourquoi cela, sinon parce que ce vice corrompt en eux un bien, savoir le bien de leur nature ? Ce n’est donc pas la nature, mais le vice qui est contraire à Dieu. Ce qui est mal, en effet, est contraire au bien. Or, qui niera que Dieu ne soit le souverain bien ? Le vice est donc contraire à Dieu, comme le mal au bien. Cette nature, que le vice a corrompue, est aussi un bien sans doute, et, par conséquent, le vice est absolument contraire à ce bien ; mais voici la différence :
s’il est contraire à Dieu, c’est seulement comme mal, tandis qu’il est contraire doublement à la nature corrompue, comme mal et comme chose nuisible. Le mal, en effet, ne peut nuire à Dieu ; il n’atteint que les natures muables et corruptibles, dont la bonté est encore attestée par leurs vices mêmes ; car si elles n’étaient pas bonnes, leurs vices ne pourraient leur être nuisibles. Comment leur nuisent-ils, en effet ? n’est-ce pas en leur ôtant leur intégrité, leur beauté, leur santé, leur vertu, en un mot tous ces biens de la nature que le vice a coutume de détruire ou de diminuer ? Supposez qu’elles ne renfermassent aucun bien, alors le vice, ne leur ôtant rien, ne leur nuirait pas, et partant, il ne serait plus un vice ; car il est de l’essence du vice d’être nuisible. D’où il suit que le vice, bien qu’il ne puisse nuire au bien immuable, ne peut nuire cependant qu’à ce qui renferme quelque bien, le vice ne pouvant être qu’où il nuit. Dans ce sens, on peut dire encore qu’il est également impossible au vice d’être dans le souverain bien et d’être ailleurs que dans un bien. Il n’y a donc que le bien qui puisse être seul quelque part ; le mal, en soi, n’existe pas. En effet, ces natures mêmes qui ont été corrompues par le vice d’une mauvaise volonté elles sont mauvaises, à la vérité, en tant que corrompues, mais, en tant que natures, elles sont bonnes. Et quand une de ces natures corrompues est punie, outre ce qu’elle renferme de bien, en tant que nature, il y a encore en elle cela de bien qu’elle n’est pas impunie. La punition est juste, en effet, et tout ce qui est juste est un bien. Nul ne porte la peine des vices naturels, mais seulement des volontaires, car le vice môme, qui par le progrès de l’habitude est devenu comme naturel, a son principe dans la volonté. Il est entendu que nous ne parlons en ce moment que des vices de cette créature raisonnable où brille la lumière intelligible qui fait discerner le juste et l’injuste. »

1.C’est l’erreur des manichéens.
2. Exod. III, 14.
3. Quintilien cite (Instit., lib. II, cap. 15, § 2, et lib. III, cap. 6, § 23) le philosophe stoïcien Papinius Fabianus Plautus comme s’étant servi des mots en, et essentia.

C - Selon Kant :

Kant, La religion dans les limites de la simple raison., Première dissertation- De l’inhérence du mauvais principe à côté du bon, ou du mal radical dans la nature humaine, p.69-71 écrit :

« La restauration en nous de la disposition primitive au bien n’est donc pas l’acquisition d’un mobile pour le bien, mobile perdu par nous, car ce mobile, qui consiste dans le respect de la loi morale, nous n’avons jamais pu le perdre, et, si c’eût été possible, nous ne pourrions jamais plus de nouveau l’acquérir. Il ne s’agit donc que de restaurer la pureté du mobile en tant que fondement dernier de toutes nos maximes, et, par là même, il doit être accueilli dans le libre arbitre non uni seulement à d’autres mobiles ou peut-être même subordonné à eux (c’est-à-dire aux inclinations) comme conditions, mais en toute sa pureté, en qualité de mobile, en soi et suffisant, de détermination de ce libre arbitre. »

Voir ici une explication.

Remarquons que cette approche de Kant n’implique pas forcément la croyance en Dieu mais elle postule l’existence du libre-arbitre.

 III - Nul n’est méchant volontairement.

A - Selon Socrate et Platon :

Dans le Protagoras de Platon, Socrate exprime l’intellectualisme qui le caractérise (352 c). Voici l’extrait dans lequel Socrate défend que le Bien résulte de la connaissance de l’idée du Bien :

« Pour moi, je suis à peu près persuadé que, parmi les philosophes, il n’y en a pas un qui pense qu’un homme pèche volontairement et fasse volontairement des actions honteuses et mauvaises ; ils savent tous au contraire que tous ceux qui font des actions honteuses et mauvaises les font involontairement, et Simonide ne dit pas qu’il loue l’homme qui ne commet pas volontairement le mal ; mais c’est à lui-même qu’il rapporte le mot volontairement ; car il pensait qu’un homme de bien se force souvent à témoigner à autrui de l’amitié et de l’estime. Par exemple, on est parfois en butte à d’étranges procédés de la part d’une mère, d’un père, de sa patrie, d’autres hommes qui nous touchent aussi de près. En ce cas, les méchants regardent la malignité de leurs parents ou de leur patrie avec une sorte de joie, l’étalent avec malveillance ou en font des plaintes, afin de se mettre à couvert des reproches et des outrages que mérite leur négligence ; ils en arrivent ainsi à exagérer leurs sujets de plainte, et à grossir de haines volontaires leurs inimitiés forcées. Les gens de bien au contraire jettent un voile sur les torts des leurs et se forcent à en dire du bien ; et si l’injustice de leurs parents ou de leur patrie suscite en eux quelque accès de colère, ils s’apaisent eux-mêmes et se réconcilient avec eux, en se contraignant à les aimer et à en dire du bien.

Plus d’une fois sans doute Simonide s’est rendu compte qu’il avait lui-même fait l’éloge ou le panégyrique d’un tyran ou de quelque autre personnage semblable, non point de son plein gré, mais par contrainte. Voici donc le langage qu’il tient à Pittacos : Pour moi, Pittacos, si je te critique, ce n’est pas que j’aime la chicane ; car il me suffit qu’un homme ne soit pas méchant, ni trop lâche, qu’il connaisse la justice, sauvegarde des États, et qu’il soit sensé. Pour un tel homme, je n’aurai point de blâme, car je n’aime pas blâmer ; la race des sots est en effet innombrable tellement que, si l’on prend plaisir à les reprendre, on trouve à critiquer à satiété. »

B - Selon Swâmi Prajnânpad :

Swâmi Prajnânpad disait :

« Souvenez-vous toujours de ceci : personne ne fait jamais le mal, en aucune condition, en aucune circonstance. »

Commentaire de la formule par Arnaud Desjardins :

« Aucun homme n’agit jamais avec la conviction que ce qu’il fait est mal. Certes, il peut savoir que son acte est contraire à la conception du bien et du mal qui lui a été enseignée ou contraire à la conception prévalente dans la société où il vit. Certes, avant de commettre l’acte, il peut avoir des doutes ou se sentir divisé et, après l’avoir commis, considérer qu’il a fait une erreur, éprouver un remords, etc. Mais sur le moment un être ne peut agir et n’agit que si son acte lui apparaît comme le bien dans la circonstance immédiate et s’il se sent justifié à le commettre. [...) Parce qu’une série de causes a amené un homme à cette situation intérieure et extérieure, cet homme est obligé d’agir ainsi. Et s’il agissait autrement c’est qu’il serait obligé d’agir autrement. [...] Tel qu’il était situé, en lui-même et par rapport au contexte, tel qu’il pensait, telle qu’était son émotion, il ne pouvait pas ne pas choisir ainsi.

L’homme agit selon le bien tel qu’il le conçoit à chaque instant. C’est pourquoi personne ne peut juger ni censurer personne.

Ainsi, en tant qu’acte, ou métaphysiquement parlant, aucun comportement humain ne peut être jugé ou condamné. Par contre, si en tant qu’acte un geste est toujours juste, en tant qu’action il ne l’est pas toujours.Toute action humaine entraîne des conséquences pour son auteur et pour les autres et ces conséquences peuvent être traumatisantes, contraires au progrès personnel et à la croissance intérieure, créatrices de souffrances inutiles, etc. prévoir les conséquences véritables de ses actions demande l’objectivité et la vision juste dont l’homme ordinaire est plus ou moins complétement dépourvu. »

C - Pour aller plus loin :

 IV - La banalité du mal.

Hannah Arendt déduisait du procès d’Eichmann à Jérusalem :

« C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. »

Dans une lettre à Gershom Scholem suscitée par la publication de Eichmann à Jérusalem, Hannah Arendt écrit :

« [V]ous avez tout à fait raison : j’ai changé d’avis et je ne parle plus de " mal radical " … A l’heure actuelle, mon avis est que le mal n’est jamais " radical " , qu’il est seulement extrême, et qu’il ne possède ni profondeur, ni dimension, ni démoniaque. Il peut tout envahir et ravager le monde entier précisément parce qu’il se propage comme un champignon. Il " défie la pensée ", comme je l’ai dit, parce que la pensée essaie d’atteindre à la profondeur, de toucher aux racines, et du moment qu’elle s’occupe du mal, elle est frustrée parce qu’elle ne trouve rien. C’est là sa " banalité". Seul le bien a de la profondeur et est radical. »

Hannah Arendt écrit dans La vie de l’esprit  :

« Tout a commencé quand j’ai assisté au procès Eichmann à Jérusalem. Dans mon rapport, je parle de la « banalité du mal ». Cette expression ne recouvre ni thèse, ni doctrine bien que j’aie confusément senti qu’elle prenait à rebours la pensée traditionnelle - littéraire, théologique, philosophique - sur le phénomène du mal. Le mal, on l’apprend aux enfants, relève du démon ; il s’incarne en Satan (qui « tombe du ciel comme un éclair » (saint Luc, 10,18), ou Lucifer, l’ange déchu (« Le diable lui aussi est ange » - Miguel de Unamuno) dont le péché est l’orgueil (« orgueilleux comme Lucifer »), cette superbia dont seuls les meilleurs sont capables : ils ne veulent pas servir Dieu ils veulent être comme Lui. Les méchants, à ce qu’on dit sont mus par l’envie ; ce peut être la rancune de ne pas avoir réussi sans qu’il y aille de leur faute (Richard III), ou l’envie de Caïn qui tua Abel parce que « Yahvé porta ses regards sur Abel et vers son oblation[1], mais vers Caïn et vers son oblation il ne les porta pas ». Ils peuvent aussi être guidés par la faiblesse (Macbeth). Ou, au contraire, par la haine puissante que la méchanceté ressent devant la pure bonté (Iago : « Je hais le More, Mes griefs m’emplissent le cœur » ; la haine de Claggart pour l’innocence « barbare » de Billy Budd, haine que Melville considère comme « une dépravation de la nature ») ou encore par la convoitise, « source de tous les maux » (Radix omnium malorum cupiditas). Cependant, ce que j’avais sous les yeux, bien que totalement différent, était un fait indéniable. Ce qui me frappait chez le coupable, c’était un manque de profondeur évident, et tel qu’on ne pouvait faire remonter le mal incontestable qui organisait ses actes jusqu’au niveau plus profond des racines ou des motifs. Les actes étaient monstrueux, mais le responsable - tout au moins le responsable hautement efficace qu’on jugeait alors - était tout à fait ordinaire, comme tout le monde, ni démoniaque ni monstrueux. Il n’y avait en lui trace ni de convictions idéologiques solides, ni de motivations spécifiquement malignes, et la seule caractéristique notable qu’on décelait dans sa conduite, passée ou bien manifeste au cours du procès et au long des interrogatoires qui l’avaient précédé, était de nature entièrement négative : ce n’était pas de la stupidité, mais un manque de pensée. Dans le cadre du tribunal israélien et de la procédure carcérale, il se comportait aussi bien qu’il l’avait fait sous le régime nazi mais, en présence de situations où manquait ce genre de routine, il était désemparé, et son langage bourré de clichés produisait à la barre, comme visiblement autrefois, pendant sa carrière officielle, une sorte de comédie macabre. Clichés, phrases toute faites, codes d’expression standardisés et conventionnels ont pour fonction reconnue, socialement, de protéger de la réalité, c’est-à-dire des sollicitations que faits et événements imposent à l’attention, de par leur existence même. On serait vite épuisé à céder sans cesse à ces sollicitations ; la seule différence entre Eichmann et le reste de l’humanité est que, de toute évidence, il les ignorait totalement. »

On trouvera sur ce blog en plus d’autres textes des documents visuels et sonores sur cette question de la banalité du mal commis par Eichmann.

Pour éventuellement nuancer ou contredire les thèses d’Arendt on consultera un article de Jean-François Dortier sur la banalité du mal :
http://www.scienceshumaines.com/la-banalite-du-mal-revisitee_fr_22093.html

 Ressources internet où le sujet est traité :

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