TS1 - Sujets facultatifs pour le 21 février 2014 au plus tard.

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

Sujet 1 :

Peut-on tout démontrer ?

Sur ce sujet, on intégrera obligatoirement des éléments sur le scepticisme antique de Sextus Empiricus (vu en cours).

Sujet 2 :

L’existence de l’inconscient nous rend-il irresponsable ?

Pour traiter ce sujet, vous utiliserez obligatoirement la lettre 23 de Spinoza à Blyenbergh qu’on trouvera en cliquant ici.

Sujet 3 :

Expliquer le texte suivant :

« « Lors donc que vous serez revenu à vous-même, disait notre Sauveur à saint Pierre, affermissez vos frères. » (Évangile selon Luc, XXII, 32) En effet, un homme à qui je vois négliger son propre salut, aurait bien de la peine à me persuader qu’il s’intéresse beaucoup au mien ; car il est impossible que ceux qui n’ont pas embrassé le christianisme du fond du cœur travaillent de bonne foi à y amener les autres. Si l’on peut compter sur ce que l’Évangile et les apôtres nous disent, l’on ne saurait être chrétien sans la charité et sans cette foi qui agit par la charité (Lettre aux Galates, V, 6), et non point par le fer et par le feu. Or, j’en appelle ici à la conscience de ceux qui persécutent, qui tourmentent, qui ruinent et qui tuent les autres sous prétexte de religion, et je leur demande s’ils les traitent de cette manière par un principe d’amitié et de tendresse. Pour moi, je ne le croirai jamais, si ces furieux zélateurs n’en agissent pas de même envers leurs parents et leurs amis, pour les corriger des péchés qu’ils commettent, à la vue de tout le monde, contre les préceptes de l’Évangile. Lorsque je les verrai poursuivre par le fer et par le feu les membres de leur propre communion, qui sont entachés de vices énormes, et en danger de périr éternellement, s’ils ne se repentent ; quand je les verrai employer ainsi les tourments, les supplices et toutes sortes de cruautés, comme des marques de leur amour et du zèle qu’ils ont pour le salut des âmes ; alors, et pas plutôt, je les croirai sur leur parole. Car, enfin, si c’est par un principe de charité et d’amour fraternel qu’ils dépouillent les autres de leurs biens, qu’ils leur infligent des peines corporelles, qu’ils les font périr de faim et de froid dans des cachots obscurs, en un mot, qu’ils leur ôtent la vie, et tout cela, comme ils le prétendent, pour les rendre chrétiens et leur procurer leur salut, d’où vient qu’ils souffrent que l’injustice, la fornication, la fraude, la malice et plusieurs autres crimes de cette nature qui, au jugement de l’apôtre, méritent la mort (Lettre aux Romains, 1, 29) et sont la livrée du paganisme, dominent parmi eux et infectent leurs troupeaux ? Sans contredit, tous ces dérèglements sont plus opposés à la gloire de Dieu, à la pureté de l’Église et au salut des âmes, que de rejeter, par un principe de conscience, quelques décisions ecclésiastiques, ou de s’abstenir du culte public, si d’ailleurs cette conduite est accompagnée de la vertu et des bonnes mœurs. Pourquoi est-ce que ce zèle brûlant pour la gloire de Dieu, pour les intérêts de l’Église et le salut des âmes, ce zèle qui brûle à la lettre et qui emploie le fagot et le feu, pourquoi, dis-je, ne punit-il pas ces vices et ces désordres, dont tout le monde reconnaît l’opposition formelle au christianisme ; et d’où vient qu’il met tout en œuvre pour introduire des cérémonies ou pour établir des opinions, qui roulent pour la plupart sur des matières épineuses et délicates, qui sont au-dessus de la portée du commun des hommes ? », Locke, Lettre sur la tolérance.

Vous mènerez entre autre une comparaison doctrinale avec cette lettre 185 de Saint Augustin :

« 23. Pourquoi l’Église ne forcerait-elle pas au retour les enfants qu’elle a perdus, puisque ces enfants perdus forcent les autres à périr ? Si, au moyen de lois terribles, mais salutaires, elle retrouve ceux qui n’ont été que séduits, cette pieuse mère leur réserve de plus doux embrassements et se réjouit de ceux-ci beaucoup plus que de ceux qu’elle n’avait jamais perdus. Le devoir du pasteur n’est-il pas de ramener à la bergerie du maître, non-seulement les brebis violemment arrachées, mais même celles que des mains douces et caressantes ont enlevées au troupeau, et, si elles viennent à résister, ne doit-il pas employer les coups et même les douleurs ? Car si ces brebis se multiplient auprès des serviteurs fugitifs et des larrons, le pasteur a plus de droit sur elles, car il y trouve la marque du maître ; cette marque nous la respectons, c’est pourquoi nous ne rebaptisons pas ceux qui nous reviennent. Dans la correction de l’erreur et le retour de la brebis, nous ne devons pas toucher au sceau du Rédempteur. Si quelqu’un recevait d’un déserteur le signe royal, et que tous deux reçussent leur pardon, de façon que l’un revînt à la milice et que l’autre y entrât, on n’effacerait pas ce signe chez les deux soldats, mais on l’y reconnaîtrait et on l’y honorerait parce que c’est la marque du roi. Ces gens-là, ne pouvant donc montrer que c’est au mal que nous les contraignons, disent qu’on ne doit pas même être forcé au bien. Mais nous venons de voir Paul forcé parle Christ : c est pourquoi l’Église imite son Seigneur ; elle avait d’abord attendu et n’avait contraint personne pour que les paroles du prophète sur la foi des rois et des nations s’accomplissent.

24. C’est ainsi qu’on peut avec raison entendre ce passage du bienheureux Paul « Résolus à châtier toute désobéissance quand votre obéissance sera complète (1). » Le Seigneur lui-même commence par ordonner que les conviés soient amenés à son grand festin, ensuite il ordonne qu’ils soient forcés ; après que ses serviteurs lui ont répondu : « Seigneur vos ordres sont exécutés et il reste encore de la place ; allez, dit-il, allez le long des chemins et des haies, et forcez d’entrer tous ceux que vous trouverez (2). » Ceux qui d’abord sont doucement amenés nous représentent donc la première obéissance dont parle l’Apôtre ; mais ceux qui arrivent forcés nous représentent la désobéissance châtiée : voilà ce que signifient ces mots : « Forcez-les d’entrer, » après qu’il a été dit : « Amenez, » et qu’il a été répondu : « Ce que vous avez commandé a été fait, et il reste encore de la place. » Si on prétend que cette contrainte ne doit s’entendre que des épouvantements causés par les miracles, nous répondrons que les miracles de Dieu ont été opérés en plus grand nombre sous les yeux des premiers qui ont été appelés, surtout sous les yeux des juifs, dont on a dit « qu’ils demandent des prodiges (3) ; » et devant même les gentils, au temps des apôtres, la divinité de l’Évangile a été prouvée par des miracles tels que ce serait plutôt les premiers convives qui auraient été forcés de croire. C’est pourquoi si, par la puissance qu’elle a reçue de la faveur divine et au temps voulu, au moyen de la piété et de la foi des rois, l’Église force d’entrer ceux que l’on rencontre le long des chemins et des haies, c’est-à-dire dans les hérésies et les schismes, ceux-ci ne doivent pas se plaindre d’être contraints, mais ils doivent faire attention à quoi on les contraint. Le festin du Seigneur c’est l’unité du corps du Christ, non-seulement dans le sacrement de l’autel, mais encore dans le lien de la paix. Nous pouvons assurément dire des donatistes en toute vérité qu’ils ne forcent personne au bien, car lorsqu’ils forcent c’est toujours au mal. »

(1). I Cor. X, 6. — (2). Luc, XIV, 22, 23. — (3). I Cor. I, 22.

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