Explication de texte TL pour fin octobre 2011.

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

 Expliquez le texte suivant de Descartes sur le cogito :

« Je ne sais si je dois vous entretenir des premières méditations que j’y ai faites car elles sont si métaphysiques et si peu communes qu’elles ne seront peut-être pas au goût de tout le monde. Et toutefois, afin qu’on puisse juger si les fondements que j’ai pris sont assez fermes, je me trouve en quelque façon contraint d’en parler. J’avais dès longtemps remarqué que, pour les mœurs , il est besoin quelquefois de suivre des opinions qu’on sait être fort incertaines, tout de même que si elles étaient indubitables , ainsi qu’il a été dit ci-dessus ; mais, pource qu’alors je désirais vaquer seulement à la recherche de la vérité, je pensai qu’il fallait que je fisse tout le contraire, et que je rejetasse, comme absolument faux tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute, afin de voir s’il ne resterait point, après cela, quelque chose en ma créance , qui fût entièrement indubitable. Ainsi, à cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu’il n’y avait aucune chose qui fût telle qu’ils nous la font imaginer. Et pour ce qu’il y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières de géométrie, et y font des paralogismes , jugeant que j’étais sujet à faillir, autant qu’aucun autre, je rejetai comme fausses toutes les raisons que j’avais prises auparavant pour démonstrations. Et enfin, considérant que toutes les mêmes pensées, que nous avons étant éveillés, nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu’il y en ait aucune, pour lors, qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m’étaient jamais entrées en l’esprit, n’étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais, aussitôt après, je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n’étaient pas capables de l’ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. », DESCARTES, Discours de la Méthode, IVe partie.

Le texte le jour du bac est suivi de :
« La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. »

Le discours de la méthode de Descartes étant notre oeuvre au programme, vous veillerez à mener des parallèles différences avec d’une part la doctrine sceptique que nous avons étudiée en cours et d’autre part avec la critique Nietzschéenne du cogito dont vous trouverez des éléments dans les textes ci-dessous :

 Nietzsche critique du Cogito cartésien.

« Soyons plus pridents que Descartes qui est resté pris au piège des mots. Cogito, à vrai dire, n’est qu’un seul mot, mais le sens en est complexe.(Il ne manque pas de choses complexes que nous empoignons brutalement, croyant de bonne foi qu’elles sont simples.) Dans ce célèbre cogito, il y a :

1° quelque chose pense ;

2° je crois que c’est moi qui pense ;

3° mais en admettant même que ce deuxième point soit incertain, étant matière de croyance, le premier point : quelque chose pense, contient également une croyance, celle que « penser » soit une activité à laquelle il faille imaginer un sujet, ne fût-ce que « quelque chose » ; et l’ergo sum ne signifie rien de plus. Mais c’est la croyance à la grammaire, on suppose des « choses » et leurs « activités », et nous voilà bien loin de la certitude immédiate.

Faisons abstraction de ce « quelque chose » et disons cogitatur, pour constater un état de fait sans y mêler d’articles de foi : nous nous ferons illusion une fois encore, car même la forme passive passive contient des articles de foi, outre des « états de fait » ; somme toute, c’est justement l’état de fait que l’on arrive pas à présenter tout nu ; les formules cogito, cogitat, cogitatur contiennnent toutes une « croyance » ou une « opinion ». Qui est-ce qui nous garantit que grâce à l’ergo nous n’enlevons pas quelque chose à cette croyance ou à cette opinion, si bien qu’il ne reste plus que ceci : « Quelque chose est cru, donc quelque chose est cru » - cercle vicieux ! »,
NIETZSCHE, La Volonté de puissance (1886), trad. G. Bianquis, t. I, livre I, Gallimard 1947, § 98, p. 65.

« Mais comment nous retrouver nous-mêmes ? Comment l’homme peut-il se connaître ? C’est une chose obscure et voilée. Et s’il est vrai que le lièvre a sept peaux, l’homme peut se dépouiller de septante fois sept peaux avant de pouvoir se dire : Voici vraiment ce que tu es, ce n’est plus une enveloppe. C’est par surcroît une entreprise pénible et dangereuse que de fouiller ainsi en soi-même et de descendre de force, par le plus court chemin, jusqu’au tréfonds de son être. Combien l’on risque de se blesser, si grièvement qu’aucun médecin ne pourra nous guérir ! Et de plus, est-ce bien nécessaire alors que tout porte témoignage de ce que nous sommes, nos amitiés comme nos haines, notre regard et la pression de notre main, notre mémoire et nos oublis, nos livres et les traits que trace notre plume ? Mais voici comment il faut instaurer l’interrogatoire essentiel entre tous. Que la jeune âme […] se demande : « Qu’as-tu vraiment aimé jusqu’à ce jour ? Vers quoi t’es-tu sentie attirée, par quoi t’es-tu sentie dominée et comblée à la fois ? Fais repasser sous tes yeux la série entière de ces objets de vénération, et peut-être, par leur nature et leur succession, te révèleront-ils la loi fondamentale de ton vrai moi. Compare ces objets entre eux, vois comment ils se complètent, s’élargissent, se surpassent, s’illuminent mutuellement, comment ils forment une échelle graduée qui t’a servi à t’élever jusqu’à ton moi. Car ton être vrai n’est pas caché tout au fond de toi : il est placé infiniment au-dessus de toi, à tout le moins au-dessus de ce que tu prends communément pour ton moi. », NIETZSCHE, Considérations inactuelle III, « Schopenhauer éducateur », §1, Folio Essais, p. 19-20.

« [La connaissance ne doit pas prendre pour point de départ le monde de la conscience, qui lui est trop familier.]
Honte à la suffisance de ceux qui prétendent connaître ! Que l’on examine sous ce rapport les principes et les solutions qu’ils proposent aux énigmes du monde.
Quand dans les choses, sous les choses, derrière les choses, ils retrouvent ce qui, par malheur, ne nous est que trop connu, par exemple notre table de multiplication ou notre logique, ou encore notre vouloir et notre convoitise, comme ils sont heureux, aussitôt ! Car « ce qui est connu est reconnu » : ils sont unanimes à cet égard. Mais les plus circonspects d’entre eux prétendent que le connu tout au moins serait plus facile à reconnaître que ce qui est étranger : il serait par exemple plus méthodique de prendre son point de départ dans le « monde intérieur », depuis les « faits de la conscience », parce que ce serait là le monde mieux connu de nous-mêmes ! Erreur des erreurs ! Le connu, c’est l’habituel, et l’habituel est ce qu’il y a de plus difficile à « reconnaître », c’est-à-dire à considérer en tant que problème, donc en tant qu’étranger, que lointain, que situé « hors de nous »… La grande assurance dont les sciences naturelles font preuve par rapport à la psychologie et la critique des éléments de la conscience — sciences que l’on pourrait dire antinaturelles — tient précisément au fait qu’elles prennent la réalité étrangère pour objet : tandis qu’il y a quelque chose de presque contradictoire et d’absurde à vouloir prendre pour objet ce qui n’est pas étranger… », Friedrich NIETZSCHE, 1882, Le Gai Savoir, Livre V, 355, trad. P. Klossowski, UGE 10/18, 1981, p. 359-360.

« Livre deuxième

115. Le prétendu « moi ».
Le langage et les préjugés sur lesquels repose le langage apportent de multiples obstacles à l’approfondissement des phénomènes internes et des instincts : par exemple du fait qu’il n’existe de mots que pour les degrés superlatifs de ces phénomènes et de ces instincts — ; par suite nous sommes habitués, là où les mots nous font défaut, à ne plus observer avec exactitude parce qu’il est malaisé de continuer à penser avec exactitude ; et l’on concluait autrefois automatiquement que là où s’arrête le royaume des mots, là s’arrête aussi le royaume de l’existence. Colère, haine, amour, pitié, désir, connaissance, joie, douleur, — tous ces noms ne conviennent qu’aux états extrêmes : les états plus doux, plus moyens, et surtout plus bas, qui sont constamment en jeu, nous échappent bien qu’ils tissent précisément la trame de notre caractère et de notre destin. Ces explosions extrêmes — et même le plaisir ou le déplaisir très modéré mais conscient pris a la dégustation d’un plat, à l’écoute d’un son, constitue peut être encore, si on l’apprécie à sa juste valeur, une explosion extrême — déchirent très souvent cette trame et forment alors des exceptions brutales, presque toujours consécutives à des accumulations : — et combien, à ce titre, elles peuvent induire l’observateur en erreur ! Tout comme elles induisent en erreur l’homme d’action. Tous, nous ne sommes pas ce que nous semblons être d’après les seuls états dont nous ayons conscience et pour lesquels nous ayons des mots — et par conséquent des louanges ou des blâmes — ; nous nous méconnaissons du fait de ces explosions grossières qui seules nous sont connues, nous tirons des conclusions à partir d’un matériel où les exceptions l’emportent sur la règle, nous nous enferrons dans la lecture d’une transcription apparemment si claire de notre moi. Mais notre opinion sur nous mêmes à laquelle nous sommes parvenus sur ces voies erronées, notre prétendu « moi » a désormais sa part dans l’élaboration de notre caractère et de notre destin.

116. Le monde inconnu du « sujet ».
Ce que les hommes ont tant de peine à comprendre, c’est leur ignorance sur eux mêmes, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours ! Non seulement sous le rapport du bien et du mal, mais sous des rapports beaucoup plus essentiels ! L’antique illusion selon laquelle on saurait, on saurait très précisément et dans tous les cas comment se produisent les actions humaines, est toujours vivante. Sans même parler du « Dieu qui voit dans les cœurs » ni de l’auteur de l’acte qui réfléchit avant d’agir, — non, personne ne doute de comprendre l’essentiel du processus selon lequel agit toute autre personne. « Je sais ce que je veux, ce que j’ai fait, je suis libre et responsable, je rends autrui responsable de ses actes, je peux nommer par leur nom toutes les possibilités morales et tous les mouvements intérieurs qui précèdent une action ; libre à vous d’accomplir n’importe quelle action, — en elle je me comprends et je vous comprends tous ! » — ainsi pensait autrefois tout le monde, ainsi pense encore presque tout le monde. Socrate et Platon, grands douteurs et admirables novateurs en ce domaine, étaient pourtant d’une crédulité innocente quant au plus fatal des préjugés, à la plus profonde des erreurs, à savoir que « de la juste connaissance doit résulter l’acte juste », — avec ce principe ils restaient toujours les héritiers de la folie et de la prétention générales : selon lesquelles il existe une connaissance de l’essence des actions. « Ce serait en effet terrible si de la connaissance parfaite de l’essence de l’acte juste ne résultait pas l’acte juste », — voilà le seul argument qui semblât nécessaire à ces grands hommes pour prouver cette idée, le contraire leur paraissait impensable et dément — et c’est pourtant le contraire qui est la réalité toute nue, démontrée chaque jour et à chaque heure de toute éternité ! La « terrible » réalité ne consiste t elle pas justement en cela : tout ce que l’on peut savoir d’un acte ne suffit jamais pour l’accomplir, en aucun cas on n’a encore pu jeter un pont de la connaissance à l’acte ? Les actions ne sont jamais ce qu’elles nous paraissent être ! Nous avons eu tant de mal à apprendre que les choses exté¬rieures ne sont pas telles qu’elles nous apparaissent, — eh bien ! il en va de même du monde intérieur ! Les actions morales sont en vérité « quelque chose d’autre » — nous ne pouvons en dire davantage : et toutes les actions sont essentiellement inconnues. Le contraire était et est encore la croyance générale : — nous avons contre nous le plus ancien des réalismes ; jusqu’ici l’humanité pensait : « une action est telle qu’elle nous semble être ». (En relisant ces mots, un passage très significatif de Schopenhauer me revient en mémoire, et je voudrais le citer pour prouver que lui aussi restait et est toujours resté attaché sans aucun scrupule à ce réalisme moral : « En vérité chacun de nous est un juge compétent et parfaitement moral, connaissant précisé¬ment le bien et le mal, saint dans la mesure où il aime le bien et abomine le mal, — voilà ce qu’est chacun, tant qu’il n’examine pas ses propres actions mais celles d’autrui et qu’il lui suffit de donner ou de refuser son approbation, tout le poids de l’exécution reposant sur des épaules étrangères. Chacun peut, par conséquent, jouer les confesseurs en lieu et place de Dieu. ») », Nietzsche, Aurore, Trad. Julien Hervier, Gallimard, coll. Idées.

 Liens internet utiles pour l’explication du texte du Cogito.

Vous trouverez sur ce lien la plupart des critiques résumées du cogito :

http://www.philolog.fr/la-critique-de-lanalyse-cartesienne/.

Sur ce lien http://www.lyc-vinci-st-witz.ac-versailles.fr/spip.php?article88&artpage=5-17#outil_sommaire_4 vous trouverez sur notre site quelques indications qui peuvent être utiles.

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