Méthodes pour le commentaire philosophique : exercices.

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

 I – EXERCICES

 1 – Exercice de lecture d’un texte.

Appliquez les étapes de lecture d’un texte philosophique au texte suivant :

« Il est de la plus grande importance d’apprendre aux enfants à travailler. L’homme est le seul animal qui soit voué au travail. Il lui faut d’abord beaucoup de préparation pour en venir à jouir de ce qui est nécessaire à sa conservation. La question de savoir si le Ciel ne se serait pas montré beaucoup plus bienveillant à notre égard, en nous offrant toutes choses déjà préparées, de telle sorte que nous n’aurions plus besoin de travailler, cette question doit certainement être résolue négativement, car il faut à l’homme des occupations, même de celles qui supposent une certaine contrainte. Il est tout aussi faux de s’imaginer que, si Adam et Ève étaient restés dans le paradis, ils n’eussent fait autre chose que demeurer assis ensemble, chanter des chants pastoraux et contempler la beauté de la nature. L’oisiveté eût fait leur tourment tout aussi bien que celui des autres hommes.
Il faut que l’homme soit occupé de telle sorte que, tout rempli du but qu’il a devant les yeux, il ne se sente pas lui-même, et le meilleur repos pour lui est celui qui suit le travail. On doit donc accoutumer l’enfant à travailler. »
Kant, extrait du Traité de pédagogie, trad. De J. Barni.

 2 – Exercices de clarification :

a) Clarifiez par l’exemple le texte suivant :

« La vertu est donc une disposition acquise volontaire, consistant par rapport à nous, dans la mesure, définie par la raison conformément à la conduite d’un homme réfléchi. Elle tient la juste moyenne entre deux extrémités fâcheuses, l’une par excès, l’autre par défaut. », Aristote, Ethique à Nicomaque.

b) Renforcez à l’aide d’un argument le texte suivant :

« L’État sera donc très peu stable, lorsque son salut dépendra de l’honnêteté d’un individu et que les affaires ne pourront y être bien conduites qu’à condition d’être dans des mains honnêtes. Pour qu’il puisse durer, il faut que les affaires publiques y soient ordonnées de telle sorte que ceux qui les manient, soit que la raison, soit que la passion les fasse agir, ne puissent être tentés d’être de mauvaise foi et de mal faire. […]. La liberté ou la force de l’âme est la vertu des particuliers ; mais la vertu de l’État, c’est la sécurité. », Spinoza, Traité Politique.

 3 – Exercice : repérer de logique argumentative du texte suivant :

« Ainsi, pressé entre la nécessité d’observer pour se former des théories réelles et la nécessité non moins impérieuse de se créer des théories quelconques pour se livrer à des observations suivies, l’esprit humain, à sa naissance, se trouverait enfermé dans un cercle vicieux dont il n’aurait jamais eu aucun moyen de sortir, s’il ne se fût heureusement ouvert une issue naturelle par le développement spontané des conceptions théologiques, qui ont présenté un point de ralliement à ses efforts, et fourni un aliment à son activité. Tel est, indépendamment des hautes considérations sociales qui s’y rattachent et que je ne dois pas même indiquer en ce moment, le motif fondamental qui démontre la nécessité logique du caractère purement théologique de la philosophie primitive. », Auguste Comte, Cours de philosophie positive.

 4 – Exercices de questionnement d’un texte :

a) - Posez des hypothèses pour expliquer l’idée principale du texte suivant :

« 28. Les hommes agissent comme les bêtes en tant que les consécutions de leurs perceptions ne se font que par le principe de la mémoire ; ressemblant aux médecins empiriques, qui ont une simple pratique sans théorie ; et nous ne sommes qu’empiriques dans les trois quarts de nos actions. Par exemple, quand on s’attend qu’il y aura jour demain, on agit en empirique, parce que cela s’est toujours fait ainsi jusqu’ici. Il n’y a que l’astronome qui le juge par raison. », Leibniz, La Monadologie.

b) Mettez en évidence une apparente contradiction dans le texte suivant, puis montrer qu’elle n’est qu’apparente :

« Pensons encore en particulier à la formation des concepts. Tout mot devient immédiatement concept par le fait qu’il ne doit pas servir justement pour l’expérience originale, unique, absolument individualisée, à laquelle il doit sa naissance, c’est à dire comme souvenir, mais qu’il doit servir en même temps pour des expériences innombrables, plus ou moins analogues, c’est à dire à strictement parler, jamais identiques et ne doit donc servir qu’à des cas différents. Tout concept naît de l’identification du non identique. », Nietzsche, Le livre du philosophe.

 5 – Exercice de confrontation d’un texte étudié avec un autre

a) Lisez les deux textes suivants :

• Texte 1 :

« Qu’arrive-t-il quand une de nos actions cesse d’être spontanée pour devenir automatique ? La conscience s’en retire. Dans l’apprentissage d’un exercice, par exemple, nous commençons par être conscients de chacun des mouvements que nous exécutons, parce qu’il vient de nous, parce qu’il résulte d’une décision et implique un choix ; puis, à mesure que ces mouvements s’enchaînent davantage entre eux et se déterminent plus mécaniquement les uns les autres, nous dispensant ainsi de nous décider et de choisir, la conscience que nous en avons diminue et disparaît. Quels sont, d’autre part, les moments où notre conscience atteint le plus de vivacité ? Ne sont-ce pas les moments de crise intérieure, où nous hésitons entre deux ou plusieurs partis à prendre, où nous sentons que notre avenir sera ce que nous l’aurons fait ? Les variations d’intensité de notre conscience semblent donc bien correspondre à la somme plus ou moins considérable de choix ou, si vous voulez, de création, que nous distribuons sur notre conduite. Tout porte à croire qu’il en est ainsi de la conscience en général. Si conscience signifie mémoire et anticipation, c’est que conscience est synonyme de choix. », Bergson, La conscience et la vie in L’énergie spirituelle.

• Texte 2 :

« C’est une erreur de dire qu’une action que l’on sait faire se fait ensuite sans attention. Le distrait est, il me semble, un homme qui laisse courir ses actions ; mais aussi il est assez ridicule, par cette méthode en petits morceaux. L’animal n’est point distrait ; il n’est qu’étourdi. Il faut insister là-dessus. Il n’est point vrai qu’un bon cavalier monte bien sans jugement. Il n’est point vrai qu’un bon ouvrier ajuste bien sans jugement. Je dirais plutôt que le jugement ici, par la vertu de l’habitude, est obéi aussitôt, sans mouvements inutiles. Et j’ai ouï dire que la moindre idée ou réflexion de traverse précipite le gymnaste. Preuve que son corps, sans un continuel commandement, ne sait plus où aller ; s’il se raccroche, c’est d’instinct. Et je ne crois même pas que cet art de tomber sans mal, qu’ils ont si bien, soit jamais sans jugement. », Alain, Éléments de philosophie.

b) Repérez des parallèles et des différences entre les deux textes qui permettent de mieux cerner l’originalité de la position de Bergson.

 6 – Exercice : repérer un réseau conceptuel dans le texte suivant :

« Ceux qui disent que les sceptiques détruisent les représentations sensibles me paraissent ne pas nous comprendre. Car nous ne renversons pas les impressions reçues par l’imagination et qui nous conduisent, comme nous l’avons dit plus haut, à un assentiment involontaire ; ces impressions sont en effet les représentations sensibles. or, quand nous cherchons si le réel est conforme à son apparence, notre enquête sceptique ne porte pas sur la représentation, mais sur l’interprétation de la représentation, ce qui ne met nullement en question la représentation sensible proprement dite. Ainsi le miel nous est représenté comme doux, nous l’admettons, car cette douceur est une donnée de la sensation ; mais quant à savoir s’il est doux dans son essence c’est là une question qui ne porte pas sur le sensible mais sur son interprétation. Les arguments que nous opposons aux représentations ne sont pas destinés à réfuter les données empiriques, mais à démontrer la témérité des dogmatiques ; si en effet la raison est trompeuse au point de nous ravir les représentations qui frappent nos propres yeux, comment ne pas se défier d’elle lorsque son objet n’est même pas sensible, en sorte de n’avoir pas la témérité de la suivre ? »
Sextus Empiricus, Hypotyposes pyrrhoniennes, I, 19-20.

 7 – Exercice : Sujet type bac général

« S’il est impossible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine, il existe pourtant une universalité humaine de condition. Ce n’est pas par hasard que les penseurs d’aujourd’hui parlent plus volontiers de la condition de l’homme que de sa nature. Par condition ils entendent avec plus ou moins de clarté l’ensemble des limites a priori qui esquissent sa situation fondamentale dans l’univers. Les situations historiques varient : l’homme peut naître esclave dans une société païenne ou seigneur féodal ou prolétaire. Ce qui ne varie pas, c’est la nécessité pour lui d’être dans le monde, d’y être au travail, d’y être au milieu d’autres et d’y être mortel... Et bien que les projets puissent être divers, au moins aucun ne me reste-t-il tout à fait étranger parce qu’ils se présentent tous comme un essai pour franchir ces limites ou pour les reculer ou pour les nier ou pour s’en accommoder. », Jean-Paul SARTRE, L’Existentialisme est un humanisme, p.67- 69 – Nagel.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

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