Sujet de dissertation des Mercatiques pour le mardi 14 octobre 2014.

par Serge Durand - Philosophie

Le sujet de dissertation est :

 Etre heureux, est-ce satisfaire ses désirs ?

Vous traiterez ce sujet en incluant obligatoirement les points de vue proposés par les 3 textes suivant :

  Texte 1 : Descartes suivant les stoïciens suggèrent que certains désirs nous rendent dépendants des circonstances et que seul le désir d’être libre de nos pensées peut nous rendre heureux à tous les coups.

« Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l’ordre du monde ; et plus généralement, de m’accoutumer à croire qu’il n’y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir, que nos pensées, en sorte qu’après que nous avons fait notre mieux, touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir’ est, au regard de nous, absolument impossible. Et ceci seul me semblait être suffisant pour m’empêcher de rien désirer à l’avenir que je n’acquisse, et ainsi pour me rendre content. Car notre volonté ne se portant naturellement à désirer que les choses que notre entendement lui représente en quelque façon comme possibles, il est certain que, si nous considérons tous les biens qui sont hors de nous comme également éloignés de notre pouvoir, nous n’aurons pas plus de regret de manquer de ceux qui semblent être dus à notre naissance, lorsque nous en serons privés sans notre faute, que nous avons de ne posséder pas les royaumes de la Chine ou du Mexique ; et que faisant, comme on dit, de nécessité vertu, nous ne désirerons pas davantage d’être sains, étant malades, ou d’être libres, étant en prison, que nous faisons maintenant d’avoir des corps d’une matière aussi peu corruptible que les diamants, ou des ailes pour voler comme les oiseaux. Mais j’avoue qu’il est besoin d’un long exercice, et d’une méditation souvent réitérée, pour s’accoutumer à regarder de ce biais toutes les choses ; et je crois que c’est principalement en ceci que consistait le secret de ces philosophes, qui ont pu autrefois se soustraire à l’empire de la fortune, et, malgré les douleurs et la pauvreté , disputer de la félicité avec leurs dieux », Descartes, troisième maxime , Discours de la méthode, troisième partie.

 Texte 2 : Epicure suggère que certains désirs ne peuvent être satisfaits mais que d’autres peuvent une fois satisfaits nous mener au plaisir d’exister sans autre désir impérieux.

« Maintenant, il faut parvenir à penser que, parmi les désirs, certains sont naturels, d’autres sont vains. Parmi les désirs naturels, certains sont nécessaires, d’autres simplement naturels. Parmi les désirs nécessaires, les uns le sont pour le bonheur, d’autres pour le calme du corps, d’autres enfin simplement pour le fait de vivre. En effet, une vision claire de ces différents désirs permet à chaque fois de choisir ou de refuser quelque chose, en fonction de ce qu’il contribue ou non à la santé du corps et à la sérénité de l’âme, puisque ce sont ces deux éléments qui constituent la vie heureuse dans sa perfection. Car nous n’agissons qu’en vue d’un seul but : écarter de nous la douleur et l’angoisse. Lorsque nous y sommes parvenus, les orages de l’âme se dispersent, puisque l’être vivant ne s’achemine plus vers quelque chose qui lui manque, et ne peut rien rechercher de plus pour le bien de l’âme et du corps. En effet, nous ne sommes en quête de plaisir que lorsque nous souffrons de son absence. Mais quand nous n’en souffrons pas, nous ne ressentons pas le manque de plaisir. », Epicure, Lettre à Ménécée.

  Texte 3 : Bergson peut inspirer que la joie de créer est supérieure au simple plaisir de consommer.

« Les philosophes qui ont spéculé sur la signification de la vie et sur la destinée de l’homme n’ont pas assez remarqué que la nature a pris la peine de nous renseigner là-dessus elle-même. Elle nous avertit par un signe précis que notre destination est atteinte. Ce signe est la joie. Je dis la joie, je ne dis pas le plaisir. Le plaisir n’est qu’un artifice imaginé par la nature pour obtenir de l’être vivant la conservation de la vie ; il n’indique pas la direction où la vie est lancée. Mais la joie annonce toujours que la vie a réussi, qu’elle a gagné du terrain, qu’elle a remporté une victoire : toute grande joie a un accent triomphal. Or, si nous tenons compte de cette indication et si nous suivons cette nouvelle ligne de faits, nous trouvons que partout où il y a joie, il y a création : plus riche est la création, plus profonde est la joie. La mère qui regarde son enfant est joyeuse, parce qu’elle a conscience de l’avoir créé, physiquement et moralement. [...] celui qui est sûr, absolument sûr, d’avoir produit une œuvre viable et durable, celui-là n’a plus que faire de l’éloge et se sent au-dessus de la gloire, parce qu’il est créateur, parce qu’il le sait, et parce que la joie qu’il éprouve est une joie divine. », Bergson, L’Energie spirituelle, 1re Partie (« la conscience et la vie »), éd. Alcan, p. 24-25.
Cet extrait est présenté plus largement et commenté ici sur le site.

 Ressources internet :

Ici un corrigé détaillé de « Faut-il satisfaire tous es désirs pour être heureux ? » ;

Un autre ici peut-être un peu plus difficile.

Attention !!!! le travail final doit inclure impérativement les idées des textes précédents, ce que ces corrigés ne font pas.

Pour ceux qui veulent aller plus loin, le débat entre Calliclès et Socrate dans Le Gorgias de Platon est instructif.

Enfin on peut avec Schopenhauer envisager que le bonheur n’existe pas et qu’il faut renoncer aux désirs car ils nous emprisonnent. On lira ici un extrait de Schopenhauer caractéristique.

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