Sujet de dissertation TS1 pour le vendredi 11 octobre 2013.

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

Sujet :

Doit-on être heureux ?

Vous traiterez ce sujet en utilisant les 3 textes suivants :

Texte 1 :

« La morale n’est donc pas à proprement parler la doctrine qui nous enseigne comment nous devons nous rendre heureux, mais comment nous devons nous rendre dignes du bonheur. C’est seulement lorsque la religion s’y ajoute, qu’entre en nous l’espérance de participer un jour au bonheur dans la mesure où nous avons essayé de n’en être pas indignes.
Quelqu’un est digne de posséder une chose ou un état, quand le fait qu’il la possède est en harmonie avec le souverain bien. On peut maintenant voir facilement que tout ce qui nous donne la dignité dépend de la conduite morale, parce que celle-ci constitue dans le concept du souverain bien la condition du reste (& ce qui appartient à l’état de la personne), à savoir la condition de la participation au bonheur. Il suit donc de là qu’on ne doit jamais traiter la morale en soi comme une doctrine du bonheur, c’est-à-dire comme une doctrine qui nous apprendrait comment devenir heureux, car elle n’a exclusivement affaire qu’à la condition rationnelle (conditio sine qua non) du bonheur et non à un moyen de l’obtenir. Mais quand elle a été exposée complètement (elle qui impose simplement des devoirs et ne donne pas de règles à des désirs intéressés), quand s’est éveillé le désir moral, qui se fonde sur une loi, de travailler au souverain bien (de nous procurer le royaume de Dieu), désir qui n’a pu auparavant naître dans une âme intéressée, quand, pour venir en aide à ce désir, le premier pas vers la religion a été fait, alors seulement cette doctrine morale peut être appelée aussi doctrine du bonheur, parce que l’espoir d’obtenir ce bonheur ne commence qu’avec la religion. », Emmanuel Kant, Critique de la raison pratique (1788),
trad. F. Picavet, Éd. PUF, coll. Quadrige, 5’éd, 1997, p. 139.

Texte 2 :

« [16] Si l’on ne plaçait pas l’homme vertueux dans cette vie élevée de l’intelligence, si on le supposait au contraire soumis aux coups du sort, et qu’on les redoutât pour lui, on n’aurait plus l’homme vertueux tel que nous l’entendons, mais seulement un homme du vulgaire, mêlé de bien et de mal, auquel on attribuerait une vie également mêlée de bien et de mal. Un tel homme ne se rencontrerait peut-être pas encore facilement, et, d’ailleurs, si on le rencontrait, il ne mériterait pas d’être appelé sage : car il n’aurait rien de grand, ni la dignité de la sagesse, ni la pureté du bien. Le bonheur n’est donc pas placé dans la vie du vulgaire. Platon a raison de dire qu’il faut quitter la terre pour s’élever au Bien, qu’il faut, pour devenir sage et heureux, tourner ses regards vers le Bien seul, tâcher de lui devenir semblable et de mener une vie conforme à la sienne. C’est là en effet ce qui doit suffire au sage pour atteindre sa fin. Aussi ne doit-il pas attacher plus de prix au reste qu’à des changements de lieu, dont aucun ne peut ajouter au bonheur. S’il donne quelque attention aux choses extérieures qui sont jetées çà et là autour de lui, c’est pour satisfaire, selon son pouvoir, les besoins du corps. Mais comme il est tout autre chose que le corps, il n’est jamais embarrassé de le quitter ; or, il le quittera quand la nature en aura marqué le moment. Il conserve d’ailleurs toujours la liberté de délibérer à cet égard. Atteindre le bonheur sera son principal but ; toutefois, il accomplira aussi des actions qui n’auront pas directement pour objet sa fin, ni lui-même, mais le corps qui lui est uni : il soignera ce corps et il le soutiendra aussi longtemps qu’il lui sera possible. C’est ainsi qu’un musicien se sert de sa lyre aussi longtemps qu’il le peut ; dès qu’elle est hors d’usage, il la change, ou renonce à employer la lyre et à en jouer, parce qu’il peut désormais se passer de cet instrument ; le laissant à terre, il le regardera presque avec mépris, et chantera sans s’en accompagner. Cependant ce n’est pas en vain que cette lyre lui aura été donnée dans l’origine ; car il s’en sera souvent servi avec avantage. », Plotin, Ennéade I, livre IV.

Texte 3 :

« Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. »,
Déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique, 1776

Annexe :

On pourra consulter le site Apprendre à philosopher de Didier Moulinier qui donnera de précieuses indications à ce sujet :

http://apprendre-la-philosophie.blogspot.fr/2011/05/la-recherche-du-bien-et-du-bonheur.html.

Partager cette page