L’interprétation, l’histoire, matière/esprit - Peut-on trouver un sens à toute chose ?

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

On trouvera en cliquant ici ici une leçon plus brève sur l’interprétation.

On trouvera en cliquant ici une leçon et des liens centrés seulement sur la notion matière / esprit.

Attention cette leçon reste en cours de correction !!!

 INTRODUCTION.

ANALYSE PROBLÉMATIQUE :


Remarque : Ce sujet ne doit pas être confondu avec un sujet du type « Toutes choses a-t-elle un sens ? » Ce sujet serait un sujet métaphysique alors que notre sujet a plutôt une dimension existentielle.

Dans l’antiquité, l’oracle lisait dans le vol des oiseaux les lignes de l’avenir, on interprétait aussi les rêves en ce sens. Avant de se demander si toute chose a un sens, on peut se demander d’abord si on peut trouver un sens à toute chose ? La question métaphysique sur le sens des choses est peut-être moins centrale que la question pratique et existentielle de savoir s’il est possible ou légitime de vouloir trouver du sens. La question « peut-on trouver un sens à toute chose ? » implique donc davantage puisque outre le métaphysicien, elle implique le scientifique, l’historien, etc.

On peut tout d’abord envisager le sens du point de vue de la causalité.

Aristote distingue quatre sens de la causalité :

  • la cause finale met en jeu le but et donc ce que nous appelons le sens ; dans une construction le plan de l’architecte se définit en fonction de l’usage autant culturel que pratique de la future construction ; la cause finale met en jeu une intention par exemple ;
  • la cause matérielle met en jeu comme dans une construction le matériau ;
  • la cause efficiente met en jeu la force d’élaboration qui serait dans le cas d’une construction les ouvriers ;
  • enfin la cause formelle est liée à l’idée, qui, dans le cas d’une construction, est d’abord exprimé par un plan qui indique la future forme du bâtiment.

On peut dès lors distinguer deux types d’approche des causes. Il y en a une première qui est liée à la compréhension des causes : elle se réfère à la qualité, à l’intention. Une seconde est liée à l’explication de mécanismes, de fonctionnement, etc.

« Peut-on » a deux sens :

+ Est-il légitime (permis) de trouver un sens à toute chose ?

+ Est-il possible de trouver un sens à toute chose ?

Traitons d’abord le POSSIBLE : est-il possible de trouver un sens à toutes choses ?

Il y a deux situations limites qui semblent interdire de trouver un sens. Il s’agit de situations qui saturent le sens :

  • soit par excès (= trop de sens) : il y a un mystère qui émerge, rendant impossible de trouver un sens total.

Exemple : La beauté, Angelus Silesius (17e, All.) nous dit « La rose est sans pourquoi », c’est-à-dire que la beauté ne peut être expliquée. Le sublime, ( au sens de Kant) sature le sens, il n’y a pas d’explication qui tienne, on est comme perdu dans l’immensité à la fois fasciné et effrayé. On retrouve l’« effroi du beau » (Plotin).

  • ou soit par défaut, c’est-à-dire par un manque de sens. Habituellement dans la notion de sens, il y a une notion de direction, de développement, ici la vie semble être comme une vague inutile qui se déchaine sur une muraille infranchissable.
    Exemple : théâtre de l’absurde (Beckett et Ionesco), roman de l’absurde (Sartre et Camus), la vie est regardée comme des morceaux de sens happé par le non sens global de la vie. La vie est comme une « poussée aveugle » (terme utilisé par Schopenhauer).

Nous avons donc un premier questionnement ainsi qu’un premier débat : l’excès de sens ou le défaut de sens rendent impossible de trouver un sens, il faudra malgré tout examiner cette bizarrerie d’un monde où le mystère côtoie l’absurde. Le principe premier, s’il y a, est-ce le mystère ou l’absurde ?

Dans le mystère il y a une dimension positive et dans l’absurde, il y a une dimension négative : il va donc falloir s’interroger sur le sens de ces dimensions.

Ensuite considérons le sujet sous l’angle du LÉGITIME : est-il légitime de trouver un sens à quelque chose ?

Le mot cause chez Aristote a donc 4 sens :

1. - cause finale - ex : maison pour habiter (en tant que but) [sens]
2. - cause matérielle - ex : brique pour la maison [réduction du sens]
3. - cause efficiente - ex : des ouvriers et un architecte construisant la maison [réduction du sens]
4. - cause formelle - ex : idée, plan (au sens de description) [sens]

+ La première et quatrième cause sont liées au sens (cryptage et décryptage).
+ Les deux dernières causes (2 et 3), sont en lien avec des explications scientifiques, elles excluent tout ce qui est finalité, l’intention, les idées. Il va rester des lois déterminées de la matière.

On a alors 2 ou 3 positions extrêmes :

  • réductionniste et scientiste ramènent le réel à des causes matérielles et efficientes (sous la forme de lois de la nature) ;
  • La providence (divine) : tout a un sens parce que tout est lié à des intentions divines, tout est œuvre de Providence. Cette position extrême peut ne pas être seulement religieuse. Elle peut être spirituelle et métaphysique à condition de la modifier un peu. Les stoïciens en offrent une version défendable et peut-être ré-actualisable sous la forme d’un évolutionnisme spiritualiste.
  • Autre optique qui consiste à dire que la cause matérielle n’existe pas sans la cause formelle.
    Exemple : L’or n’avait pas d’importance pour les hommes, il y a très longtemps à la préhistoire. C’est une histoire, ce sont des valeurs qui ont donné à l’or une importance. Dans cette optique culturaliste et perspectiviste (= à chacun son point de vue) ce sont les valeurs qui déterminent l’importance des causes. Dans la première approche (scientifique) on va insister sur la validité alors que dans cette approche perspectiviste, on insiste sur des valorisations et non sur la validité car la validité n‘est, selon elle, qu‘un genre de valorisation. Quand on est dans le perspectivisme, quand on insiste sur le sens, la culture, on met en valeur la compréhension ; quand on est scientifique, on insiste sur l’explication du phénomène. Le scientifique est du coté du comment (explication) et le perspectiviste est du côté du pourquoi (compréhension).


Ce deuxième débat met donc en jeu scientisme et perspectivisme ainsi qu’un éventuel spiritualisme qui reste à rendre crédible.

Le débat et le questionnement sur l’absurde et le mystère rejoint ce débat.

ANNONCE DU PLAN DÉDUIT DU CROISEMENT DES QUESTIONS ET DÉBATS :

Pour le point de vue matérialiste scientifique, absurde et mystère sont des points de vue subjectifs que l’objectivité va neutraliser. Le mystère sera vaincu par l’explication. L’absurde qui n’est relatif qu’à l’existence humaine dans un univers qui lui est indifférent car mené par des forces aveugles peut être réduit par notre progrès et notre sens des responsabilités. La science peut faire reculer catastrophe, accident, handicap, maladie et mort. Il nous importe de donner du sens et ne pas en chercher autrement que sous la forme de l’explication scientifique.

Pour le point de vue perspectiviste, absurde et mystère sont inextricables. Nietzsche suggère ceci dans « notre nouvel infini », un paragraphe du Gai savoir. Pour vivre nous valorisons tel sens, nous sommes toujours en train de nous persuader d’un sens. Certains sens ont seulement plus de vitalité que d’autres. A nous de nous proposer un sens plus fort.

Pour le point de vue spiritualiste, le principe est le mystère et l’absurde n’est que relatif. Il faut ici s’ouvrir à la source du sens de l’évolution dont nous sommes un certain moment de conscience. Cessons de vouloir être les maîtres du sens, telle est le risque scientiste et l’illusion perspectiviste, devenons-en les disciples.

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