Devoir surveillé TL TES mai 2011

(actualisé le ) par Serge Durand - Philosophie

Devoir surveillé TL durée 4 heures mardi 17 mai 2011

Sujet au choix :

Sujet 1 :

Peut-on être esclave de la technique ?

Sujet 2 :

Le langage peut-il être un obstacle à la recherche de la vérité ?

Sujet 3 :

Expliquez le texte suivant :

« Il est vrai que certaines créatures vivantes, comme les abeilles et les fourmis, vivent socialement les unes avec les autres (c’est pourquoi elles sont comptées par Aristote au nombre des créatures politiques), et cependant, elles n’ont pas d’autre direction que leurs jugements et leurs appétits particuliers. Elles n’ont aucune parole, par laquelle l’une d’entre elles peut signifier à l’autre ce qu’elle juge avantageux à l’intérêt commun. C’est pourquoi on peut peut-être avoir le désir de savoir pourquoi le genre humain ne peut pas faire la même chose. A cela, je réponds :
Premièrement, que les hommes sont continuellement en rivalité pour l’honneur et la dignité, ce qui n’est pas le cas de ces créatures, et que, par conséquent, sur ce fondement, chez les hommes naissent l’envie et la haine, et finalement la guerre, ce qui ne se passe pas ainsi chez ces créatures.
Deuxièmement, que chez ces créatures, le bien commun ne diffère pas du bien privé, et que, étant par nature portés à leur bien privé, elles réalisent par là l’intérêt commun. Mais l’homme, dont la joie consiste à se comparer aux autres, ne peut rien savourer d’autre que ce qui est supérieur.
Troisièmement, que ces créatures, n’ayant pas comme l’homme l’usage de la raison, ne voient pas, ou ne croient pas voir, quelque défaut dans l’administration de leurs affaires communes, alors que, parmi les hommes, très nombreux sont ceux qui se croient plus sages et plus capables que les autres de gouverner de meilleure façon la chose publique, qui tâchent de réformer et d’innover, l’un en ce sens, un autre en cet autre sens, et qui, de cette façon, la mènent au désordre et à la guerre civile.
Quatrièmement, que ces créatures, quoiqu’elles aient quelque usage de la voix pour se faire connaître les unes aux autres leurs désirs et autres affections, manquent cependant de cet art des mots par lequel certains peuvent représenter aux autres ce qui est bon sous l’apparence du mal, et ce qui est mal sous l’apparence du bien, et augmenter ou diminuer le grandeur apparente du bien et du mal, mécontentant les hommes et troublant leur paix selon leur bon plaisir. […]
Enfin, l’accord de ces créatures est naturel, celui des hommes provient uniquement d’une convention, qui est artificielle, et c’est pourquoi il n’est pas étonnant que quelque chose d’autre soit requis, en plus de la convention, pour rendre leur accord constant et durable : un pouvoir commun pour les maintenir dans la crainte et pour diriger leurs actions vers l’intérêt commun. », Hobbes, Léviathan, Chapitre XVII.

Vous utiliserez le texte suivant pour faire un parallèle-différence :

« § 9. Delà cette conclusion évidente, que l’État est un fait de nature, que naturellement l’homme est un être sociable, et que celui qui reste sauvage par organisation, et non par l’effet du hasard, est certainement, ou un être dégradé, ou un être supérieur à l’espèce humaine. C’est bien à lui qu’on pourrait adresser ce reproche d’Homère :
Sans famille, sans lois, sans foyer....
L’homme qui serait par nature tel que celui du poète ne respirerait que la guerre ; car il serait alors incapable de toute union, comme les oiseaux de proie.
§ 10. Si l’homme est infiniment plus sociable que les abeilles et tous les autres animaux qui vivent en troupe, c’est évidemment, comme je l’ai dit souvent, que la nature ne fait rien en vain. Or, elle accorde la parole à l’homme exclusivement. La voix peut bien exprimer la joie et la douleur ; aussi ne manque-t-elle pas aux autres animaux, parce que leur organisation va jusqu’à ressentir ces deux affections et à se les communiquer. Mais la parole est faite pour exprimer le bien et le mal, et, par suite aussi, le juste et l’injuste ; et l’homme a ceci de spécial, parmi tous les animaux, que seul il conçoit le bien et le mal, le juste et l’injuste, et tous les sentiments de même ordre, qui en s’associant constituent précisément la famille et l’État.
§ 11. On ne peut douter que l’État ne soit naturellement au-dessus de la famille et de chaque individu ; car le tout l’emporte nécessairement sur la partie, puisque, le tout une fois détruit, il n’y a plus de parties, plus de pieds, plus de mains, si ce n’est par une pure analogie de mots, comme on dit une main de pierre ; car la main, séparée du corps, est tout aussi peu une main réelle. Les choses se définissent en général par les actes qu’elles accomplissent et ceux qu’elles peuvent accomplir ; dès que leur aptitude antérieure vient à cesser, on ne peut plus dire qu’elles sont les mêmes ; elles sont seulement comprises sous un même nom. § 12. Ce qui prouve bien la nécessité naturelle de l’État et sa supériorité sur l’individu, c’est que, si on ne l’admet pas, l’individu peut alors se suffire à lui-même dans l’isolement du tout, ainsi que du reste des parties ; or, celui qui ne peut vivre en société, et dont l’indépendance n’a pas de besoins, celui-là ne saurait jamais être membre de l’État. C’est une brute ou un dieu.
§ 13. La nature pousse donc instinctivement tous les hommes à l’association politique. Le premier qui l’institua rendit un immense service ; car, si l’homme, parvenu à toute sa perfection, est le premier des animaux, il en est bien aussi le dernier quand il vit sans lois et sans justice. Il n’est rien de plus monstrueux, en effet, que l’injustice armée. Mais l’homme a reçu de la nature les armes de la sagesse et de la vertu, qu’il doit surtout employer contre ses passions mauvaises. Sans la vertu, c’est l’être le plus pervers et le plus féroce ; il n’a que les emportements brutaux de l’amour et de la faim. La justice est une nécessité sociale ; car le droit est la règle de l’association politique, et la décision du juste est ce qui constitue le droit. », Aristote, Politique, I, 2.

Partager cette page